Israël pilonne Gaza

Un jeune Palestinienne blessée était évacuée dimanche après des frappes israéliennes dans le quartier résidentiel de Rimal, à Gaza.
Photo: Ahmud Hams Agence France-Presse Un jeune Palestinienne blessée était évacuée dimanche après des frappes israéliennes dans le quartier résidentiel de Rimal, à Gaza.

La violence s’est intensifiée dans les derniers jours à Gaza dans un relatif silence international, alors que les discussions au Conseil de sécurité des Nations unies n’ont pas avancé dimanche. Des observateurs du monde entier ont dénoncé l’asymétrie des forces durant cette fin de semaine meurtrière, dont des experts montréalais et des Palestiniens installés en Amérique du Nord.

Dimanche, Israël a effectué des frappes aériennes jusqu’à tard dans la nuit, après avoir tué 42 personnes plus tôt en journée, soit le plus lourd bilan quotidien depuis le début des violences. Durant la journée, les secouristes ont extirpé des cadavres des décombres, y compris ceux d’enfants. Samedi, la destruction d’un édifice abritant des médias à Gaza avait déjà semé la consternation.

Au total, depuis lundi dernier, les frappes israéliennes ont tué 58 enfants, parmi 192 Palestiniens morts et plus de 1200 blessés, selon le bilan palestinien. Du côté israélien, les victimes sont au nombre de 10, dont un enfant, et 282 blessés.

« L’intensité de ce conflit, c’est quelque chose que nous n’avons jamais vu auparavant », s’est alarmé à l’Agence France-Presse Robert Mardini, directeur général du Comité international de la Croix-Rouge.

« Avant-hier, j’ai eu ma famille au téléphone et ils me disaient à quel point les bombardements ont duré longtemps pendant la nuit. Essayez d’imaginer des bombes qui tombent sur un quartier densément peuplé de Washington ou de Montréal, c’est terrifiant », raconte Mohammed Eid, Palestinien d’origine et joint par Le Devoir aux États-Unis, où il réside.

Photo: Mohammed Abed Agence France-Presse Un Palestinien et sa soeur sont en larmes devant les décombres de leur maison, à Gaza.

Situation humanitaire

La bande de Gaza est en effet un territoire de plus de 2 millions de personnes sur 365 km2, soit plus petit que l’île de Montréal. Cette enclave palestinienne est sous blocus depuis plus de 13 ans, avec des restrictions sur la circulation des personnes et des biens, y compris de l’aide humanitaire.

Les frappes israéliennes ont atteint des maisons de civils, mais aussi des bureaux gouvernementaux, ainsi que des routes névralgiques et des marchés. « Ils ciblent les infrastructures et détruisent le gagne-pain des gens, ce qui rend toute réponse d’urgence impossible », déplore M. Eid.

Ancien employé de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, il rapporte que ses anciens collègues ont transformé seize écoles en refuges d’urgence. Le siège de cet organisme et deux de ces écoles ont été touchés la semaine dernière, bien qu’ils arboraient un drapeau de l’ONU, ce qui doit les rendre inviolables, même durant un conflit armé, selon le droit international.

Offensive

Israël a également déploré la perte de vies humaines avec une attaque à la voiture-bélier dans Jérusalem faisant plusieurs blessés. L’armée israélienne dit avoir ciblé un chef du Hamas à Gaza dimanche. Le pays, qui dit vouloir protéger ses citoyens, s’est aussi inquiété du « rythme » auquel des groupes armés palestiniens, dont le Hamas, ont tiré des roquettes.

Photo: Yossi Zamir Agence France-Presse Plusieurs personnes, dont quatre policiers israéliens, ont été blessées, dimanche, dans une attaque à la voiture-bélier, dans le quartier Cheikh Jarrah, à Jérusalem.

Les premiers heurts remontent au 3 mai dernier dans Cheikh Jarrah, quartier de Jérusalem-Est où des colons juifs allaient évincer des familles palestiniennes. Cette partie de la ville est considérée par le droit international et par le Canada comme un secteur annexé et occupé illégalement par l’État hébreu.

Vingt-sept jours avant que la première roquette ne soit lancée de Gaza, le 13 avril, une escouade de policiers israéliens est entrée dans la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, interrompant la prière du premier jour du ramadan, mois sacré pour les musulmans. Ce raid a été présenté comme un moment décisif dans les relations entre communautés, et vers une violence à grande échelle après les projets d’éviction de Cheikh Jarrah.

Inaction et vide politique

« Pour moi, ce n’est pas une escalade de la violence. Ce n’est pas deux partenaires égaux qui se tapent dessus. Je vois une puissance occupante qui exerce son occupation de façon très violente », analyse Rachad Antonius, professeur de sociologie de l’Université du Québec à Montréal.

Il y a non seulement une asymétrie dans la puissance de destruction, mais une « politique d’apartheid », un mot de plus en plus utilisé, y compris par des médias israéliens comme le quotidien de gauche Haaretz et l’organisation Human Rights Watch. « Sur la même rue, dans le même immeuble, il y a deux lois différentes pour des personnes qui y vivent, en fonction de leur groupe religieux. Depuis plus de 15 ans, Israël prive les Palestiniens de leur carte d’identité », expose M. Antonius.

Pour cet expert des conflits au Proche-Orient, la communauté internationale doit demander le retrait d’Israël des territoires occupés, en conformité avec le droit international, incluant la Quatrième Convention de Genève.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La tension était vive entre les manifestants des deux camps, dimanche à Montréal.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une première réunion publique dimanche. « Ce cycle insensé d’effusion de sang, de terreur et de destruction doit cesser immédiatement », a déclaré à l’ouverture le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

Cette session virtuelle retransmise en ligne n’a cependant pas débouché sur une proposition, les États-Unis s’opposant jusqu’à maintenant à une déclaration commune. Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a d’autre part multiplié dimanche les entretiens avec ses homologues de plusieurs États régionaux clefs pour tenter de faire cesser les violences.

« Il y a eu beaucoup d’interventions et peu d’actions jusqu’à maintenant. On est encore dans le jeu des paroles », note néanmoins Laurence Deschamps-Laporte, professeure et chercheuse invitée au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal. « D’un côté comme de l’autre, on voit des forces politiques très peu représentatives », observe-t-elle. Israël a tenu quatre élections en 2 ans et les Palestiniens n’ont pas voté depuis 15 ans, poursuit la spécialiste. L’intervention de parties tierces, comme le roi de Jordanie appelé à intervenir dans le passé, pourrait soutenir une désescalade plus rapide, soutient-elle.

 
Photo: Mahmud Hams Agence France-Presse Un enfant reçoit des soins à l’hôpital Al-Shifa, dans la bande de Gaza.

Allégations de crimes de guerre

Le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad Al-Maliki, a quant à lui accusé dimanche Israël de « crimes de guerre » durant cette réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.

Des missiles israéliens ont pulvérisé samedi un édifice abritant la chaîne d’information qatarie Al-Jazeera et l’agence de presse américaine Associated Press. Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Marc Garneau, a réitéré sur Twitter « l’importance fondamentale de protéger les journalistes et défendra toujours la liberté de la presse ». Pour le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, cet édifice était « une cible parfaitement légitime », a-t-il déclaré dimanche, affirmant qu’un bureau de renseignement palestinien s’y trouvait aussi.

Reporters sans frontières a demandé de son côté à la Cour pénale internationale d’inclure la destruction des locaux des médias dans son enquête déjà en cours pour crimes de guerre. « Cibler volontairement des médias relève d’un crime de guerre », a dénoncé par communiqué le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire.

Avec l’Agence France-Presse

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