Jérusalem sous haute tension

La capture d'écran de l'AFPTV montre l'incendie, visible à plus de deux kilomètres à la ronde, qui s'est déclaré en soirée près de l'esplanade des Mosquées.
Photo: Agence France-Presse La capture d'écran de l'AFPTV montre l'incendie, visible à plus de deux kilomètres à la ronde, qui s'est déclaré en soirée près de l'esplanade des Mosquées.

Des heurts violents, les pires enregistrés depuis des années, opposent depuis une semaine manifestants palestiniens et policiers israéliens dans la portion musulmane de la ville sainte de Jérusalem. Lundi, ces hostilités ont dégénéré en affrontements militaires.

La tension ne cesse d’augmenter à Jérusalem depuis une semaine. Le soir du 3 mai, des manifestations ont éclaté dans le quartier de Cheikh Jarrah, situé dans la partie palestinienne de la vieille ville. Des colons juifs, encouragés par leur gouvernement, ont menacé les résidents arabes d’expulsion, ce qui a provoqué une riposte musclée des Palestiniens.

La situation s’est envenimée vendredi dernier autour de l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam. Alors que des dizaines de milliers de personnes s’y étaient rassemblées pour la dernière grande prière du vendredi avant la fin du ramadan, des policiers ont pénétré dans l’enceinte de la mosquée et ont chassé les fidèles avec des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc.

Selon la police israélienne, des Palestiniens ont d’abord lancé des projectiles sur les forces de sécurité, qui ont par la suite répliqué. D’après le Croissant-Rouge palestinien, au moins 205 Palestiniens ont été blessés. La police fait état de 18 blessés dans ses rangs.

La justice israélienne a annoncé dimanche le report de l’audience clé, prévue lundi, sur le sort de familles palestiniennes à Cheikh Jarrah. Le ministère de la Justice a précisé dans un communiqué qu’une nouvelle date serait annoncée « d’ici les 30 prochains jours ».

Cette annonce n’a en rien calmé les affrontements. Plus de 300 personnes ont été blessées lundi dans de nouvelles attaques autour de l’esplanade des Mosquées, également considérée comme le site le plus sacré du judaïsme. Un incendie, visible à plus de deux kilomètres à la ronde, s’est déclaré en soirée dans ce lieu nommé « l’esplanade des Mosquées » par les musulmans et « mont du Temple » par les juifs.

Escalade militaire

Le spécialiste de la géopolitique du Moyen-Orient Sami Aoun souligne que ces agressions surviennent à un moment critique dans les deux calendriers religieux. « D’une part, c’est presque la fin du mois de ramadan. Ça arrive à son apogée. L’émotivité et les sensibilités deviennent facilement défiables ou antagonisées. D’autre part, chez les Israéliens, c’était [lundi] la journée de Jérusalem, où on fait un grand défilé pour réclamer l’unité de Jérusalem et le droit des juifs sur toute la ville. Leur sentimentalité vient activer une colère ou des frustrations. »

Le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, a menacé Israël d’une escalade militaire si ses forces ne se retiraient pas de l’esplanade des Mosquées avant le début de la soirée. Sur le coup de 18 h, les forces armées palestiniennes ont mené leur ultimatum à exécution en lançant plusieurs salves de roquettes depuis la bande de Gaza vers Israël.

Si la majorité des roquettes ont été interceptées par le bouclier antimissile « Dôme de Fer », certaines se sont abattues sur le territoire israélien. Un missile antichar a fait un blessé léger dans une localité israélienne limitrophe de la bande de Gaza.

Fait plutôt rare, des sirènes d’alarme ont été déclenchées à Jérusalem, située à plus de 80 km de la bande de Gaza. Cette menace a forcé l’évacuation temporaire du mur des Lamentations, le site le plus sacré où les juifs peuvent prier.

La réplique de l’État hébreu ne s’est pas fait attendre. L’armée a tiré « contre des postes militaires » du Hamas à Gaza et a fermé le point de passage d’Erez avec Israël. Les autorités locales palestiniennes ont fait état de vingt morts, dont neuf enfants, et de nombreux blessés dans les frappes israéliennes, les plus importants depuis novembre 2019.

« Les organisations terroristes à Gaza ont franchi une ligne rouge […] en tirant des roquettes jusque dans la région de Jérusalem, a déclaré le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou. Israël réagira avec force. Celui qui attaque paiera le prix fort. Je vous le dis, citoyens d’Israël, le conflit actuel pourrait durer un certain temps. »

« Je dis aussi à nos meilleurs amis : Jérusalem est la capitale d’Israël. Alors que chaque nation construit sa capitale, nous avons aussi le droit de construire à Jérusalem. C’est ce que nous avons fait et c’est ce que nous continuerons de faire », a ajouté le premier ministre.

Réactions internationales

Les « amis » d’Israël ont plutôt appelé au calme. Premier allié de l’État hébreu, les États-Unis ont appelé les « responsables israéliens et palestiniens à agir pour mettre un terme à la violence » et exprimé leur inquiétude quant à « l’expulsion potentielle des familles palestiniennes de Cheikh Jarrah ». L’annexion et l’occupation de Jérusalem-Est depuis 1967 sont contraires au droit international, tout comme l’occupation de la Cisjordanie.

Les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan — quatre pays arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël ces derniers mois — ont fait état de leur « profonde inquiétude » et appelé Israël au calme. Idem pour le quartet sur le Proche-Orient (États-Unis, Russie, ONU, Union européenne), qui a appelé Israël à faire preuve de « retenue ».

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Marc Garneau, a déclaré que le Canada suivait de près la situation à Jérusalem. « Nous plaidons pour une désescalade immédiate des tensions et exhortons toutes les parties à éviter toute action unilatérale », a-t-il déclaré, par voie de communiqué.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni lundi en urgence, mais sans s’entendre sur une déclaration commune, les États-Unis jugeant qu’un « message public n’était pas opportun à ce stade », selon des diplomates.

Sami Aoun rappelle que le nouveau gouvernement américain n’a pas encore montré ses couleurs dans cet épineux dossier. « L’entente du siècle que le gouvernement Trump a promis de faire a échoué lamentablement. Avec le gouvernement Biden, il n’y a rien sur la table, sauf le slogan bien connu de la solution des deux États. »

Avec l’Agence France-Presse

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