Les élections législatives replongent Israël dans l’impasse

Un travailleur électoral, vêtu d’un uniforme anti-COVID, se préparait, mardi à Jérusamel, à accueillir les voteurs dans un espace spécialement aménagé pour les gens en quarantaine.
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse  Un travailleur électoral, vêtu d’un uniforme anti-COVID, se préparait, mardi à Jérusamel, à accueillir les voteurs dans un espace spécialement aménagé pour les gens en quarantaine.

Quatrième élection en deux ans, même résultat. Le Likoud, parti du premier ministre Benjamin Nétanyahou, est arrivé en tête du scrutin législatif tenu mardi en Israël, sans toutefois avoir l’assurance de former le prochain gouvernement, selon les résultats préliminaires à la sortie des urnes.

Malgré les avancées spectaculaires du pays en matière de vaccination, sous la gouverne de Nétanyahou, Israël, profondément divisé, se maintient donc dans l’impasse politique, donnant même à la coalition d’extrême droite, Yamina, la possibilité de faire désormais le prochain homme fort du pays. « Nous sommes dans la même situation qu’il y a six mois, un an et deux ans, résume le politicologue Julien Bauer de l’UQAM. Le seul changement, c’est la majorité écrasante de la droite lors de ce scrutin, mais qui est divisée entre les pros et les anti-Nétanyahou. Reste à voir si la comptabilisation plus tard cette semaine du vote provenant de l’extérieur du pays, des militaires ou du personnel de la santé… pourrait venir changer cet équilibre. »

Personne ne veut d’une cinquième élection qui ne peut rien amener de plus et il est clair dans ce contexte que le prochain premier ministre va être le même que celui qui est là actuellement

 

À la fermeture des bureaux de vote mardi, la chaîne de télévision Channel 13 créditait au Likoud 33 sièges à la Knesset, le parlement israélien, en tête sur toutes les autres formations politiques du pays. Il en faut 61 pour obtenir la majorité.

Le vote anti-Nétanyahou a récolté au total 59 sièges, selon les premiers résultats, contre 54 pour l’alliance des partis soutenant l’actuel premier ministre. Avec 7 sièges, les forces de la droite radicale, conduite par Naftali Bennett, sont désormais en mesure d’apporter à la majorité à l’un ou l’autre des camps. « Je vais faire ce qui est le mieux pour l’État d’Israël », a dit le politicien pour commenter les premiers résultats. Le décompte final et officiel est attendu à la fin de la semaine, juste avant la Pâque juive qui débute samedi.

La semaine dernière, M. Bennett a signé publiquement une promesse dans laquelle il s’est engagé à ne pas siéger dans un gouvernement dont le centriste Yaïr Lapid, le plus fort opposant à Nétanyahou lors de ce scrutin, serait le premier ministre. Cet ex-présentateur vedette de la télé israélienne à la tête du mouvement Yesh Atid (« Il y a un futur ») a décroché 16 sièges, selon les résultats préliminaires. Il mène le camp appelant à tourner la page sur les « années Bibi », surnom donné à Nétanyahou.

Sortir des « ténèbres »

Mardi, M. Lapid a appelé les Israéliens à l’appuyer pour éviter l’arrivée d’un « gouvernement des ténèbres » et accusant le premier ministre Benjamin Nétanyahou de vouloir diriger une coalition de droite « raciste et homophobe ». « C’est le moment de vérité pour Israël », a-t-il dit. Nétanyahou s’est rapproché du mouvement religieux sioniste, qui a décroché sept sièges, en vue de ce scrutin. La formation politique abrite des politiciens ouvertement opposés à l’homosexualité et appelant à l’expulsion des « Arabes déloyaux » hors des frontières d’Israël.

Bibi pourrait aussi être soutenu par Shas, le parti ultra-orthodoxe de l’ancien ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, qui estime que sa formation politique « n’est pas un environnement naturel » pour les femmes.

« J’espère que c’est la dernière élection » qui va mettre fin à la crise politique en Israël, a dit le premier ministre sortant mardi en sortant du bureau de vote de Jérusalem où il est allé voter.

Une fatigue électorale

Pour le sociologue Denis Charbit, professeur à l’Open University of Tel-Aviv, une certaine « fatigue électorale », couplée à la pandémie de COVID-19, est venu teinter ces élections, dont le taux de participation est un des plus bas depuis 2019.

« Nétanyahou avait un atout important, l’arme de la vaccination, un argument positif qui fait consensus, mais qui n’a pas créé de surprise », a-t-il dit en entrevue. « Quant à la coalition hostile au premier ministre, elle doit dégager une majorité plus forte que la dernière fois, plus de 64 ou 65 sièges au moins, pour espérer arriver au pouvoir », ce qui ne semble pas le chemin sur lequel les électeurs ont décidé toutefois de la placer.

Comme lors des trois derniers scrutins, ces nouvelles législatives ne semblent pas sur le point de faire un vainqueur clair forçant la constitution d’un gouvernement d’union qui depuis deux ans n’a duré que quelques mois.

« Les gens en ont ras le bol, et ce, dans toutes les strates de la société, dit Julien Bauer qui constate qu’en cherchant à sortir de l’impasse, Nétanyahou est sur le point d’y retourner. « Personne ne veut d’une cinquième élection qui ne peut rien amener de plus et il est clair dans ce contexte que le prochain premier ministre va être le même que celui qui est là actuellement. »

La formation du nouveau gouvernement va se faire dans les prochaines semaines, au terme de jeux d’alliances qui ont déjà commencé et de la construction de coalitions baroques dont Israël s’est fait le champion depuis 2019.

Dans la soirée mardi, Nétanyahou a dit avoir parlé à Naftali Bennett, le radical de droite, et a crié à la victoire « de la droite et du Likoud sous ma direction ». « Il est clair que la plupart des Israéliens sont de droite et veulent un gouvernement de droite fort et stable », a-t-il ajouté.

Avec l’Agence France-Presse

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