Israël polarisé à la veille de nouvelles élections

L’année écoulée a aussi été marquée par l’ouverture du procès contre le premier ministre pour « corruption » et « abus de pouvoir », qui a servi de cri de ralliement à un mouvement de contestation sociale à travers le pays.
Photo: Menahem Kahana Agence france-Presse L’année écoulée a aussi été marquée par l’ouverture du procès contre le premier ministre pour « corruption » et « abus de pouvoir », qui a servi de cri de ralliement à un mouvement de contestation sociale à travers le pays.

Gouvernement de droite mené par Benjamin Nétanyahou ou coalition contre lui ? Ou encore une nouvelle impasse ? Divisé, Israël votera mardi pour ses quatrièmes élections législatives en moins de deux ans sur fond d’intense campagne de vaccination contre la COVID-19.

Lors du dernier scrutin en mars 2020, la pandémie n’en était qu’à ses balbutiements en Israël, qui avait déployé des bureaux de vote spéciaux pour les quelques personnes en quarantaine, de retour de l’étranger. Un an plus tard, l’État hébreu sort la tête de l’eau à la faveur d’une vaste campagne de vaccination ayant permis d’administrer les deux doses de vaccin nécessaires à 49 % de la population.

Une « victoire », clame haut et fort le premier ministre sortant, Benjamin Nétanyahou, lui-même vacciné, mais toutefois pas immunisé contre une défaite électorale. L’année écoulée a d’ailleurs été marquée par l’ouverture de son procès pour « corruption » et « abus de pouvoir », qui a servi de cri de ralliement à un mouvement de contestation sociale à travers le pays, incarné par des manifestations le samedi soir devant sa résidence de Jérusalem.

Une alliance à droite

À moins de 24 heures de ces nouvelles élections, deux grands camps s’affrontent : les pros et les anti-Nétanyahou. Mais comme le système électoral à la proportionnelle favorise l’accès au Parlement des petits partis, chaque camp se subdivise.

« Les discussions sur la corruption ont remplacé tous les anciens débats. Mais cela n’a pas semblé nuire à Nétanyahou », notait lundi le journal le plus vendu de la presse israélienne, le Yediot Aharonot.

La question est de savoir s’il y aura un résultat permettant de donner à l’un des deux camps un avantage clair. À l’heure actuelle, il semble qu’aucun des deux camps ne puisse y parvenir

 

Les derniers sondages créditent le Likoud de Benjamin Nétanyahou de la première place, avec environ une trentaine de sièges sur les 120 de la Knesset (le Parlement), suivi de la formation Yesh Atid (« Il y a un avenir ») du centriste Yaïr Lapid, des partis de droite dirigés par Gideon Saar et Naftali Bennett avec chacun près de dix sièges, et près d’une dizaine d’autres formations…

Dans sa quête du Graal pour obtenir la majorité de 61 députés afin de former un gouvernement et d’éviter la tenue d’un nouveau scrutin, Benjamin Nétanyahou compte faire alliance avec la droite religieuse et l’extrême droite. De son côté, Yaïr Lapid entend s’allier avec des partis de la gauche, du centre et de la droite déçue par le premier ministre.

« La question est de savoir s’il y aura un résultat permettant de donner à l’un des deux camps — les partis pro-Nétanyahou et ceux tentant de former une coalition sans Nétanyahou — un avantage clair. À l’heure actuelle, il semble qu’aucun des deux camps ne puisse y parvenir », note Dahlia Scheindlin, spécialiste des sondages politiques en Israël.

Malgré tout, estime-t-elle, Benjamin Nétanyahou a pour l’heure le « plus de chance » de rester premier ministre au terme de ces élections.

La carte Bennett

Pour former son gouvernement de droite tant souhaité, Benjamin Nétanyahou compte sur les appuis de deux partis ultra-orthodoxes et sur la nouvelle formation « Sioniste religieux » menée notamment par Itamar Ben Gvir, une personnalité phare de l’extrême droite israélienne, qui pourrait faire son entrée au Parlement. Des jeunes ont distribué dimanche à tout vent dans des quartiers religieux de Jérusalem des tracts pro-Ben Gvir et des drapeaux de sa formation étaient visibles aux balcons.

Mais ces appuis seraient insuffisants pour former un gouvernement Nétanyahou, d’où l’importance pour lui d’obtenir l’appui de Naftali Bennett, chef de la droite radicale. Mais sans que ce dernier obtienne un trop bon score électoral, qui risquerait de le placer en position de force pour s’imposer comme chef de gouvernement à la place de M. Nétanyahou.

Depuis le début de la campagne, M. Bennett entretient le flou sur ses intentions, se montrant à la fois critique de la gestion de M. Nétanyahou, mais proche de son idéologie. Dimanche soir, M. Bennett s’est présenté sur le plateau d’une grande chaîne de télévision pour « signer » un document stipulant qu’il ne rejoindrait pas un gouvernement dirigé par Yaïr Lapid, sans s’engager toutefois concernant M. Nétanyahou.

Si les anti-Nétanyahou n’arrivent pas, de leur côté, à atteindre le nombre crucial de 61 députés, ils devront voir comment — si possible — se rapprocher de M. Bennett ou de partis arabes pour déloger « le roi Bibi », surnom que donnent ses partisans au premier ministre.

Et si aucun camp n’arrive à former un gouvernement, Benjamin Nétanyahou reste de facto premier ministre. Pour Gideon Rahat, professeur de sciences politiques à l’université hébraïque de Jérusalem, point de doute : « Nétanyahou est prêt à une cinquième, sixième ou septième élection. »

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