Attaque de drones à Riyad le jour d’une avancée majeure des rebelles houthis

Cette photo d’archives prise en novembre 2020 montre une vue d’un réservoir  endommagé à l’installation pétrolière Saudi Aramco.
Fayez Nureldine Agence France-Presse Cette photo d’archives prise en novembre 2020 montre une vue d’un réservoir endommagé à l’installation pétrolière Saudi Aramco.

Une attaque de drones vendredi dans la capitale saoudienne a provoqué un incendie dans une raffinerie de pétrole et a été revendiquée par les rebelles houthis, qui viennent de réaliser une avancée stratégique dans le nord du Yémen en guerre.

Il s’agit de la seconde attaque majeure depuis début mars visant des installations énergétiques saoudiennes, soulignant l’escalade du conflit au Yémen voisin, pays ravagé par la guerre opposant les Houthis, soutenus par l’Iran, au gouvernement appuyé par une coalition militaire sous commandement saoudien.

« La raffinerie de pétrole à Riyad a été attaquée par des drones, déclenchant un incendie qui a été maîtrisé », a indiqué le ministère saoudien de l’Énergie, précisant qu’il n’y avait pas de victime.

Condamnant « une attaque lâche », le ministère a estimé que ces frappes ne visaient pas seulement le royaume, mais aussi l’économie et la sécurité économique mondiales.

Les États-Unis ont « condamné fermement » cette attaque ainsi que « les tentatives des Houthis de perturber l’approvisionnement énergétique mondial en ciblant les infrastructures saoudiennes », a indiqué à la presse Jalina Porter, une porte-parole du département d’État.

« Profonde inquiétude »

Elle a dit la « profonde inquiétude » de Washington au sujet de la « fréquence des attaques visant l’Arabie saoudite ».

Les Houthis ont confirmé dans un communiqué avoir visé avec six drones le géant pétrolier Saudi Aramco, en réponse à « l’agression brutale » de la coalition militaire au Yémen.

Les rebelles ont multiplié les attaques en territoire saoudien ces dernières semaines. Riyad a annoncé début mars qu’un drone avait frappé un important port pétrolier et qu’un missile balistique avait visé des installations d’Aramco dans l’Est.

L’attaque de vendredi survient le jour où les Houthis ont pris le contrôle d’une montagne aux alentours de Marib — dernier bastion du gouvernement dans le nord du Yémen —, ce qui représente une avancée majeure pour conquérir cette ville stratégique.

Les rebelles ont « pris le contrôle du mont Hilan, qui surplombe Marib, à l’issue de combats qui ont fait des dizaines de morts et de blessés », a indiqué un responsable militaire des forces gouvernementales à l’AFP.

Marib « est en danger », a déclaré un autre responsable loyaliste.

Après plus de six ans de guerre, les Houthis ont relancé le 8 février leur offensive contre cette région pétrolière, entraînant des combats meurtriers.

Marib est située à environ 120 kilomètres à l’est de la capitale, Sanaa, contrôlée depuis 2014 par les Houthis tout comme une grande partie du nord du pays.

Après la prise du mont Hilan, la coalition a mené une dizaine de frappes aériennes sur des positions houthies, a indiqué une autre source gouvernementale. Fait rare : la chaîne de télévision Al-Massirah, contrôlée par les Houthis, a confirmé ces frappes.

Des experts estiment que la force de frappe aérienne de la coalition pourrait retarder une éventuelle victoire rebelle.

« Une chute imminente de Marib reste peu probable », affirme à l’AFP Majed al-Madhaji, du groupe de réflexion Sanaa Center.

Cette offensive a entraîné la mort de centaines de combattants et la fuite de centaines de familles dans cette région désertique.

« Nos enfants sont terrifiés », a déclaré à l’AFP Oum Ali, une habitante. « Marib restera inébranlable », a lancé un autre, Mohammed Yahya.

La prise de Marib représenterait un coup dur pour les forces progouvernementales et pour Riyad. Elle permettrait aux rebelles de disposer d’une nouvelle source de revenus et d’une position de force lors d’éventuelles négociations.

« Aucune chance de paix »

Les Houthis ont réclamé jeudi à Riyad la fin du blocus aérien et maritime imposé à leur pays comme condition préalable à un accord de cessez-le-feu.

Ce blocus est notamment imposé, selon l’Arabie saoudite, pour empêcher l’arrivée d’armes depuis l’Iran, bien que Téhéran nie armer les rebelles.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a dénoncé jeudi une « escalade » qui fait « courir un grave danger à un million de déplacés » et menace les « efforts destinés à parvenir à une solution politique ».

Si les Houthis prennent Marib, « il n’y aura aucune chance pour la paix dans les trois ou quatre années à venir », ajoute l’expert Majed al-Madhaji.

La guerre a plongé le pays dans la pire crise humanitaire actuellement au monde, selon l’ONU. Elle a fait des dizaines de milliers de morts, d’après des ONG internationales, sans oublier les millions de déplacés et une population au bord de la famine.

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