La CPI ouvre une enquête sur de potentiels crimes de guerre

En juillet et août 2014, Israël avait lancé une offensive de grande envergure pour faire cesser les tirs de roquettes du Hamas sur son territoire depuis la bande de Gaza.
Photo: Mahmud Hams Agence France-Presse En juillet et août 2014, Israël avait lancé une offensive de grande envergure pour faire cesser les tirs de roquettes du Hamas sur son territoire depuis la bande de Gaza.

La procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a annoncé mercredi avoir ouvert une enquête sur des crimes présumés dans les territoires palestiniens, une initiative rejetée par Israël, mais saluée par les Palestiniens.

La CPI « a pris une décision qui est l’essence même de l’antisémitisme et de l’hypocrisie, a déclaré le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou. Nous défendrons chaque soldat, chaque officier, chaque civil, et je vous promets que nous allons nous battre pour la vérité jusqu’à ce que cette décision scandaleuse soit annulée. »

« La décision de la CPI est une récompense pour le terrorisme, a de son côté affirmé sur Twitter le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz. Les Palestiniens doivent comprendre que le conflit entre nous ne se réglera que par des négociations. Aucun tribunal, ni même la Cour de La Haye, ne fera avancer les choses. »

L’Autorité palestinienne a quant à elle salué la décision du tribunal international, dont elle est membre, contrairement à l’État hébreu. « Les crimes commis par les dirigeants de l’occupation israélienne contre le peuple palestinien — qui sont en cours, systématiques et généralisés — rendent cette enquête nécessaire et urgente », a soutenu dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères.

À Washington, le nouveau gouvernement de Joe Biden s’oppose « fermement » à cette enquête, a fait savoir le département d’État américain. Celui-ci a néanmoins précisé que des sanctions prises sous la présidence de Donald Trump contre Fatou Bensouda et d’autres responsables de la juridiction internationale étaient actuellement « réexaminées ». Mme Bensouda fait l’objet de sanctions américaines pour avoir décidé d’enquêter sur les allégations de crimes de guerre américains en Afghanistan.

Les Palestiniens doivent comprendre que le conflit entre nous ne se réglera que par des négociations. Aucun tribunal, ni même la Cour de La Haye, ne fera avancer les choses.

 

La procureure générale de la CPI a assuré que l’enquête sera menée « en toute indépendance, impartialité et objectivité, sans crainte ni parti pris ». « En définitive, il s’agit des victimes, tant palestiniennes qu’israéliennes, du long cycle de violence et d’insécurité qui a causé de profondes souffrances et un terrible sentiment », a-t-elle dit.

Guerre de 2014

Avant son annonce mardi, Fatou Bensouda avait déclaré qu’il y avait un « fondement raisonnable » à croire que des crimes avaient été commis par des membres des forces israéliennes, des autorités israéliennes, du Hamas palestinien et d’autres groupes armés palestiniens durant la guerre de Gaza de 2014.

En juillet et août de cette année-là, Israël avait lancé une offensive de grande envergure pour faire cesser les tirs de roquettes du Hamas sur son territoire depuis la bande de Gaza, une enclave sous blocus israélien depuis des années. La guerre avait fait quelque 2250 morts du côté palestinien, en majorité des civils, et 74 morts du côté israélien, essentiellement des soldats.

En décembre 2019, Mme Bensouda avait souhaité une enquête complète après une enquête préliminaire de cinq ans, tout en demandant à la CPI de déterminer si sa portée s’étendait aux territoires palestiniens. Les juges de la CPI ont ouvert la voie à une enquête sur des crimes de guerre en statuant le mois dernier que la Cour était compétente pour les faits survenus dans les territoires palestiniens.

Israël a occupé la Cisjordanie et la bande de Gaza lors de la guerre des Six Jours, en 1967, puis a annexé principalement Jérusalem-Est. Aujourd’hui, ces territoires abritent au moins cinq millions de Palestiniens, définis par les Nations unies comme vivant sous occupation israélienne.

L’armée israélienne continue d’occuper la Cisjordanie. Elle s’est retirée unilatéralement en 2005 de la bande de Gaza, mais impose à l’enclave palestinienne un blocus depuis plus de 10 ans. Ce territoire est dirigé par le Hamas.

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