Dissolution du Parlement en Israël, en route pour une 4e élection en deux ans

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou
Photo: Yonathan Sindel Agence France-Presse Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou

Le Parlement israélien s’est dissous sur le coup de minuit, mercredi, entraînant la convocation de nouvelles élections, les quatrièmes en deux ans, qui consacrent l’impossible union de Benjamin Nétanyahou et de Benny Gantz dans un même gouvernement.

Le mariage forcé aura été de courte durée. Huit mois tout au plus, avant le divorce et le retour en campagne électorale, avec cette fois une pandémie de COVID-19 et le procès pour corruption du premier ministre Nétanyahou qui doit prendre son véritable envol début 2021, avant le nouveau scrutin prévu en mars.

Mercredi, à la première seconde de la date butoir prévue pour adopter le budget de l’État, le Parlement s’est dissous faute d’accord sur le budget au sein même du gouvernement « d’union et d’urgence » formé en avril par le premier ministre Benjamin Nétanyahou et son ex-rival Benny Gantz.

Après trois scrutins les ayant placés au coude-à-coude, MM. Nétanyahou et Gantz avaient provisoirement enterré la hache de guerre au printemps afin de mettre fin à la plus longue crise politique de l’histoire d’Israël, en s’alliant dans un même gouvernement.

L’accord, visant à rassembler les principales forces politiques du pays pour affronter la pandémie de COVID-19, prévoyait notamment une rotation pour le poste de premier ministre et l’adoption d’un budget unique pour les années 2020 et 2021.

Mais pour concrétiser cette rotation et permettre à M. Gantz d’accéder au poste de chef de gouvernement l’an prochain, les parlementaires devaient au préalable s’entendre sur le budget, un pas qu’ils n’ont finalement jamais franchi.

La saga du budget, considérée par la presse locale comme le révélateur des tensions entre MM. Nétanyahou et Gantz, s’est étirée sur des mois, avec pour échéance le 23 décembre. Si à cette date aucun compromis n’était trouvé, la Knesset (Parlement) se dissolvait et les Israéliens étaient convoqués de nouveau aux urnes.

Pour éviter ce scénario, la formation centriste Kahol Lavan (Bleu-Blanc, les couleurs du drapeau israélien) de Benny Gantz avait proposé un compromis de la dernière chance — voter deux budgets séparés, un fin décembre, l’autre début janvier.

Mais mardi, les parlementaires ont rejeté, par 49 voix contre 47, ce compromis, ne laissant plus de place au doute sur le sort du gouvernement.

Le Waterloo du général Gantz

La presse israélienne étrillait mardi Benny Gantz, ancien chef de la puissante armée, qui n’aura pas réussi à faire adopter ses réformes de la justice, à devenir premier ministre, ou simplement à maintenir intacte sa propre formation politique.

En pactisant avec le Likoud au printemps, Benny Gantz avait déjà vu son parti se scinder, la moitié des députés refusant de rejoindre un gouvernement dirigé par Benjamin Nétanyahou, inculpé de malversations, d’abus de confiance et de corruption dans plusieurs affaires.

Et dans les derniers mois, le parti de Gantz a vu ses appuis fondre comme neige au soleil. En première place lors du scrutin de septembre 2019, sa formation ne serait aujourd’hui qu’en sixième, voire septième place, selon les derniers baromètres.

« Le moment est peut-être venu pour lui de dire simplement : j’ai essayé, j’ai voulu, j’ai échoué, je me retire », estimait mardi le Yediot Aharonot, le titre le plus vendu de la presse hébraïque.

Si le général Gantz a perdu cette bataille politique, Benjamin Nétanyahou, lui, ne sort pas non plus indemne des derniers mois, confronté à la dispersion de ses troupes à l’approche de sa comparution, début 2021, à son procès pour corruption, le premier de l’histoire d’Israël pour un chef de gouvernement en fonction.

Son ancien ministre Gideon Saar a annoncé ce mois-ci la création de sa propre formation, Tikva Hadasha (Nouvel Espoir), ouvertement à droite et déjà créditée de la seconde place, selon de récents sondages.

Le Likoud reste pour l’heure en tête des intentions de vote, mais l’apparition de ce nouveau parti et la montée de la formation de droite radicale Yamina d’un autre ancien ministre, Naftali Bennett, grignotent des voix à M. Nétanyahou, qui pourrait se retrouver après ce énième scrutin sans assez de partenaires pour se maintenir au pouvoir.

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