La communauté internationale dégage une aide d’urgence pour le Liban

Des manifestants ont jeté des pierres et tiré des feux d’artifice en direction de la police, qui a répliqué avec des tirs de gaz lacrymogène.
Photo: Joseph Eid Agence France-Presse Des manifestants ont jeté des pierres et tiré des feux d’artifice en direction de la police, qui a répliqué avec des tirs de gaz lacrymogène.

Cinq jours après les explosions meurtrières qui ont ravagé Beyrouth, la communauté internationale a mobilisé une aide d’urgence de 250 millions d’euros dimanche et appelé à une enquête « transparente » sur les causes de la catastrophe. Pendant ce temps, les Libanais ont regagné la rue pour réclamer la démission du gouvernement, qu’ils tiennent pour responsable de la catastrophe.

« Dans cette période horrible, le Liban n’est pas seul », ont assuré la trentaine de chefs d’État et de gouvernement et de ministres réunis par la France et l’ONU en visioconférence.

Au total, 252,7 millions d’euros (environ 398,6 millions de dollars canadiens) d’aide immédiate ou à brève échéance ont été collectés pour porter secours aux victimes des explosions qui ont fait au moins 158 morts, 6000 blessés, des dizaines de disparus et des centaines de milliers de sans-abri mardi.

Sur cette somme, l’Union européenne s’est engagée à hauteur de 60 millions d’euros pour répondre aux « besoins les plus pressants ». Le Qatar a promis 50 millions de dollars américains. La contribution de la France, qui a déjà envoyé huit avions chargés d’aide, s’élève à 30 millions d’euros. Le navire porte-hélicoptères Tonnerre, équipé d’un hôpital et avec à son bord 200 tonnes de farine et de produits laitiers et pour enfants, a appareillé de Toulon en soirée.

Les participants à la réunion ont ensemble convenu que cette aide serait fournie directement à la population libanaise — coordonnée par les Nations unies —, fixant comme priorité la santé, l’alimentation des Libanais, la réhabilitation des écoles touchées et des logements ravagés. Viendra ensuite le temps de la reconstruction des infrastructures et la mise en œuvre de profondes réformes, restées lettre morte malgré les engagements récurrents des autorités libanaises.

La communauté internationale a ainsi exprimé sa défiance face à une classe politique libanaise honnie par la population, qui dénonce sa corruption et son incurie alors que le Liban est déjà dans une situation économique critique. Une enquête « impartiale, crédible et indépendante » est d’ailleurs réclamée pour cerner les causes des explosions.

Le président libanais, Michel Aoun, avait toutefois exclu vendredi toute enquête internationale et affirmé que l’explosion pourrait avoir été causée par la négligence ou par un missile. La France, en revanche, estime qu’il y a « suffisamment d’éléments objectifs pour penser que l’explosion est accidentelle ».

Manifestations

Plusieurs dirigeants présents — dont le président français et son homologue américain — ont également appelé au calme et exhorté les autorités libanaises à agir pour éviter le « chaos ». Des manifestants sont descendus dans la rue cette fin de semaine pour réclamer la démission du gouvernement, qu’ils tiennent pour responsable de la catastrophe.

Dimanche, sur l’emblématique place des Martyrs, ils étaient des centaines rassemblés, brandissant des drapeaux libanais, sur fond de chants patriotiques. Plus tard, sur une avenue menant au parlement, des manifestants ont jeté des pierres et tiré des feux d’artifice en direction de la police, qui a répliqué avec des tirs de gaz lacrymogène. Ils scandaient « Révolution, révolution ! » pendant que certains tentaient d’escalader les imposantes barricades de fer érigées par la police dans le secteur du parlement.

La veille, des milliers de manifestants ont brièvement pris d’assaut les ministères des Affaires étrangères, de l’Économie, de l’Énergie, ainsi que l’Association des banques. Quelque 250 personnes ont été blessées dans les heurts, dont 65 hospitalisées, d’après la Croix-Rouge libanaise. Vingt personnes ont été interpellées, et un policier est décédé.

Démissions

Devant la pression de la grogne populaire, deux premiers membres du gouvernement ont démissionné dimanche.

« Je m’excuse auprès des Libanais, nous n’avons pu répondre à leurs attentes », a déclaré la ministre de l’Information, Manal Abdel Samad, en présentant sa démission.

Quelques heures plus tard, le ministre de l’Environnement et du Développement administratif, Damianos Kattar, a aussi annoncé son départ du gouvernement « face à l’énorme catastrophe [et à] un régime stérile qui a raté de nombreuses occasions ».

 

Indignation à Montréal

Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté devant le consulat du Liban à Montréal dimanche pour demander l’expulsion des représentants libanais au Canada. « C’est un gouvernement criminel et nous sommes là pour demander au Canada d’arrêter de le reconnaître et d’expulser ses représentants », a déclaré l’un des organisateurs, Ghadi Elkoreh, donnant surtout en exemple l’ambassadeur du Liban à Ottawa et le consul général à Montréal. Le rassemblement, à l’appel de la « Diaspora unie à Montréal », visait aussi à exprimer « l’indignation envers le gouvernement libanais qui n’a rien fait pour secourir son propre peuple après l’explosion du 4 août, mais a tout fait pour réprimer les manifestations à Beyrouth », a ajouté M. Elkoreh. Une manifestation semblable avait eu lieu vendredi devant le consulat. Rappelons que le gouvernement canadien a annoncé samedi la création d’un Fonds de secours pour le Liban.

À voir en vidéo