La capitale libanaise dévastée accueille le président Macron

L’explosion a alimenté la colère des Libanais qui avaient battu le pavé des semaines dès octobre 2019 pour exprimer leur ras-le-bol face aux politiques accusés de corruption et d’incompétence.
Photo: Patrick Baz Agence France-Presse L’explosion a alimenté la colère des Libanais qui avaient battu le pavé des semaines dès octobre 2019 pour exprimer leur ras-le-bol face aux politiques accusés de corruption et d’incompétence.

En visite à Beyrouth après des explosions dévastatrices, le président français, Emmanuel Macron, a durci le ton jeudi contre les dirigeants libanais conspués par la rue, les exhortant à « changer de système » et à lutter contre la corruption après des visites dans des quartiers ravagés.

Provoquées mardi par l’explosion de tonnes de nitrate d’ammonium à l’abandon au port de Beyrouth, les énormes déflagrations, les pires vécues au Liban, ont fait au moins 137 morts et 5000 blessés, laissé sans abri des centaines de milliers de personnes, alors que des dizaines de personnes sont toujours recherchées.

Elles ont détruit des quartiers et endommagé d’autres à plusieurs km à la ronde dans un pays déjà plongé dans une crise économique et sociale sans précédent et où près de la moitié des habitants vivent dans la pauvreté.

« Le Liban n’est pas seul », a tweeté M. Macron, en français et en arabe, à son arrivée à Beyrouth, où il a été accueilli par le président Michel Aoun.

Il s’est aussitôt rendu dans les ruines du port de Beyrouth où étaient entreposées depuis des années 2700 tonnes de nitrate d’ammonium qui ont explosé après un incendie, selon les autorités. Au port, un secouriste français a estimé qu’il restait de « bons espoirs » de trouver des survivants.

M. Macron, portant un masque de protection la plupart du temps, a ensuite fait le déplacement au quartier ravagé de Gemmayzé, près du port, où il a pu observer l’immense détresse et colère de la population, lors d’échanges avec des habitants. Il a serré la main à plusieurs personnes et a même pris dans ses bras une jeune femme.

« Aidez-nous ! Révolution ! », « Le peuple veut la chute du régime », a scandé la foule. Ce à quoi, M. Macron a assuré qu’il proposerait « un nouveau pacte politique » aux dirigeants libanais et leur demanderait de « changer le système, d’arrêter la division […], de lutter contre la corruption ».

Retour le 1er septembre ?

Les Libanais sont ulcérés vis-à-vis de leur classe politique, quasi inchangée depuis la guerre civile (1975-1990) et accusée de corruption, de négligence et d’incompétence.

Emmanuel Macron a promis à un Libanais qui l’interpellait qu’il reviendrait le 1er septembre au Liban « Mon ami, je suis la aujourd’hui, je vais leur proposer un nouveau pacte politique cet après-midi et je reviendrai pour le 1er septembre et s’ils ne savent pas les tenir (les engagements, NDLR) je prendrai mes responsabilités avec vous. »

Il a également « garanti » à la foule que l’aide envoyée aux Libanais n’irait « pas dans les mains de la corruption », alors que des Libanais lui demandaient de ne pas faire distribuer l’aide via les institutions de l’État.

M. Macron a réaffirmé le besoin pour le gouvernement libanais d’entreprendre « des réformes indispensables » pour éviter que le Liban ne s’enfonce davantage dans la crise aggravée par la pandémie de coronavirus.

Le président français s’est ensuite rendu au palais présidentiel de Baabda, où il a rencontré M. Aoun, le premier ministre Hassan Diab et le chef du Parlement Nabih Berri. Il est réuni actuellement à la résidence des Pins avec les représentants des principaux partis politiques, dont le Hezbollah, et des figures de la société civile.

Il doit donner une conférence de presse vers 17 h 45 locales (14 h 45 GMT), avant de rentrer en France.

La France, ancienne puissance mandataire, et le Liban ont conservé de profonds liens, et Emmanuel Macron est le premier chef d’État à s’y rendre depuis le drame.

« Honte à vous ! »

Le gouverneur de Beyrouth, Marwan Abboud a décrit une situation « apocalyptique » à Beyrouth, où l’état d’urgence a été décrété pendant deux semaines après les explosions.

À la radio française Europe 1, le chef de la diplomatie libanaise Charbel Wehbé a indiqué qu’une commission d’enquête avait « quatre jours pour donner un rapport détaillé sur les responsabilités ».

Depuis le drame, aucune arrestation n’a été annoncée et le gouvernement n’a pas été capable jusqu’à présent de justifier la présence pendant six ans de tonnes de nitrate d’ammonium, un composant à risque, « sans mesures de précaution ».

De plus, les autorités n’ont mis en place aucun dispositif pour aider les citoyens notamment les sans-abri. Dans un vaste élan de solidarité, des centaines de Libanais se sont mobilisés, pour lancer des opérations de déblaiement des décombres ou d’accueil.

Plusieurs pays ont déjà dépêché des équipes de secouristes et du matériel. L’Union européenne a annoncé avoir débloqué 33 millions d’euros en urgence.

L’explosion a alimenté la colère des Libanais qui avaient battu le pavé des semaines fin 2019 pour exprimer un ras-le-bol de leurs politiciens.

Depuis le drame, une catastrophe de trop dans un pays en faillite, ils réclament des comptes et le mot-dièse « Pendez-les » circule sur Twitter.

Sur le même réseau social, le dramaturge et acteur libanais Ziad Itani, qui habite Gemmayzé, a salué la visite de M. Macron et fustigé l’incurie des dirigeants libanais : « Je n’ai plus de maison à Gemmayzé, et le premier à visiter le quartier est un président étranger. Honte à vous ! »

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