L’Irak se dote d’un gouvernement de transition

En octobre, l’Irak a été le théâtre d’une révolte populaire inédite par sa spontanéité et son ampleur, réclamant un renouvellement complet du système politique et de tous ses hommes.
Photo: Agence France-Presse En octobre, l’Irak a été le théâtre d’une révolte populaire inédite par sa spontanéité et son ampleur, réclamant un renouvellement complet du système politique et de tous ses hommes.

Moustafa al-Kazimi, ex-chef du renseignement irakien, a obtenu dans la nuit de mercredi à jeudi la confiance de députés masqués et gantés en raison du coronavirus, formant un gouvernement après cinq mois de vacance dans un pays traversant sa pire crise économique et sociale.

Sur les 329 députés du Parlement le plus divisé de l’histoire récente de l’Irak, 255 seulement avaient fait le déplacement.

Ils ont voté en faveur du nouveau Premier ministre de 53 ans, rare personnalité politique à avoir ses entrées à Washington comme à Téhéran, puissances ennemies mais toutes deux agissantes en Irak.

Ce vote met fin au mandat d’Adel Abdel Mahdi, premier chef de gouvernement à quitter son poste avant la fin de son mandat de l’Irak post-Saddam Hussein, démissionnaire depuis cinq mois.

Les députés ont également accordé leur confiance à 15 ministres sur un cabinet qui en compte normalement 22.

Les postes-clés du Pétrole et des Affaires étrangères sont toujours vacants dans l’immédiat, alors même que l’Irak traverse la pire crise économique de son histoire récente après avoir vu ses recettes pétrolières -- son unique source de devises -- divisées par cinq en un an.

Le ministère de l’Intérieur revient au général Othmane al-Ghanemi, chef d’état-major de l’armée, régulièrement vu en Syrie aux côtés des Iraniens et des Russes pour coordonner la lutte contre le groupe Etat islamique (EI). Celui des Sports et de la Jeunesse au très populaire Adnane Dirjal, ancien capitaine de l’équipe nationale de football et celui des Finances à Ali Allawi, universitaire et ancien ministre.

Assurant vouloir gérer « la transition » avant « des élections anticipées » pour lesquelles il n’a donné aucun calendrier, M. Kazimi s’est dit conscient « des crises qui se suivent et s’accumulent pour le pire depuis 2003 » , lorsque les Américains ont renversé le dictateur Saddam Hussein.

En octobre, l’Irak a été le théâtre d’une une révolte populaire inédite par sa spontanéité et son ampleur, réclamant un renouvellement complet du système politique et de tous ses hommes. Bagdad a répondu par la répression -- plus de 550 morts -- et un plan prévoyant des élections anticipées sans toutefois en préciser ni la date ni les modalités.

Et depuis l’automne, le pays est englué dans le marasme politique. Le Parlement ne s’est réuni qu’une fois récemment, au début de l’année, pour voter l’expulsion des troupes américaines en rétorsion à l’assassinat à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani par Washington.

Depuis, les députés n’ont ni adopté les réformes majeures réclamées par les manifestants ni étudié le budget 2020, pas encore voté mais déjà amputé de la part du lion: celle du pétrole, qui représente plus de 90% des recettes de l’Etat.

M. Kazimi s’est également engagé dans un discours présentant son programme gouvernemental à « placer toutes les armes sous le contrôle de l’Etat » dans un pays où la montée en puissance des factions armées pro-Iran est désormais un fait accompli.