Craintes de «recrudescence» du coronavirus en Iran

L’État a autorisé depuis le 11 avril de nombreux commerces à rouvrir progressivement mais des responsables sanitaires ont mis en garde contre de nouvelles vagues de contamination au virus.
Photo: Atta Kenare Agence France-Presse L’État a autorisé depuis le 11 avril de nombreux commerces à rouvrir progressivement mais des responsables sanitaires ont mis en garde contre de nouvelles vagues de contamination au virus.

Le ramadan a débuté samedi en Iran sur fond de craintes d’une possible recrudescence de l’épidémie de COVID-19, deux semaines après le début de la réouverture progressive des commerces.

Comme souvent, le mois du jeûne musulman commence en Iran, pays chiite, avec un jour de retard par rapport au reste du monde islamique, majoritairement sunnite.

Mais comme ailleurs, le ramadan y commence dans une ambiance étrange, en raison des restrictions mises en place pour lutter contre la pandémie de nouveau coronavirus.

Avec 5650 morts causés par le virus selon les chiffres officiels publiés samedi, l’Iran est le pays musulman le plus endeuillé par l’épidémie de pneumonie virale.

Sur décision des autorités, les mosquées y sont fermées jusqu’à nouvel ordre, et l' « iftar », le traditionnel repas de rupture du jeûne après le coucher du soleil doit être pris dans la stricte intimité familiale et ne donner lieu à aucun rassemblement, contrairement à la tradition.

« Nous allons prier à la mosquée habituellement, mais (pas) cette fois-ci », déclare à l’AFP Ahmad Bakhchi, marchand d’objets religieux au bazar de Tadjriche, qui jouxte la mosquée Imamzadeh-Saleh, un important sanctuaire du nord de Téhéran dont les grilles restent closes.

« Cela nous rend triste, mais nous n’avons pas d’autre choix que d’être patients », ajoute-t-il.

Pour Morad Ali Soleimani, qui tient une échoppe d’articles de cuisine non loin, « la fermeture des mosquées était la bonne décision à prendre. »

« Mais quand le virus baissera d’intensité, il faudra qu’ils les rouvrent », estime-t-il car, elles « ne peuvent pas rester fermées […] trop » longtemps.

« Réouvertures à la hâte »

Selon les chiffres officiels, qui donnent 76 nouveaux décès liés au virus entre vendredi et samedi, la propagation a ralenti depuis le début du mois d’avril.

Mais à l’étranger comme à l’intérieur du pays, certains jugent que le nombre de victimes de l’épidémie en Iran est sous-estimé.

L’État a autorisé depuis le 11 avril une réouverture progressive des magasins, et des bazars, mais des responsables sanitaires ont mis en garde samedi contre de nouvelles vagues de contamination au virus.

Cité par l’agence de presse Isna, Aliréza Zali, coordinateur de la lutte contre la maladie dans la capitale, a critiqué « des réouvertures faites à la hâte », estimant que « cela pourrait créer de nouvelles vagues de maladie à Téhéran et compliquer le contrôle de l’épidémie ».

Selon Kianouche Jahanpour, porte-parole du ministère de la Santé, le pays a dénombré un total de 89 328 cas de contamination — dont 1134 enregistrés au cours des dernières 24 heures — depuis le début officiel de l’épidémie en Iran, en février.

« Dans certaines provinces, comme Gilan (nord), Qom (centre) et Mazandaran (nord), où nous avons déployé de grands efforts afin de contrôler l’épidémie, nous observons des signes d’une nouvelle recrudescence » des cas, a déclaré à la télévision d’État Mohammad Mehdi Gouya, directeur du département des maladies infectieuses au ministère de la Santé.

« Nous constatons une augmentation du nombre de cas, en particulier dans les provinces traditionnellement les plus visitées » par des touristes ou des pèlerins iraniens, a ajouté M. Gouya.

Depuis une dizaine de jours, les Iraniens peuvent se déplacer entre les provinces après une interdiction de plusieurs semaines.

Le 18 avril, le guide suprême iranien avait publié une fatwa autorisant à ne pas jeûner pendant le ramadan si la privation de nourriture pendant la journée risquait de rendre le fidèle « vulnérable à la maladie (COVID-19), d’aggraver son état de santé ou de prolonger sa convalescence ».