L’Iran continue d’inquiéter la communauté internationale

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Mariano Grossi
Photo: Ronald Zak Associated Press Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Mariano Grossi

L’Iran est de nouveau sur la sellette pour ses activités nucléaires : les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont constaté un accroissement important de son stock d’uranium enrichi et ils se sont vu refuser l’accès à deux sites qu’ils souhaitaient vérifier.

Ces nouveaux développements laissent augurer des débats tendus au Conseil des gouverneurs de l’agence onusienne, qui se réunit toute la semaine à Vienne.

D’importantes bornes fixées par l’accord de 2015 entre l’Iran et les grandes puissances (JCPOA) ont sauté. Téhéran a lancé le processus d’enrichissement d’uranium dans ses centrifugeuses avancées récemment installées, repris le processus d’enrichissement dans l’usine souterraine de Fordo et dépassé le taux d’enrichissement autorisé, fixé à 3,67 %.

La République islamique entend ainsi répliquer aux États-Unis de Donald Trump qui se sont unilatéralement retirés, en 2018, de cet accord historique visant à l’empêcher de se doter de l’arme atomique.

Conséquence de cette intensification du programme nucléaire iranien, le stock d’uranium faiblement enrichi de l’Iran, de 1020,9 kilos, est désormais cinq fois supérieur au seuil autorisé, selon le rapport de l’AIEA daté du 3 mars.

En revanche, alors que Téhéran avait proclamé le 5 janvier la fin de toute restriction sur son programme nucléaire, et notamment la levée des limitations du nombre de centrifugeuses, l’agence « n’a observé aucun changement » consécutif à cette annonce, a indiqué lundi le nouveau patron de l’agence, Rafaël Mariano Grossi.

« Pas encore dans une zone d’alerte rouge »

La quantité autorisée n’a pas été fixée au hasard. C’est le résultat d’un calcul précis destiné à définir le « breakout time », c’est-à-dire le temps qu’il faudrait en théorie à l’Iran, avec une limite de 5060 centrifugeuses, pour obtenir le matériau destiné à une bombe nucléaire.

Avec l’accord de Vienne, ce délai était d’environ un an.

L’accroissement du stock d’uranium faiblement enrichi dont dispose l’Iran constitue une « importante préoccupation », explique un diplomate. Il réduit le « breakout time » à quelques mois selon les experts.

Mais accumuler l’uranium ne suffit pas ; il faut aussi l’enrichir à un taux de 90 % pour qu’il soit utilisable à des fins militaires.

À ce stade, Téhéran n’a pas dépassé le taux d’enrichissement de 4,5 %. « On n’est pas encore dans une zone d’alerte rouge », note l’ancien ambassadeur de France en Iran François Nicoullaud.

Le régime iranien a toujours nié vouloir se doter de la bombe. Le stock actuel d’uranium est bien inférieur à ce qu’il était avant le JCPOA.

Deux sites inaccessibles

Démarche singulière depuis la signature de l’accord, l’Iran a refusé en janvier des inspections sur deux sites que souhaitait vérifier l’AIEA.

Ces sites n’ont cependant pas de lien avec les activités actuelles de l’Iran. Selon plusieurs sources diplomatiques, ils ont trait aux projets nucléaires militaires du pays dans les années 2000.

Les deux sites inaccessibles comptent parmi un total de trois positions liées à l’hypothèse de « matériel nucléaire et d’activités nucléaires non déclarés », selon l’agence.

Réitérant lundi la nécessité d’inspecter ces emplacements, M. Grossi a dit espérer que le dialogue avec l’Iran permettra « de débloquer la situation actuelle dans les prochains jours ou heures ».

« L’AIEA est une agence technique et elle a l’obligation de tirer au clair ces présomptions », car, en tant qu’État signataire du Traité de non-prolifération, l’Iran doit signaler tous les sites contenant du matériel nucléaire, remarque François Nicoullaud.

Téhéran a cependant vertement répliqué en jugeant ces réclamations illégitimes et téléguidées par Israël et les États-Unis.

Israël affirme disposer d’archives iraniennes prouvant que la République islamique a dissimulé, dans les années 2000, des sites de fabrication d’armes nucléaires.

Sur le volet de ses activités nucléaires actuelles, l’Iran collabore en revanche sans difficulté avec les inspecteurs de l’AIEA qui ont accès à tous les sites.

Négociations en vue

Indépendamment de cette affaire, Paris, Londres et Berlin ont déclenché le 14 janvier le mécanisme de règlement des différends prévu dans l’accord de 2015 afin de contraindre Téhéran à revenir au respect de ses engagements.

Les trois États de l’Union européenne sont, avec la Chine et la Russie, parties à l’accord de Vienne.

À terme, l’absence de conciliation peut mener au rétablissement par le Conseil de sécurité de l’ONU de toutes les sanctions qui avaient été levées après la signature du JCPOA, mais les Européens assurent que tel n’est pas leur objectif.

Une première réunion s’est tenue fin février pour lancer cette conciliation. Plusieurs sources diplomatiques assurent qu’il n’y a pas de date butoir et que les négociateurs prendront le temps nécessaire.

Coronavirus en Iran: Khamenei annule son discours du Nouvel An à Machhad

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a annulé le discours qu’il tient chaque année à Machhad (nord-est de l’Iran) pour le Nouvel An persan, cette année le 20 mars, à cause du nouveau coronavirus, a annoncé lundi son bureau.

Avec un bilan officiel de 237 morts lundi, l’Iran est l’un des principaux pays touchés par la maladie COVID-19, après la Chine et l’Italie.

« La cérémonie du discours du guide suprême qui a eu lieu chaque année au mausolée sacré de l’imam Réza le premier jour du nouvel an n’aura pas lieu cette année et [l’ayatollah Khamenei] ne se rendra pas à Machhad », indique un communiqué des services du numéro un iranien.

Le texte ajoute que cette décision a été prise « en raison de la propagation du coronavirus et des conseils stricts des responsables et des experts sanitaires et médicaux d’éviter les rassemblements et les voyages afin d’empêcher la progression de la maladie ».

Deuxième agglomération d’Iran et principale ville sainte chiite du pays, Machhad est également le lieu de naissance de l’ayatollah Khamenei, et la capitale de la province de Khorassan-e Razavi.

Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, 183 personnes ont été contaminées par le coronavirus dans cette province.

L’allocution que prononce le guide à Machhad chaque année est généralement un discours-programme fixant les grands objectifs de la nation pour les 12 mois à venir.

À l’approche du Nouvel An persan, traditionnellement l’occasion de voyages dans le pays, les autorités de plusieurs provinces ont pris des arrêtés de fermeture des hôtels et autres lieux d’hébergement touristiques afin de dissuader la population de voyager.

Le gouvernement demande depuis plusieurs jours aux Iraniens de rester chez eux et de ne pas voyager dans le pays.

Selon les derniers chiffres officiels, plus de 7000 personnes ont été contaminées par la maladie en Iran.

Plusieurs hommes politiques ou personnalités iraniens figurent sur la liste des personnes décédées à cause du coronavirus. Le dernier est l’ayatollah Reza Mohammadi Langroudi, un élève de l’ayatollah Khomeiny, le père fondateur de la République islamique, dont le site d’information Ebtekhar a annoncé lundi la mort à l’âge de 91 ans.