Le Liban annonce le premier défaut de paiement de son histoire

Le Premier ministre libanais Hassan Diab
Photo: Dalati Nohra / Lebanon Government via Associated Press Le Premier ministre libanais Hassan Diab

Le Liban, qui a annoncé samedi être pour la première fois de son histoire en défaut de paiement, est englué dans une sévère crise économique qui s’est exacerbée avec le déclenchement en octobre d’une contestation populaire contre le pouvoir accusé de corruption.

Pays aux équilibres communautaires fragiles, le Liban a été aussi malmené par des années de crises politiques et souvent victime collatérale de vives tensions régionales.

Crise économique

Le Liban traverse une de ses pires crises économiques et financières. Selon l’agence internationale Standard and Poor’s (S & P), il croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit près de 170 % de son produit intérieur brut (PIB), l’un des ratios les plus élevés au monde.

Samedi, le Premier ministre Hassan Diab a annoncé que le pays ne serait pas en mesure de rembourser 1,2 milliard d’Eurobonds — bons du trésor émis en dollars —, ajoutant que le Liban allait négocier pour restructurer sa dette.

D’après Transparency international, le Liban se classe 137e sur 180 pays à l’indice de perception de la corruption.

Depuis octobre 2019, un mouvement de contestation agite le pays, réclamant une refonte du système politique et la démission d’une classe politique accusée d’incompétence et de corruption.

Le pays souffre en effet d’importantes lacunes en matière de développement, notamment en termes d’alimentation en eau, de production d’électricité et de traitement des déchets.

La communauté internationale s’est engagée en 2018 à lui apporter une aide financière de plus de 11 milliards de dollars en contrepartie de réformes, restées lettre morte. Les prêts et dons prévus n’ont toujours pas été débloqués.

En novembre 2019, la Banque mondiale a averti que la moitié de la population pourrait bientôt vivre sous le seuil de pauvreté.

État libéral dans une région conservatrice

Le Liban, qui arbore un cèdre sur son drapeau, est un des plus petits États du Moyen-Orient avec un territoire de quelque 10 000 kilomètres carrés, bordé à l’ouest par la Méditerranée.

Le Liban est considéré comme relativement libéral dans une région plutôt conservatrice. La religion y occupe une place de premier plan. Il y a 18 communautés religieuses et l’État est régi par un système complexe de partage du pouvoir entre les différentes confessions.

Le pays est une République parlementaire avec une chambre de 128 députés, qui respecte la parité entre musulmans et chrétiens.

Conformément au pacte national datant de l’indépendance en 1943, le président doit être un chrétien maronite, le Premier ministre un musulman sunnite et le président du Parlement un musulman chiite.

Le pays a connu 15 ans de guerre civile (1975-1990) et a été sous tutelle syrienne depuis les années 1990 jusqu’au retrait des soldats syriens en 2005. Et les institutions politiques ont été longtemps paralysées par les antagonismes entre pro et antisyriens.

En 2013, le puissant mouvement chiite Hezbollah a reconnu l’engagement de ses combattants dans la guerre en Syrie au côté du régime de Bachar al-Assad, une implication qui a divisé davantage la scène politique au Liban.

Créé en 1982 par les Gardiens de la révolution, armée idéologique de l’Iran, le Hezbollah est l’ennemi juré d’Israël auquel il a livré une guerre en 2006.

Terre d’accueil pour les réfugiés syriens

Le conflit syrien a régulièrement débordé sur le Liban. Plusieurs attentats suicide ont ainsi secoué Beyrouth et d’autres régions du pays.

Avec une population de 4,5 millions d’habitants, le Liban dit accueillir 1,5 million de réfugiés syriens.

Beyrouth et des organisations internationales ont à plusieurs reprises tiré la sonnette d’alarme concernant le poids économique et social de cet afflux massif.

Le Liban est membre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Symboles de la richesse culturelle du pays, les festivals d’été dans le temple romain de Baalbeck (est), la citadelle croisée de Byblos (nord) et le palais des émirs du XIXe siècle de Beiteddine (est de Beyrouth) attirent de nombreux spectateurs.