Un accord turco-russe pour un cessez-le-feu à Idlib

Des panaches de fumée s'élevaient jeudi à la suite des frappes aériennes russes sur le village d'al-Bara, dans le sud de la province d'Idlib.
Photo: Omar Haj Kadour Agence France-Presse Des panaches de fumée s'élevaient jeudi à la suite des frappes aériennes russes sur le village d'al-Bara, dans le sud de la province d'Idlib.

Recep Tayyip Erdoğan et Vladimir Poutine ont annoncé jeudi un cessez-le-feu, entré en vigueur à minuit heure locale (jeudi, 17 h à Montréal), qui doit mettre fin à des semaines de violences dans la région syrienne d’Idlib et éloigne le risque d’une montée des tensions entre Moscou et Ankara. Après plus de six heures de négociations entre les murs du Kremlin, le président turc Erdoğan a annoncé au cours d’une conférence de presse commune avec M. Poutine ce cessez-le-feu, ajoutant qu’il oeuvrerait avec son homologue russe à le rendre « durable ».

Selon le texte de l’accord consulté par l’AFP, leurs deux pays organiseront à partir du 15 mars des patrouilles communes sur une large portion de l’autoroute M4, un axe crucial pour le régime traversant la région syrienne d’Idlib. Ce sera la première fois que Russes et Turcs patrouillent ensemble dans cette zone. Moscou et Ankara ont aussi prévu de mettre en place un « couloir de sécurité » de six kilomètres de profondeur de part et d’autre de cette autoroute, soit une zone tampon de 12 kilomètres de large au total. Les paramètres définissant cette zone seront définis sous sept jours, selon le texte.

Notre objectif est d’éviter que la crise humanitaire n’empire

 

L’accord doit mettre un terme à des semaines de combats autour d’Idlib, l’ultime bastion des rebelles et des djihadistes dans le nord-ouest de la Syrie où la Turquie est intervenue contre les forces du régime de Bachar al-Assad, soutenues par la Russie. Ces violences ont provoqué une catastrophe humanitaire, avec près d’un million de personnes déplacées vers la frontière turque, et de lourdes pertes pour la Turquie, dont plusieurs dizaines de soldats ont été tués.

Crise humanitaire

« Notre objectif est d’éviter que la crise humanitaire n’empire », a déclaré M. Erdoğan, prévenant toutefois que son pays « se réserve le droit de répliquer de toutes ses forces et partout à toute attaque du régime » de Damas. S’exprimant avant son homologue turc, M. Poutine avait dit espérer que ce texte serve de « base solide pour mettre un terme aux combats dans la zone de désescalade d’Idlib » et pour « stopper les souffrances de la population civile ». « Nous n’avons pas toujours été d’accord avec nos partenaires turcs. Mais à chaque fois, dans les moments critiques, sur la base d’entretiens bilatéraux, nous avons réussi à trouver un terrain d’entente », a ajouté le président russe.

L’intensification des combats à Idlib avait abouti à des tensions diplomatiques entre la Russie, un allié du régime syrien, et la Turquie, qui appuie les rebelles, faisant planer un risque d’affrontement direct entre ces deux pays qui se sont imposés en tant que principaux acteurs internationaux dans le conflit syrien.Jeudi encore, au moins 15 civils, dont un enfant, ont péri dans des frappes aériennes russes à Idlib, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Quelques heures avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, l’armée turque a par ailleurs annoncé la mort de deux de ses soldats tués par les forces de Bachar al-Assad.

L’accord conclu jeudi comporte toutefois son lot d’inconnues et ne dit pas ce qui adviendra de la douzaine de « postes d’observation » turcs dans la région, encerclés depuis que Damas a déclenché son offensive. Les tensions à Idlib ont déjà fait voler en éclats les accords conclus entre les présidents Poutine et Erdoğan à Sotchi en 2018 pour faire cesser les combats dans cette région et y instaurer une zone démilitarisée.

La Turquie, qui accueille déjà 3,6 millions de Syriens, a réclamé mercredi un soutien européen aux « solutions politiques et humanitaires turques en Syrie », indispensable selon elle pour mettre en place une trêve et régler la crise migratoire. L’UE a « fermement » rejeté le chantage aux migrants d’Ankara.