L’ONU tire la sonnette d’alarme au sujet des activités nucléaires de l’Iran

«Je tire la sonnette d’alarme», a déclaré le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Mariano Grossi.
Photo: Ronald Zak Associated Press «Je tire la sonnette d’alarme», a déclaré le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Mariano Grossi.

Téhéran doit fournir des « clarifications » : l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a tiré « la sonnette d’alarme » mardi, reprochant à l’Iran son manque de transparence sur ses activités nucléaires et l’impossibilité d’accéder à deux sites suspects.

« Je tire la sonnette d’alarme », a déclaré le directeur général de l’agence onusienne, Rafael Mariano Grossi, dans un entretien à l’AFP, à Paris, où il a rencontré le président français, Emmanuel Macron.

Dans un contexte de crispations croissantes, « l’Iran doit se décider à coopérer de façon plus claire avec l’agence pour donner les clarifications nécessaires », a-t-il ajouté, évoquant la découverte de « traces d’uranium anthropogénique » dans un entrepôt près de Téhéran en 2019.

Cet avertissement à l’Iran est au coeur d’un nouveau rapport de l’Agence qui sera examiné la semaine prochaine, lors du conseil des gouverneurs de l’AIEA. Ce document, consulté par l’AFP à Vienne, dénonce le fait que l’Iran a refusé à l’AIEA l’accès à deux sites en janvier.

L’AIEA communiquera également aux gouverneurs l’état des activités nucléaires actuelles de l’Iran. Selon un second rapport consulté par l’AFP, le stock d’uranium enrichi de l’Iran est cinq fois supérieur à la limite autorisée par l’accord de 2015, dont Téhéran a commencé à s’affranchir en mai 2019.

D’après les inspecteurs, la quantité accumulée par Téhéran atteignait au 19 février 1510 kilos d’uranium enrichi UF6, pour une limite autorisée à 300 kilos dans cet accord, signé entre l’Iran et les grandes puissances.

Selon ce même rapport, l’Iran produit de l’uranium enrichi à un taux de 4,5 %, supérieur au seuil de 3,67 % fixé par l’accord. Mais ce taux reste encore très loin du niveau requis pour fabriquer une bombe (plus de 90 %).

« Pas tenu de répondre »

Les deux sites auxquels l’AIEA s’est vu refuser l’accès comptent parmi un total de trois positions identifiées par l’agence comme posant « un certain nombre de questions liées à la possibilité de matériel nucléaire et d’activités nucléaires non déclarés », indique le rapport afférent.

Une source diplomatique a précisé à l’AFP qu’il s’agissait d’éventuelles activités de l’Iran antérieures à la signature de l’accord. L’Iran a justifié son refus dans une lettre en disant qu’il « ne reconnaissait aucune allégation sur les activités passées (du pays) et ne se considérait pas tenu de répondre » à propos de cette période.

L’accord nucléaire de 2015 est menacé depuis que les États-Unis l’ont dénoncé unilatéralement en 2018. Téhéran, asphyxié par des sanctions économiques, a riposté en s’affranchissant, depuis mai 2019, de plusieurs de ses engagements.

L’AIEA réclame depuis plusieurs mois des éclaircissements sur la nature des activités menées sur un site non référencé de Téhéran, dénoncé par le gouvernement israélien. L’agence onusienne n’a jamais précisé sa localisation, mais des sources diplomatiques ont indiqué à l’AFP qu’il s’agissait d’un entrepôt du district de Turquzabad de la capitale.

« Le fait qu’on ait retrouvé des traces est très important, ça veut dire qu’il y a la possibilité d’activités et de matériel nucléaires qui ne seraient pas sous contrôle international et dont on ne connaîtrait ni l’origine ni le destin, a poursuivi M. Grossi. C’est quelque chose qui me préoccupe. »