Nétanyahou en route vers la victoire malgré son inculpation

Benjamin Nétanyahou s’est rendu dans la nuit à Tel-Aviv où ses partisans, les «Likoudniks », l’ont accueilli par un concert de vivats et de « Bibi roi d’Israël».
Photo: Gil Cohen-Magen Agence France-Presse Benjamin Nétanyahou s’est rendu dans la nuit à Tel-Aviv où ses partisans, les «Likoudniks », l’ont accueilli par un concert de vivats et de « Bibi roi d’Israël».

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, inculpé pour corruption dans une série d’affaires, s’est félicité mardi de sa « victoire géante », « contre toute attente », aux élections législatives de lundi qui étaient cruciales à sa survie politique.

« Je me souviens de notre première victoire en 1996, mais ce soir c’est une victoire encore plus grande, car contre toute attente », a-t-il déclaré, se réjouissant d’avoir déjoué les pronostics de ceux qui avaient « prédit la fin de l’ère Nétanyahou » en Israël.

Les sondages à la sortie des urnes diffusés après la fermeture des bureaux de vote créditent le Likoud de M. Nétanyahou de 36 ou 37 sièges sur les 120 du Parlement, contre 32 ou 33 pour la formation Kahol Lavan (Bleu Blanc, couleurs du drapeau israélien) de Benny Gantz.

Si le score du Likoud se maintient au-delà des 35 sièges, il s’agira du meilleur sous Benjamin Nétanyahou, le plus pérenne d’ailleurs des chefs de gouvernement de l’histoire israélienne.

«Merci», a rapidement tweeté avec un émoji de coeur M. Nétanyahou, après la diffusion de ces projections.

Avec ses alliés, de la droite et des partis ultra-orthodoxes, M. Nétanyahou est crédité d’environ 60 sièges, ce qui le place au seuil de la majorité absolue (61) à la Knesset, le Parlement israélien. Il est donc en position de force pour former le prochain gouvernement et mettre un terme à la plus longue crise politique de l’histoire du pays.

«Bien que nous devions encore attendre les résultats définitifs, il ne fait aucun doute que le premier ministre Nétanyahou a obtenu un mandat clair de la population israélienne», a commenté Yohanan Plesner, président d’Israel Democracy Institute, un centre de recherche de Jérusalem.

Des élections au temps du coronavirus

À l’heure du nouveau coronavirus, ce vote a donné parfois lieu à des scènes de science-fiction dans des bureaux où du personnel électoral en combinaison de protection a accueilli des Israéliens entrés en contact avec des personnes contaminées ou ayant voyagé dans des pays touchés par l’épidémie.

La crainte de l’épidémie ne semble pas avoir amputé la participation selon les premières indications de la commission électorale, qui a annoncé un taux de participation de 71%, en hausse par rapport aux deux derniers scrutins. La progression est de deux points par rapport à la dernière élection, en septembre.

Les Israéliens ont voté pour mettre fin à la plus importante crise politique de l’histoire de l’État hébreu, après les élections en avril et septembre 2019 n’ayant pas réussi à départager le Likoud de M. Nétanyahou, 70 ans, et Bleu Blanc de M. Gantz, 60 ans.

Mais une chose avait changé depuis le dernier scrutin: l’inculpation de Benjamin Nétanyahou, devenu en novembre le premier chef de gouvernement israélien en fonction à être mis en examen, de surcroît pour corruption, malversations et abus de confiance.

«Quelle claque au visage» des procureurs, a réagi sur Twitter l’analyste politique Amit Segal, en commentant les premiers résultats.

Partisan de «l’annexion»

Le destin du Likoud de M. Nétanyahou dépend aussi du score de ses alliés politiques pour atteindre la majorité à la Knesset. Les partis ultra-orthodoxes Shass, Judaïsme unifié de la Torah, ainsi que la liste Yamina (droite radicale), alliés du camp Nétanyahou, ont fait une bonne performance selon les premières projections.

Bleu Blanc misait de son côté sur le soutien des partis de gauche, qui s’étaient d’ailleurs unis pour ce scrutin, mais dont les premiers résultats sont décevants (6 ou 7 sièges au total). Le chef de la gauche, Amir Peretz, a accusé M. Gantz d’avoir mené «une campagne irresponsable» qui a «miné» l’ensemble de leur bloc.

Benny Gantz avait notamment durci le ton dans cette campagne à l’égard de la «Liste unie» des partis arabes israéliens, des alliés potentiels, qui avaient provoqué la surprise en septembre en gravissant la troisième marche du podium.

Les partis arabes israéliens espéraient barrer la route à M. Nétanyahou pour son soutien notamment du plan de Donald Trump pour un règlement du conflit israélo-palestinien.

M. Nétanyahou a mené sa campagne sur le socle du projet Trump, en promettant l’annexion rapide de la vallée du Jourdain et des colonies israéliennes en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par Israël, comme prévu par le plan.

Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine, Saëb Erakat, a déploré dans la nuit une victoire des partisans de «l’annexion» et de la «colonisation». Elle contribuera «au maintien de la violence, de l’extrémisme et du chaos», a-t-il prévenu.

«Ensemble, nous allons bientôt voir la formation d’un gouvernement nationaliste qui va annexer et développer cette région», s’est félicité de son côté David Elhayani, président du Conseil de Yesha, principale organisation représentant les colons de Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël.