Syrie: le régime sur le point de reprendre une ville clé à Idleb

Les combats se poursuivent aux abords de la ville de Saraqeb, quasi déserte après deux semaines de bombardements intenses.
Photo: Omar Haj Kadour Agence France-Presse Les combats se poursuivent aux abords de la ville de Saraqeb, quasi déserte après deux semaines de bombardements intenses.

Les forces du régime syrien ont poursuivi vendredi leur offensive pour s’emparer d’une ville stratégique située à la jonction de deux autoroutes, dans le nord-ouest du pays, où les combats avec des groupes djihadistes et rebelles ont fait plus de 400 morts dans les deux camps en une semaine.

Après avoir repris mercredi une autre ville importante, Maaret al-Noomane, dans le sud de la province d’Idleb, les forces loyales au régime de Bachar al-Assad se trouvent désormais à deux kilomètres de la ville clé de Saraqeb, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les combats se poursuivent aux abords de la ville, quasi déserte après deux semaines de bombardements intenses, d’après l’OSDH.

Parallèlement à l’avancée terrestre du régime, des avions ont pilonné le secteur, visant un centre de la défense civile, a indiqué un correspondant de l’AFP.

Des parties du bâtiment abritant le centre ont été détruites et au moins six secouristes ont été blessés, selon Moustafa Abou Hamdou, qui dirige des équipes de secouristes à Idleb.

« Le centre est désormais hors service », a indiqué M. Hamdou.

Il n’était pas clair dans l’immédiat si les raids avaient été menés par l’aviation syrienne ou par l’aviation russe, qui soutient Damas depuis 2015.

La prise de Saraqeb constituerait une victoire stratégique pour le régime, qui a repris le contrôle sur plus de 40 % de la province d’Idleb. La ville se trouve à la jonction entre deux autoroutes que le régime cherche à reconquérir en vue de reconstruire une économie ravagée par près de neuf ans de guerre.

La M5 relie Alep, deuxième ville du pays et ancien poumon économique de Syrie, à la capitale Damas, tandis que la M4 relie Alep à la ville côtière de Lattaquié. Seuls une cinquantaine de kilomètres de la M5 demeurent hors de portée du régime, selon l’OSDH.

Plus de la moitié de la province d’Idleb et des secteurs attenants des provinces d’Alep, Hama et Lattaquié, échappent toujours au régime et sont dominés par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda.

Cette région de trois millions d’habitants, dont la moitié sont des déplacés venus d’autres ex-bastions insurgés, abrite aussi d’autres groupuscules jihadistes et diverses factions de l’opposition armée affaiblies.

Exode massif

Des combats acharnés ont aussi lieu depuis mi-janvier dans l’ouest d’Alep, une escalade inédite dans cette province depuis fin 2016.

L’ouverture de deux fronts vise à acculer les insurgés dans une zone rétrécie dans le centre d’Idleb, a indiqué jeudi un responsable militaire syrien sous le couvert de l’anonymat.

En une semaine, 205 combattants du régime et 220 dans le camp adverse, majoritairement des jihadistes, ont été tués dans les combats à Idleb et Alep, selon l’OSDH.

Après avoir enchaîné les victoires avec le soutien de Moscou, le régime contrôle désormais plus de 70 % du territoire national.

Depuis décembre, plus de 388 000 personnes ont fui leur foyer dans la région d’Idleb, selon l’ONU, tandis que plus de 260 civils ont péri dans les bombardements, d’après l’OSDH.

L’ONU et des ONG ont maintes fois mis en garde contre l’une des pires catastrophes humanitaires du conflit syrien en cas de poursuite des violences.

« La situation dans le nord-ouest de la Syrie est désormais intenable pour les civils », a déploré vendredi Lorenzo Redalié du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

L’ONG Save the Children a affirmé que ses partenaires à Idleb faisaient état d’un exode « jamais vu auparavant ».

Le conflit en Syrie, déclenché en mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, a fait plus de 380 000 morts et des millions de déplacés.