Les États-Unis démentent l’annonce du retrait de leurs troupes en Irak

Un véhicule blindé américain, photographié en janvier 2016 sur la route de Mossoul
Photo: Khalid Mohammed Associated Press Un véhicule blindé américain, photographié en janvier 2016 sur la route de Mossoul

La lettre émanant du commandement militaire américain en Irak, prévenant Bagdad d’un redéploiement des forces américaines, est authentique mais a été envoyée par erreur, a déclaré lundi le chef d’état-major américain, le général Mark Milley.

« C’était un projet [de lettre] non signé », envoyé à quelques leaders militaires irakiens parce que les mouvements de troupes américaines en Irak se sont accrus ces derniers jours, a expliqué à la presse le général Milley.

Mais « il n’aurait jamais dû être envoyé », a-t-il ajouté. « C’est une erreur commise en toute bonne foi. »

Bagdad avait annoncé un peu plus tôt que l’armée américaine lui avait annoncé préparer son retrait dans une lettre écrite au nom du général William Seely, commandant des opérations militaires américaines en Irak, dont une copie avait été consultée par l’AFP.

Dans ce projet de lettre, le général Seely expliquait au commandement militaire irakien que Washington était en train de « repositionner » les forces de la coalition antidjihadistes dans le but d’« un retrait de l’Irak de manière sécurisée et efficace ».

 
Photo: Susannah George Associated Press Un militaire américain, photographié en janvier 2018, discutait avec une famille irakienne au cours d’une patrouille dans une région rurale de l’ouest du pays.

Ce paragraphe « est mal formulé », a ajouté le général Milley. Cela « implique un retrait. Ce n’est pas ce qui se passe ».

Selon le chef du Pentagone, Mark Esper, les États-Unis redéploient leurs troupes en Irak, mais ne quittent pas le pays.

« Aucune décision n’a été prise de quitter l’Irak. Point », a déclaré à la presse le secrétaire américain à la Défense. « Cette lettre ne correspond pas à notre état d’esprit aujourd’hui. »

Les États-Unis comptaient 5200 soldats en Irak, jusqu’à l’arrivée la semaine dernière de plusieurs centaines d’autres pour protéger l’ambassade dans la Zone verte — un quartier ultrasécurisé de Bagdad —, attaquée mardi par des milliers de pro-Iran.

Lors d’une séance extraordinaire en présence du premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi, le Parlement irakien a demandé dimanche au gouvernement de « mettre fin à la présence des troupes étrangères » en Irak.

Mais la motion du Parlement, adoptée à main levée par les 168 députés présents, sur 329, n’est pas contraignante et le gouvernement irakien n’y a pour le moment pas donné suite.

Le secrétaire américain à la Défense a mis en doute la légitimité de ce vote. « Aucun des Kurdes n’a participé, la quasi-totalité des sunnites n’a pas participé et beaucoup de chiites ont participé sous la menace », a déclaré M. Esper.

« Les Irakiens ne veulent pas que nous partions », a-t-il assuré. « Ils savent que les États-Unis sont là pour les aider à devenir un pays souverain, indépendant et prospère. Ce ne sont pas les intentions de l’Iran. L’Iran veut les contrôler et en faire un État supplétif. »

Menaces contre les sites culturels

Le chef du Pentagone a cependant pris ses distances avec les menaces du président Donald Trump contre des sites culturels iraniens.

« Nous respecterons les lois sur les conflits armés », a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé si le Pentagone était prêt à prendre des sites culturels pour cible.

« Cela veut dire non, parce que prendre un site culturel pour cible est un crime de guerre », lui a dit une journaliste. « C’est la loi sur les conflits armés », a acquiescé M. Esper.

L’Irak demande au Conseil de sécurité de l’ONU de condamner le raid américain

L’Irak a demandé lundi dans une lettre à l’ONU que le Conseil de sécurité condamne le raid mené sur son territoire vendredi par les États-Unis, qui a tué le général iranien Qassem Soleimani et son lieutenant irakien, Abou Mehdi al-Mouhandis, afin que « la loi de la jungle » ne domine pas les relations internationales.

Cette opération américaine « représente une agression contre le peuple et le gouvernement de l’Irak, une violation flagrante des conditions liées à la présence des forces américaines en Irak, et une escalade dangereuse qui pourrait conduire à une guerre dévastatrice en Irak, dans la région et le monde », indique l’ambassadeur irakien à l’ONU, Mohammed Hussein Bahr-AlUloom, dans cette missive obtenue par l’AFP.

L’Irak demande au Conseil « de s’acquitter de ses responsabilités et de veiller à ce que ceux qui ont commis de telles violations, qui ne violent pas seulement les droits de la personne mais aussi le droit international, faisant prévaloir la loi de la jungle au sein de la communauté internationale, soient tenus pour responsables », ajoute le diplomate.

Dans sa lettre de trois pages, l’ambassadeur irakien ne réclame pas explicitement de réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur les derniers événements. L’Irak n’est pas membre du Conseil, mais peut demander une réunion par l’entremise de l’un des 15 pays formant la plus haute instance de l’ONU chargée de garantir la paix dans le monde.

La missive de Bagdad fait suite à l’annonce dimanche par le ministère irakien des Affaires étrangères d’un dépôt de plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU.

Agence France-Presse