L’Irak menace de «revoir» ses relations avec les États-Unis

Lundi, dans la plupart des villes du sud de l’Irak, à Bagdad et à Kirkouk, des manifestants ont brûlé ou piétiné des drapeaux américains, ont rapporté des correspondants de l’AFP.
Photo: Hussein Faleh Agence France-Presse Lundi, dans la plupart des villes du sud de l’Irak, à Bagdad et à Kirkouk, des manifestants ont brûlé ou piétiné des drapeaux américains, ont rapporté des correspondants de l’AFP.

Le gouvernement irakien s’est dit lundi soir forcé de « revoir ses relations » avec les États-Unis après des frappes aériennes menées la veille par Washington contre des bases de combattants pro-Iran intégrés aux forces irakiennes et ayant fait au moins 25 morts.

En soirée, alors que la polémique enfle en Irak sur des raids menés « en violation de la souveraineté irakienne » contre des combattants désormais intégrés aux troupes régulières, le premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi a reconnu en avoir été informé peu avant qu’ils n’aient lieu par le chef du Pentagone, Mark Esper.

« Les forces américaines ont agi en fonction de leurs priorités politiques et non de celles des Irakiens », a dénoncé le gouvernement démissionnaire réuni en conseil de sécurité réduit.

Washington affirme avoir visé dimanche soir plusieurs bases des brigades du Hezbollah — une faction pro-Iran du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires formée pour lutter contre les djihadistes — pour mettre fin à une série d’attaques à la roquette ayant visé ses soldats et ses diplomates à onze reprises ces deux derniers mois.

Mais, rétorque le communiqué du cabinet, « la protection de l’Irak, de ses bases militaires, des forces qui y sont présentes et des chancelleries relève de la responsabilité exclusive des forces de sécurité irakiennes ».

De telles frappes « violent la souveraineté de l’Irak » et « contreviennent aux règles d’engagement de la coalition » internationale présente en Irak sous commandement américain pour lutter contre les djihadistes, poursuit le texte.

Ils « poussent l’Irak à revoir ses relations et son cadre de travail sur les plans sécuritaire, politique et légal pour protéger sa souveraineté ».

M. Abdel Mahdi a toutefois expliqué devant ses ministres réunis en Conseil lundi avoir été informé de ces frappes par M. Esper.

« Il m’a dit que les États-Unis allaient frapper les brigades du Hezbollah et je lui ai répondu que c’était un acte dangereux qui pouvait mener à une escalade », a-t-il déclaré, selon une vidéo diffusée par son bureau.

« Nous avons essayé de prévenir des commandants », a-t-il poursuivi, mais visiblement en vain tant le bilan humain et les dégâts matériels sont importants. Des dépôts d’armes de la police ont été détruits dans ces frappes, a précisé M. Abdel Mahdi.

En étau entre les États-Unis et l’Iran

En Irak, pris en étau depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 entre ses alliés américain et iranien, des députés appellent régulièrement à dénoncer l’accord de coopération militaire irako-américain.

« Nous verrons ce que le Parlement décidera, nous, en tant que gouvernement, nous ne gérons que les affaires courantes », a déclaré M. Abdel Mahdi, renvoyant la balle dans le camp de parlementaires toujours incapables de s’entendre sur un candidat pour le remplacer alors que le délai légal a expiré depuis deux semaines.

Jusqu’ici, toutes les tentatives de revoir l’accord de coopération ont fait long feu. Mais les frappes de dimanche soir ont suscité une indignation inédite, semblant pour un temps éclipser la révolte populaire qui va entrer dans son quatrième mois et dénonce le pouvoir à Bagdad et son parrain iranien.

Lundi, dans la plupart des villes du sud de l’Irak, à Bagdad et à Kirkouk, des manifestants ont brûlé ou piétiné des drapeaux américains, ont rapporté des correspondants de l’AFP.


Washington accuse Bagdad de ne pas avoir « protégé » les Américains

Les États-Unis ont accusé lundi les autorités irakiennes de ne pas avoir fait le nécessaire pour « protéger » les intérêts américains, au lendemain de frappes américaines qui ont suscité l’indignation en Irak.

« Nous avons prévenu le gouvernement irakien à plusieurs reprises et nous avons partagé des informations pour tenter de travailler avec lui afin qu’il assume sa responsabilité de nous protéger, en tant que puissance invitée », a déclaré un haut responsable du département d’État américain à des journalistes à Washington.

Il a rappelé que l’armée et les diplomates américains se trouvaient sur place « à l’invitation du gouvernement irakien ».

« Il est donc de leur responsabilité et de leur devoir de nous protéger. Et ils n’ont pas pris les mesures adéquates pour cela », a déploré ce haut responsable, sous couvert de l’anonymat.

Plusieurs attaques attribuées par les États-Unis à des factions pro-Iran ont visé ces dernières semaines des bases où sont présents des Américains en Irak. Vendredi, 36 roquettes ont ainsi frappé une de ces bases dans le centre du pays, tuant un sous-traitant américain et blessant des soldats américains.