Dans l’impasse, le président irakien se dit «prêt à démissionner»

Une manifestation antigouvernementale à Bagdad, le 26 décembre
Photo: Ahmad al-Rubaye Agence France-Presse Une manifestation antigouvernementale à Bagdad, le 26 décembre

Le président irakien, Barham Saleh, a mis jeudi sa démission dans la balance, expliquant qu’il refusait de proposer au Parlement le nom du candidat des pro-Iran pour le poste de premier ministre, aggravant un peu plus la crise politique qui paralyse le pays.

Alors que la situation semble de plus en plus imprévisible, entre l’intransigeance des pro-Iran et celle des manifestants, le grand ayatollah Ali Sistani, dont les sermons ont été jusqu’ici décisifs — c’est après l’un d’eux que le premier ministre Adel Abdel Mahdi a démissionné — a annoncé jeudi que son prêche n’évoquerait pas la situation politique ce vendredi.

Cette figure tutélaire de la politique dans le pays a déjà pris ses distances avec les politiciens conspués depuis trois mois par une révolte déjà marquée par près de 460 morts et 25 000 blessés.

Désormais, alors que le délai constitutionnel est dépassé depuis des jours, que l’impasse semble totale et que les candidats pressentis sont de moins en moins acceptables pour la rue, c’est le président de la République Barham Saleh qui s’est dit « prêt à démissionner » dans une lettre adressée au Parlement.

On ne veut pas d’Assaad l’Iranien

Ce Kurde issu d’un parti traditionnellement proche de l’Iran mais qui depuis le début de la révolte fait de la résistance au milieu d’autorités qui se sont raidies face à la rue, affirme qu’il mettra sa menace à exécution si le camp pro-Iran s’entête.

La Constitution l’oblige à proposer au Parlement le candidat de la « plus grande coalition » au Parlement, titre que revendique la coalition emmenée par les paramilitaires pro-Iran — même si d’autres forces le lui disputent.

« Le président n’a constitutionnellement pas le droit de s’opposer […] donc j’annonce ici que je suis prêt à démissionner devant le Parlement », affirme M. Saleh dans sa lettre.

Depuis que le premier ministre Adel Abdel Mahdi a démissionné, les pro-Iran poussaient pour que le ministre démissionnaire de l’Enseignement supérieur le remplace. Obligés d’abandonner ce candidat refusé avec vigueur par la rue et par le président Saleh, ils ont désormais un nouvel homme : Assaad al-Aïdani.

Refusés d’emblée

« On ne veut pas d’Assaad l’Iranien », scandent les manifestants à Kout, ville du sud, tandis que sur la place Tahrir de Bagdad, d’immenses portraits de cet ancien opposant à Saddam Hussein, un temps réfugié en Iran puis détenu plusieurs années dans les geôles du dictateur, s’étalent, barrés d’une grande croix rouge.

Pour les protestataires, les « candidats des partis » sont d’emblée refusés. Eux veulent des indépendants et des technocrates qui n’ont pas été aux affaires au sein du système politique, installé en 2003 par les Américains et désormais noyauté par les Iraniens.

« Le gouvernement est l’otage des partis corrompus et des divisions confessionnelles », accuse ainsi Sattar Jabbar, manifestant de 25 ans à Nassiriya.

Partout dans le sud, de nombreux sièges de milices et de partis sont partis en fumée. Particulièrement ces derniers temps alors que plusieurs militants ont été assassinés, quasiment toujours par balles et généralement en pleine rue. Cette campagne, accuse l’ONU, est le fait de « milices » qui veulent faire taire une révolte menée principalement par des jeunes — qui constituent 60 % de la population.