Un consulat d’Iran incendié dans le sud de l’Irak

Le consulat d’Iran à Najaf, au sud de l’Irak, a été incendié mercredi soir lors d’une manifestation réunissant des centaines d’Irakiens réclamant une refonte du système politique dans leur pays
Photo: Haidar Hamdani Agence France-Presse Le consulat d’Iran à Najaf, au sud de l’Irak, a été incendié mercredi soir lors d’une manifestation réunissant des centaines d’Irakiens réclamant une refonte du système politique dans leur pays

La contestation en Irak, qui a déjà fait 350 morts en deux mois, a atteint mercredi un palier inédit avec l’incendie par des manifestants du consulat d’Iran à Najaf, au terme d’une nouvelle journée meurtrière d’un mouvement rejetant le pouvoir à Bagdad et son parrain, Téhéran.

En soirée, au milieu de hautes flammes qui dévoraient l’emblème de la République islamique sur le mur d’enceinte de la représentation diplomatique, des centaines de jeunes criaient « Iran dehors » et « victoire à l’Irak » à l’intérieur même du complexe diplomatique, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Cet incendie dans la ville sainte chiite de Najaf, qui accueille chaque année des millions de pèlerins chiites, surtout iraniens, marque un tournant.

Le consulat d’Iran dans l’autre ville sainte du pays, Kerbala, avait déjà concentré la colère des manifestants au début du mois, mais là, les forces de sécurité irakiennes avaient répliqué, faisant quatre morts.

La tension monte

Cette fois-ci, sous les poussées de centaines de manifestants, leurs grenades lacrymogènes ont fait une cinquantaine de blessés, selon des sources médicales, et les forces de sécurité ont fini par se retirer pendant que les manifestants affûtaient leurs armes. Ils ont amené des cartons, des pneus, tout ce qui leur tombait sous la main, les ont incendiés, puis jetés sur le bâtiment déserté.

Si les manifestants ont visé en particulier ce bâtiment, c’est parce qu’ils accusent Téhéran de tirer les ficelles en Irak. Pour eux, dans l’un des pays les plus riches en pétrole du monde — mais aussi l’un des plus corrompus —, le système politique conçu par les Américains qui ont renversé Saddam Hussein en 2003 est à bout de souffle.

Et surtout, il est tombé entre les mains de l’Iran et de son puissant émissaire pour les Affaires irakiennes, le général Qassem Soleimani, responsable des opérations extérieures de l’armée idéologique de la République islamique.

Dans la rue depuis le 1er octobre, des dizaines de milliers d’Irakiens réclament la refonte du système politique et le renouvellement total de leur classe dirigeante qu’ils jugent corrompue — officiellement 410 milliards d’euros ont été détournés ces 16 dernières années, soit deux fois le PIB du pays —, incompétente et affiliée à diverses capitales qui se disputent l’influence en Irak.

Washington silencieux

Les deux pays qui tenaient la haute main à Bagdad, les États-Unis et l’Iran, sont à couteaux tirés et depuis le début de la révolte, Téhéran a pris l’avantage alors que Washington est aux abonnés absents.

Là où le général Soleimani parvient à réunir l’ensemble des partis au pouvoir pour resserrer les rangs autour du premier ministre Adel Abdel Mahdi, un temps sur la sellette, les États-Unis ne font que de maigres déclarations officielles et le vice-président américain Mike Pence, qui s’est rendu en Irak cette semaine, a ignoré les autorités de Bagdad pour visiter uniquement ses troupes et le gouvernement autonome du Kurdistan.

Pourtant, le pays est paralysé depuis des semaines : dans le sud, les écoles sont fermées depuis plusieurs jours. Et les administrations qui n’ont pas fermé leurs portes se font placarder des banderoles en travers de leur fronton : « Fermée sur ordre du peuple ».

Dans les rues et en travers des autoroutes, les manifestants expriment leur colère dans un épais nuage de fumée noire : ils brûlent des pneus pour tenter de bloquer tout mouvement et toucher ainsi le gouvernement au seul endroit qui peut lui faire du mal, l’or noir et ses revenus.

Mais jusqu’ici, ils ne sont pas parvenus à toucher la production et la distribution du pétrole, unique ressource en devise du pays et qui représente 90 % des recettes d’un gouvernement surendetté.

Le centre de Bagdad, deuxième capitale la plus peuplée du monde arabe, est devenu le théâtre de scènes de guerre.

Dans un nuage de lacrymogènes, des jeunes avancent sous de maigres boucliers de tôle ondulée pour jeter des pierres sur les forces casquées et bottées, ou retourner à l’envoyeur les grenades lacrymogènes. Les policiers, eux, sont retranchés derrière des murs de béton montés à la hâte en travers des rues.

C’est là que deux manifestants ont été fauchés par des balles mercredi, ont indiqué médecins et policiers. Déjà mardi, un jeune manifestant y était tombé, tandis qu’un autre mourait à Kerbala, où les violences, habituellement nocturnes, ont eu lieu pour la première fois en plein jour.