Le premier ministre du Liban démissionne au 13e jour de la révolte

Le premier ministre du Liban, Saad Hariri
Photo: Marwan Tahtah Archives Agence France-Presse Le premier ministre du Liban, Saad Hariri

Le premier ministre libanais Saad Hariri et son gouvernement ont démissionné mardi, déclenchant des scènes de liesse générales au 13e jour d’une révolte populaire inédite contre une classe politique accusée d’avoir laissé sombrer le pays.

La brève annonce télévisée de M. Hariri a été accueillie par les vivats de la foule qui l’écoutait en direct sur plusieurs lieux de rassemblement, avant que ne retentisse l’hymne national repris à pleins poumons par les manifestants.

Des feux d’artifice ont été tirés dans Beyrouth tandis que des voitures ont sillonné la ville tous klaxons hurlants en signe de victoire.

Une foule en liesse

M. Hariri, 49 ans, a assuré avoir voulu répondre « à la volonté de nombreux Libanais qui sont descendus dans la rue pour réclamer le changement » et appelé « tous les Libanais [...] à protéger la paix civile ».

À Saïda, la ville du sud dont est originaire M. Hariri, la foule a dansé la dabké, assortie de distribution de café et de jus d’orange.

Brandissant des ballons rouges, verts et blancs — les couleurs du drapeau libanais —, une foule en liesse a envahi le coeur de Tripoli, la grande ville du nord surnommée « la mariée de la révolution » pour l’enthousiasme de ses habitants dans la contestation.

« Notre révolution n’est pas terminée ! », a chanté la foule, tout en saluant son « exploit ».

La démission du premier ministre, remise au président Michel Aoun, ouvre une ère d’incertitude : le gouvernement qu’il dirigeait avait été formé en janvier après huit mois de tractations entre les innombrables composantes de la vie politique et confessionnelle libanaise.

Après près de deux semaines d’une révolte populaire sans précédent au Liban, les manifestants ont obtenu gain de cause sur une de leurs principales revendications. Mais leur colère vise l’ensemble de la classe politique, jugée unanimement incompétente et corrompue.

Le pays reste quasiment paralysé par des barrages routiers bloquant les principales entrées de Beyrouth. Banques, écoles et université sont fermées depuis le début du mouvement.

L’armée a été déployée, mais reste neutre malgré quelques incidents.

La colère gronde toujours

Trente ans après la fin de la guerre civile, la population souffre toujours de pénuries chroniques d’eau et d’électricité. Plus d’un quart des Libanais vit sous le seuil de pauvreté et le pays est classé parmi les plus corrompus du monde.

« Tous veut dire tous », a de nouveau scandé la foule après la démission de M. Hariri.

Ce dernier avait annoncé le 21 octobre des réformes, qui n’avaient pas convaincu, dont des mesures anti-corruption et budget sans nouveaux impôts.

Le chef du puissant Hezbollah pro-iranien, Hassan Nasrallah, qui dominait avec ses alliés le gouvernement, s’était opposé à une démission collective.

La colère populaire avait explosé le 17 octobre après l’annonce d’une nouvelle taxe sur les appels via la messagerie WhatsApp. L’annulation de la mesure n’a pas empêché la révolte de gagner l’ensemble du pays.

Dimanche, dans une démonstration inédite d’unité, les manifestants ont réussi à former une chaîne humaine du nord au sud, sur 170 km de long.

Et les manifestants sont restés fidèles aux mêmes slogans : « Révolution, révolution ! », « Tous, cela veut dire tous », et « Le peuple veut la chute du régime ».

La démission de M. Hariri intervient alors que la situation s’est tendue sur le terrain, malgré des rassemblements restés globalement festifs.

Juste avant son discours, des heurts ont éclaté à Beyrouth où des dizaines d’assaillants ont détruit les tentes érigées par les manifestants attaqués à coups de bâtons.

Washington demande un nouveau gouvernement

Les États-Unis ont appelé mardi à la création « urgente » d’un nouveau gouvernement au Liban après la démission plus tôt dans la journée du premier ministre Saad Hariri, au terme de près de deux semaines de révolte populaire.

Washington « appelle les dirigeants politiques libanais à faciliter, de manière urgente, la création d’un nouveau gouvernement » a déclaré le secrétaire d’État, Mike Pompeo, dans un communiqué, ajoutant que « les manifestations pacifiques et les démonstrations d’unité nationale des 13 derniers jours avaient envoyé un message clair ».

« Le peuple libanais veut un gouvernement efficace, des réformes économiques et la fin de la corruption endémique. Toute violence ou action provocatrice doit cesser », précise M. Pompeo.

En annonçant sa démission mardi, Saad Hariri, le fils de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, a expliqué avoir voulu répondre « à la volonté de nombreux Libanais qui sont descendus dans la rue pour réclamer le changement ».

Ce bouleversement politique ouvre une ère d’incertitude : le gouvernement qu’il dirigeait avait été formé en janvier après huit mois de tractations entre les innombrables composantes de la vie politique et confessionnelle libanaise.

Après près de deux semaines d’une révolte populaire sans précédent au Liban, les manifestants ont obtenu gain de cause sur une de leurs principales revendications. Mais leur colère vise plus globalement l’ensemble de la classe politique, jugée unanimement incompétente et corrompue.