Le chef du groupe armé État islamique déclaré mort

«Abou Bakr al-Baghdadi est mort», a déclaré M. Trump durant une allocution depuis la Maison-Blanche.
Photo: Agence France-Presse «Abou Bakr al-Baghdadi est mort», a déclaré M. Trump durant une allocution depuis la Maison-Blanche.

Le chef du groupe armé État islamique (EI) de même que le porte-parole de l’organisation terroriste sont morts, ont respectivement assuré dimanche Donald Trump et un responsable des forces kurdes. L’annonce faite par le président américain a été accueillie avec retenue par ses alliés européens.

« Abou Bakr al-Baghdadi est mort », a déclaré M. Trump durant une allocution depuis la Maison-Blanche. Le président des États-Unis a fait un récit détaillé du raid dans lequel le numéro un du groupe EI a péri « comme un chien » lors d’une opération de l’armée américaine dans le nord-ouest de la Syrie, coincé dans un tunnel avant de se faire sauter avec une ceinture d’explosifs.

« Il n’est pas mort comme un héros, il est mort comme un lâche », a déclaré M. Trump, en ajoutant que trois de ses enfants étaient morts avec lui.

La mort de Baghdadi avait déjà été annoncée plusieurs fois au cours des dernières années. « Cette fois-ci, l’information est plus sûre », estime Jabeur Fathally, professeur agrégé spécialiste en droit international à l’Université d’Ottawa. « [Les Américains] ne peuvent pas risquer un spectacle de cette envergure avec des informations qui ne sont pas exactes », note-t-il, en entretien avec Le Devoir.

« C’était comme regarder un film », a relaté le président américain au sujet de son visionnement en temps réel du raid depuis la Situation Room de la Maison-Blanche, une salle sécurisée où se tiennent les réunions les plus critiques. À l’instar de l’élimination d’Oussama ben Laden en 2011 sous le gouvernement Obama, les forces spéciales avaient embarqué des caméras.

Contrairement à ses prédécesseurs, qui s’étaient exprimés avec retenue au sujet de la mort de dirigeants d’organisations terroristes, le fait que Donald Trump ait divulgué plusieurs détails au sujet du raid est « d’abord et avant tout une question de personnalité du président », estime Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal.

Mais l’annonce de M. Trump, selon M. Jacob, était également celle du respect de l’une de ses promesses électorales. « Dans la toute première publicité télévisée que Donald Trump avait lancée pendant sa campagne présidentielle, il avait promis de « décapiter » [le groupe] État islamique », se souvient-il.

Un haut responsable des Forces démocratiques syriennes (FDS) a quant à lui indiqué à l’AFP que le porte-parole du groupe terroriste, Abou Hasan al-Mouhajir, a aussi été « tué ». Il a été « pris pour cible » dans le village d’Aïn al-Bayda, dans le nord de la province d’Alep, en Syrie, a tweeté le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi.

Le groupe EI affaibli

Abou Bakr al-Baghdadi était considéré comme le responsable de multiples actes de violences et d’atrocités en Irak et en Syrie, de même que d’attentats dans plusieurs pays. Il s’était autoproclamé « calife » en 2014 des régions conquises par le groupe terroriste en Irak et en Syrie. Le « califat » avait été déclaré défait par les Américains en mars.

L’annonce de sa mort et de celle d’Abou Hasan al-Mouhajir fragilise encore plus l’organisation terroriste, selon M. Fathally. « Historiquement, l’atteinte à la tête pensante d’un groupe terroriste l’affaiblit largement. Nous l’avons vu avec l’assassinat de Ben Laden, qui a affaibli le mouvement al-Qaïda au point où une bonne partie de ses membres se sont affiliés au groupe EI et que les autres se sont installés en Syrie pour créer un autre groupe terroriste », relate-t-il.

Le chercheur prédit également des « vendettas » à l’intérieur de ce qui reste du groupe terroriste. Il n’écarte pas non plus la possibilité qu’une « bonne partie de cette organisation » décide de rejoindre les rangs d’al-Qaïda en Syrie.

Les forces kurdes, alliées de Washington dans la lutte contre le groupe EI en Syrie, craignent également des représailles de la part du groupe terroriste. « Chaque fois qu’il y a un problème, ce sont les Kurdes qui vont payer le prix. Ils font face aux Turcs, à l’armée syrienne, au groupe EI, à d’autres groupes terroristes qui se trouvent dans la région d’Idlib », illustre M. Fathally. Selon lui, les Kurdes doivent repenser leurs alliances pour chercher des puissances sur le terrain pouvant les protéger.

« La mort de Baghdadi va accélérer le progrès en matière constitutionnelle. En Syrie, cela va faciliter le dialogue entre les différentes factions syriennes pour que cela aboutisse à certains accords parce que tout le monde s’est débarrassé d’un ennemi commun », concède-t-il toutefois. Il estime néanmoins que peu de changements pourront être observables au cours des prochains mois.

La Russie prudente

Dimanche, Donald Trump a remercié la Russie, la Turquie, la Syrie, l’Irak et les Kurdes de Syrie pour leur soutien dans l’opération américaine. Si plusieurs dirigeants ont qualifié la mort de Baghdadi « d’étape » importante dans la lutte contre le terrorisme, Moscou a de son côté déclaré ne pas disposer « d’informations fiables » sur une « énième mort du numéro un du groupe EI ». La Russie évoque des « détails contradictoires » qui sèment des « doutes […] sur la réalité et le succès de l’opération américaine ».

Le président avait auparavant été sévèrement critiqué par les alliés des Américains et des élus républicains pour sa stratégie en Syrie. Au début du mois d’octobre, il avait choisi de retirer les troupes américaines du nord de la Syrie. Cette décision avait été interprétée comme un feu vert à la Turquie pour intervenir contre les Kurdes. La mort de Baghdadi risque toutefois de donner « un contre-argument massif » à Donald Trump, selon M. Jacob. « La prochaine fois qu’un élu républicain ou démocrate critiquera sa gestion du dossier syrien, Donald Trump va pouvoir répliquer de façon assez évidente que ça faisait des années qu’on traquait le numéro un du groupe EI et qu’on l’a éliminé. Ça peut à court terme modifier le débat en faveur du président à cause de cela », estime-t-il.

Mais contrairement à la mort de Saddam Hussein ou à celle d’Oussama ben Laden, l’annonce de l’élimination de Baghdadi ne résonnera pas chez l’électorat moyen aux États-Unis, croit le chercheur de la Chaire Raoul-Dandurand. « Baghdadi est pratiquement un anonyme pour une énorme partie de la population. Aux États-Unis, ce n’est pas le commun des mortels qui était au courant de l’existence de ce type-là », souligne-t-il.

M. Jacob prévoit d’ailleurs que la procédure de destitution en cours contre Donald Trump éclipsera rapidement l’annonce de la mort du dirigeant du groupe EI au coeur des manchettes des journaux américains.

Avec l'Agence France-Presse

1 commentaire
  • André Chamberland - Abonné 28 octobre 2019 09 h 30

    Vraie ou fausse nouvelle?

    Nous nous souvenons tous des fausses affirmations des USA sur les supposées armes de destruction massive en Irak. Ces fake news répétées à saciété n'avaient pour but que de déclarer la guerre, ce que les USA aiment bien faire. Combien de fois aussi ont-ils annoncé la fin de l'E.I. et la mort de chefs. L'E.I. se porte toujours bien et continue de faire des morts. Trump, comme ces prédécesseurs joue lui-aussi ce jeu souvent et dit tellement de mensonges que nous ne le croyons plus.