En Israël, c'est au tour de Benny Gantz de tenter de former un gouvernement

Benny Gantz est loin d’avoir assez de partenaires pour franchir le seuil des 61 députés — la majorité absolue à la Knesset.
Photo: Emmanuel Dunand Archives Agence France-Presse Benny Gantz est loin d’avoir assez de partenaires pour franchir le seuil des 61 députés — la majorité absolue à la Knesset.

Le président israélien Reuven Rivlin a confié mercredi soir à l’ancien chef de l’armée Benny Gantz le soin de former un gouvernement et tenter de sortir Israël de la plus longue impasse politique de son histoire.

M. Rivlin a affirmé dans une déclaration en direct diffusée par les télévisions que les partis politiques devaient faire des « concessions » tandis que M. Gantz, à la tête du parti centriste Bleu-Blanc a promis de « tenter de former un gouvernement d’union libéral ».

Après les élections anticipées du 17 septembre, Benjamin Nétanyahou a tenté de rassembler une coalition, mais a finalement jeté l’éponge lundi. Le lendemain, M. Rivlin a indiqué qu’il chargerait officiellement mercredi Benny Gantz de cette tâche.

Novice en politique, Benny Gantz, 60 ans, devra néanmoins rencontrer les mêmes difficultés dans un pays profondément polarisé.

« Nous devons nous conduire avec responsabilité envers les citoyens israéliens et éviter des nouvelles élections », a déclaré M. Gantz, assurant qu’il y a de la place pour « tous les éléments de la société israélienne » dans sa coalition.

Benny Gantz, chef d’état-major entre 2011 et 2015 n’avait aucune expérience politique lorsqu’il s’est jeté dans l’arène en décembre 2018 pour former un nouveau parti centriste, « Kahol Lavan » en hébreu, Bleu-Blanc en français, les couleurs du drapeau israélien.

Ce parti rassemblant trois formations de centre avait obtenu 33 sièges aux élections de septembre, un siège de plus que le Likoud, le parti de M. Nétanyahou.

Privilégiant des partenaires de coalition plus « libéraux », il n’a pas rejeté l’éventualité de faire participer à son gouvernement des partis religieux.

Il est soutenu pour le moment par 54 députés, dont 10 élus de la Liste arabe unie, qui pourraient appuyer son gouvernement sans pour autant en faire partie.

Comme M. Nétanyahou, l’ancien chef de l’armée soigne son image de faucon, affirmant vouloir conserver le contrôle militaire israélien sur la majeure partie de la Cisjordanie occupée et n’a jamais soutenu la solution à « deux États », qui prévoit la création d’un État palestinien coexistant avec Israël.

M. Gantz aura 28 jours lui aussi pour tenter de relever le défi, faute de quoi M. Rivlin demandera au Parlement de désigner un candidat pour former le gouvernement.

Et en cas d’échec, Israël devrait convoquer de nouvelles élections, qui seraient les troisièmes en moins d’un an.

Toujours dans l’arène politique

Poussé à convoquer un scrutin anticipé en avril après la défection de l’un de ses soutiens, M. Nétanyahou, à la tête du gouvernement depuis plus de 10 ans, n’avait pas non plus réussi à former une coalition. Il avait alors préféré faire voter la dissolution du Parlement pour se maintenir au pouvoir et retenter sa chance lors de nouvelles élections en septembre.

Mais après avoir âprement bataillé pendant près d’un mois pour rassembler une majorité, M. Nétanyahou, 70 ans, a rendu son mandat au président.

Ce sera la première fois depuis 2009 qu’un autre que Benjamin Nétanyahou, chef du parti Likoud (droite) est chargé de former un gouvernement en Israël.

Le premier ministre sortant, le plus pérenne de l’histoire d’Israël, n’est pas pour autant sorti de l’arène politique. Mis en cause dans plusieurs affaires de corruption qui pourraient lui coûter une mise en examen d’ici la fin de l’année, il continue à rencontrer des représentants de petits partis de droite et ses partenaires religieux au Parlement.

Fort du soutien des formations de gauche, très affaiblies, et d’une partie des députés arabes israéliens, Benny Gantz est loin d’avoir assez de partenaires pour franchir le seuil des 61 députés — la majorité absolue à la Knesset.

Comment va-t-il procéder dans les jours à venir ? L’ancien chef d’état-major a fait preuve d’optimisme devant les caméras mardi, sans laisser pour autant entrevoir sa stratégie.

Peu d’espoir d’un gouvernement d’union

Au lendemain des élections, les négociations entre le Likoud et la liste Bleu-Blanc en vue de créer un gouvernement d’union ont achoppé. Principalement sur la question de savoir qui de MM. Nétanyahou ou Gantz, arrivé légèrement en tête aux élections, devrait prendre en premier la tête de cette coalition qui serait dirigée alternativement par l’un et l’autre.

Le compromis proposé par le Likoud après une suggestion du président israélien prévoyait que Benjamin Nétanyahou soit le premier à occuper la fonction de premier ministre, mais soit remplacé par M. Gantz en cas d’inculpation pour corruption.

Mais ce dernier voulait siéger en premier. Il est surtout bloqué par sa promesse de ne pas siéger sous la houlette d’un homme risquant d’être inculpé.

Benjamin Nétanyahou a lui compliqué les discussions en voulant inclure dans sa coalition les petits partis religieux de droite qui l’avaient soutenu au Parlement.

M. Gantz a estimé cette condition inacceptable, car elle le reléguerait à un rôle de partenaire secondaire dans un gouvernement dirigé par M. Nétanyahou.

Pourtant, un gouvernement d’union semble aujourd’hui l’une des rares solutions pour empêcher le pays, divisé, d’avoir à se rendre une fois de plus aux urnes. Le président israélien a promis qu’il ferait tout pour éviter un troisième scrutin.