En Israël, Nétanyahou échoue à former un gouvernement, l’impasse persiste

Lundi soir, Nétanyahou a annoncé qu’il jetait l’éponge, après avoir tenté de former un gouvernement à l’issue des élections du 17 septembre dernier.
Photo: Amos Ben Gershom GPO/ Agence France-Presse Lundi soir, Nétanyahou a annoncé qu’il jetait l’éponge, après avoir tenté de former un gouvernement à l’issue des élections du 17 septembre dernier.

Le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou a subi une défaite importante dans sa tentative de s’accrocher au pouvoir en échouant à former un nouveau gouvernement, mais son adversaire pourrait faire face à des difficultés similaires.

Lundi soir, M. Nétanyahou a annoncé qu’il jetait l’éponge, après avoir tenté de former un gouvernement à l’issue des élections du 17 septembre dernier.

Cette annonce, diffusée via une vidéo Facebook, constitue un important revers pour le premier ministre sortant, le plus pérenne de l’histoire d’Israël, qui tente de se maintenir au pouvoir, malgré une possible prochaine mise en examen pour corruption.

Est-ce pour autant la fin de l’impasse politique dans laquelle est plongé le pays depuis les premières élections législatives en avril dernier ? Pas vraiment : l’ancien chef de l’armée, Benny Gantz, arrivé en tête aux élections de septembre, ne dispose pour l’instant pas de majorité au Parlement.

Ses alliés de la gauche ainsi que le ralliement surprise d’une partie des députés arabes israéliens ne suffisent pas à lui assurer les 61 députés nécessaires pour former un gouvernement viable.

« Nous sommes toujours optimistes, c’est une manière de vivre », s’est contenté de commenter à la télévision publique mardi matin Benny Gantz, en short et T-shirt au volant de sa voiture.

La veille, dans un communiqué, sa liste Bleu-Blanc avait indiqué être « déterminée à former un gouvernement d’union libéral, mené par Benny Gantz, pour lequel les gens en Israël ont voté il y a un mois ». « Libéral », c’est-à-dire limitant l’influence des partis religieux, alliés de Benjamin Nétanyahou.

Qui est responsable ?

Si Benny Gantz échoue dans un mois, le président Rivlin pourrait demander à une majorité de députés de désigner un candidat.

Mais de nouvelles élections — qui seraient les troisièmes depuis avril — seraient alors quasi-inéluctables, même si le chef de l’État israélien a rappelé à plusieurs reprises qu’il ferait tout son possible pour éviter de convoquer un nouveau scrutin.

Vieux briscard rompu à la politique, premier ministre pendant treize ans — dont dix sans interruption -, Benjamin Nétanyahou a accusé son rival, novice en politique, d’avoir torpillé ses efforts pour rassembler un gouvernement d’union nationale.

Lors des négociations des dernières semaines, le Likoud, le parti de droite de M. Nétanyahou, a tenté de faire accepter par les centristes de Bleu-Blanc, un compromis, élaboré par le président Rivlin, selon lequel MM. Nétanyahou et Gantz occuperaient le poste de chef de gouvernement à tour de rôle.

Cette proposition prévoyait que Benjamin Nétanyahou soit le premier à occuper la fonction de premier ministre, mais soit remplacé, dès sa probable inculpation pour corruption d’ici la fin de l’année, par M. Gantz.

Ce dernier a refusé, estimant que son parti ayant obtenu 33 sièges contre 32 pour le Likoud, il devrait être le premier à diriger le gouvernement. Il est surtout bloqué par sa promesse, formulée à plusieurs reprises, de ne pas siéger sous la houlette de M. Nétanyahou, sous le coup d’une inculpation pour corruption.

Un pays divisé

Après l’annonce de lundi soir, un compromis semble de nouveau très compliqué.

« Qu’a fait Bibi (surnom de M. Nétanyahou) avec le mandat de former un gouvernement ? Quatre semaines de rien. Il a passé le temps pour être premier ministre un peu plus longtemps », a jugé lundi soir sur Twitter l’un des responsables de Bleu Blanc, Ofer Shelah, accusant M. Nétanyahou de chercher à provoquer de nouvelles élections.

« L’échec de Nétanyahou est l’espoir des citoyens israéliens », a commenté Amir Peretz, le dirigeant du parti travailliste, l’un des partenaires de Bleu Blanc, avec six députés, dans un communiqué.

Mais pour l’instant, les deux blocs, celui de droite fort de 55 députés et celui de Bleu Blanc avec 54 soutiens, sont arc-boutés sur leurs positions. M. Nétanyahou a compliqué les négociations en affirmant qu’il garderait avec lui les partis religieux, ses alliés les plus fidèles, une proposition impossible à accepter pour les centristes derrière Benny Gantz.

Malgré son annonce lundi, jour de ses 70 ans, Benjamin Nétanyahou ne semble pas être prêt à abandonner le poste qu’il occupe depuis plus de 13 ans.

Ayelet Shaked, à la tête du parti la Nouvelle Droite (trois députés), allié de M. Nétanyahou, a affirmé qu’elle ne négocierait pas séparément des autres formations religieuses et de droite.

« De nouvelles élections sont inutiles […] Einstein avait dit que la folie est de croire que refaire la même chose plusieurs fois peut amener un résultat différent », a dit Mme Shaked