Le gouvernement libanais annonce des réformes réclamées par la rue

Les Libanais ont continué de manifester même si le gouvernement a annoncé des réformes.
Photo: Anwar Amro Agence France-Presse Les Libanais ont continué de manifester même si le gouvernement a annoncé des réformes.

Faisant face à une mobilisation populaire sans précédent, le gouvernement libanais a adopté lundi une série de réformes ambitieuses longtemps bloquées, mais les manifestants ont continué de crier leur colère face à une classe politique accusée d’avoir laissé couler le pays.

À l’issue d’un conseil des ministres extraordinaire, le premier ministre, Saad Hariri, a annoncé devant la presse l’adoption par la coalition gouvernementale qu’il dirige de « mesures essentielles et nécessaires ».

Il a notamment promis un « budget 2020 sans impôts supplémentaires pour la population », une baisse de 50 % des salaires du président et des ex-présidents, des ministres et des députés, ainsi que de nouvelles taxes sur les banques.

C’est de la poudre aux yeux. Qui peut garantir que ces réformes seront appliquées ?

 

M. Hariri a également annoncé des mesures rapides de lutte contre la corruption et a dit soutenir la revendication de législatives anticipées réclamées par des foules réunies dans un élan inédit d’unité nationale.

« De la poudre aux yeux »

Retransmises en direct par haut-parleurs sur les lieux des rassemblements géants du centre de Beyrouth, les annonces de M. Hariri n’ont apparemment pas convaincu : elles ont été accueillies par les dizaines de milliers de manifestants aux cris de « Révolution, révolution » et « le peuple veut la chute du régime », les slogans phares de la contestation.

« Mensonge, c’est du mensonge », s’est exclamée Chantal, une manifestante de 40 ans, un drapeau libanais dessiné sur le visage. « C’est de la poudre aux yeux. Qui peut garantir que ces réformes seront appliquées ? » a-t-elle demandé.

S’adressant à la foule rassemblée dans les rues pour une 5e journée de suite, le premier ministre a fait profil bas. « Ces décisions n’ont pas été prises pour vous demander de cesser de manifester ou d’exprimer votre colère », a-t-il dit, ajoutant : « C’est vous qui déciderez de le faire, personne ne vous impose de délai. »

« Vous êtes la boussole, c’est vous qui avez fait bouger le conseil des ministres, c’est votre mouvement qui a conduit aux décisions », a encore assuré M. Hariri.

Mais les appels au départ de toute la classe politique, jugée corrompue et incompétente sans exception, continuaient lundi soir de se faire entendre : « Tous, cela veut dire tous ! » Et des dizaines de milliers de personnes étaient toujours rassemblées dans la nuit, à Beyrouth comme à Tripoli, la grande ville du nord.