Les contestations se poursuivent à Bagdad

Depuis près d'une semaine, plus d'une centaine de personnes ont été tuées et quelque 4000 blessées.
Photo: Ahmad Al-Rubaye Agence France-Presse Depuis près d'une semaine, plus d'une centaine de personnes ont été tuées et quelque 4000 blessées.

Huit manifestants ont été tués lors de nouveaux affrontements dimanche avec les forces de l’ordre à Bagdad, au sixième jour d’un mouvement de contestation marqué par des violences qui ont fait plus de 100 morts et des milliers de blessés en Irak.

Ces affrontements ont eu lieu malgré l’annonce par les autorités d’une série de mesures sociales en réponse aux demandes des manifestants qui réclament le départ du gouvernement, accusé de corruption, et des réformes économiques.

Selon des sources de sécurité, les heurts entre manifestants et policiers ont éclaté dans le quartier de Sadr City, un bastion du leader chiite Moqtada Sadr qui a appelé vendredi à la démission du gouvernement. Huit manifestants ont été tués, ont indiqué des sources policières et médicales.

Selon un dernier bilan fourni par le porte-parole du ministère de l’Intérieur, 104 personnes, dont huit membres des forces de sécurité, ont été tuées et plus de 6000 blessées depuis le début de la contestation mardi. La plupart des morts sont des manifestants dont une majorité tués par balle, selon des sources médicales.

Il n’était pas clairement établi si les huit morts de dimanche soir étaient inclus dans le bilan du ministère.

Les autorités accusent des « saboteurs » et des « tireurs non identifiés » infiltrés de cibler manifestants et forces de l’ordre.

Tentatives d’appaisement

Pour tenter de mettre fin au mouvement spontané de contestation déclenché mardi, le gouvernement d’Adel Abdel Mahdi, confronté à son plus grand défi depuis son entrée en fonctions il y a un an, a annoncé tôt dimanche un décret comprenant 17 mesures sociales, allant de l’aide au logement à l’allocation de pensions aux jeunes sans emploi.

Il a également décidé, à l’issue d’un Conseil extraordinaire, la construction de 100 000 logements. En septembre, les autorités locales de plusieurs régions du pays avaient entamé des destructions de maisons situées dans des quartiers informels, où vivent trois millions d’Irakiens qui ont construit sans autorisation sur des terrains de l’État.

En outre, le cabinet a ordonné l’installation de halles pour les vendeurs ambulants, dans une tentative de créer des emplois, notamment parmi les jeunes dont un sur quatre est au chômage.

Ce chômage des jeunes est le premier moteur de la contestation et une question sensible en Irak, où un jeune s’est immolé en septembre à Kout (sud) après s’être vu confisquer son chariot de vendeur ambulant.

Le gouvernement a par ailleurs annoncé avoir inscrit les personnes tuées depuis mardi dans les violences sur la liste des « martyrs », ouvrant la voie à des dédommagements pour leurs proches.

Au cours des violences des derniers jours, des sièges de différents partis politiques ont été saccagés et incendiés. Les Irakiens conspuent régulièrement la classe dirigeante de leur pays, 12e sur la liste des plus corrompus au monde, selon Transparency International.

Né d’appels sur les réseaux sociaux, le mouvement de contestation dénonce la corruption, le chômage et la déliquescence des services publics dans un pays en pénurie chronique d’électricité et d’eau potable.

L’Irak est sorti fin 2017 — avec la proclamation de la victoire sur le groupe jihadiste État islamique — de près de quatre décennies de conflits.

Le mouvement de contestation touche essentiellement la capitale, Bagdad, et le sud du pays. Spontané, il est présenté par les manifestants comme « non partisan », par opposition aux précédentes mobilisations.

« Personne ne nous représente […]. On ne veut plus des partis, on ne veut plus de personne qui parle en notre nom », a lancé vendredi un manifestant à l’AFP.

« Ce sont des manifestations antisystème », a dit à l’AFP Fanar Haddad, spécialiste de l’Irak.

Les autorités ont réclamé du temps aux manifestants pour mettre en place des réformes afin d’améliorer les conditions de vie des 40 millions d’Irakiens.

La cheffe de la mission de l’ONU en Irak, Jeanine Hennis-Plasschaert, a exhorté samedi « toutes les parties à s’arrêter et à réfléchir ». « Cinq jours de morts et de blessés […]. Il faut que ça cesse. »