Abstention record pour l’élection présidentielle en Afghanistan

Les résultats préliminaires doivent être annoncés le 19 octobre et les définitifs, le 7 novembre.
Photo: Hoshang Hashimi Agence France-Presse Les résultats préliminaires doivent être annoncés le 19 octobre et les définitifs, le 7 novembre.

L’abstention devrait battre un record à l’élection présidentielle afghane, plombée par la menace des attaques des talibans et les craintes de fraude électorale.

Environ 9,6 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes samedi dans l’Afghanistan en guerre pour choisir le chef de l’État parmi 18 candidats, avec deux favoris : l’actuel président, Ashraf Ghani, et son chef de l’exécutif, Abdullah Abdullah.

Selon les informations disponibles, le scrutin semble avoir été épargné par des attentats aussi meurtriers que ceux ayant endeuillé la campagne électorale, avec par exemple 26 morts dans une seule attaque le 17 septembre.

Le ministre de l’Intérieur, Massoud Andarabi, a fait état samedi soir de 5 morts parmi les forces de l’ordre et de 37 blessés civils, dans diverses attaques attribuées aux talibans. Mais lors des précédents jours d’élections ces dernières années, les autorités ont souvent été mutiques sur les attaques, pour finalement annoncer des bilans plus lourds par la suite.

La participation devrait être la plus basse des quatre scrutins présidentiels tenus depuis 2004.

La Commission électorale a annoncé dimanche soir que selon les chiffres disponibles pour les trois quarts des bureaux de vote (3736 sur 4905), un peu plus de 20 % des électeurs (2,19 millions) avaient mis un bulletin dans l’urne.

À ce rythme, la participation finale, attendue lundi, pourrait tourner autour de 25 %, loin derrière le plus bas enregistré jusqu’ici, qui était de 38 % au premier tour de la présidentielle de 2009.

Haroun Mir, chercheur indépendant à Kaboul, a minimisé les conséquences d’un faible taux de participation en jugeant que « le prochain gouvernement aura un mandat plus fort que l’actuel, parce que l’élection est beaucoup plus “propre” que les précédentes ».

La peur des attaques, mais aussi de la fraude, a joué un rôle dans cette désaffection, selon de nombreux témoignages de citoyens recueillis avant l’élection. Les talibans avaient appelé la population à ne pas aller voter, en annonçant que leurs moudjahidines viseraient « les bureaux et les centres [de vote] de ce spectacle ».

Alors que le gouvernement n’a fourni aucun bilan global, les talibans ont revendiqué 531 attaques. L’institut de recherche Afghan Analyst Network en a recensé plus de 400, en rassemblant les chiffres d’observateurs étrangers, des siens et de sources publiques.

De nombreux électeurs ont aussi boudé les urnes par crainte d’irrégularités semblables à celles qui avaient gravement entaché l’élection de 2014.

La directrice de la Commission indépendante des droits de l’homme en Afghanistan, Shaharzad Akbar, a cependant remarqué que « la situation sécuritaire s’est révélée meilleure que nous nous y attendions ». Elle a admis « des irrégularités et des difficultés techniques, comme attendu, mais qui ont été réglées plus rapidement que lors des dernières élections ». Toutes choses qui lui ont fait dire que, « si on leur en donne la chance, les Afghans souhaitent vraiment participer au processus démocratique ».

Le Département d’État américain a « applaudi le courage des électeurs afghans » et enjoint aux autorités, selon un porte-parole, de prendre « toutes les mesures pour s’assurer que l’élection… soit transparente et crédible ».

Les résultats préliminaires doivent être annoncés le 19 octobre et les définitifs, le 7 novembre. Si aucun des candidats du premier tour n’a reçu plus de 50 % des suffrages, un deuxième tour se tiendra alors dans les deux semaines suivantes.