Des législatives israéliennes aux accents de déjà-vu

Avec plus de 90% des bulletins de vote dépouillés, le parti de Benjamin Nétanyahou (à gauche), le Likoud, était toujours à égalité avec la formation centriste de Benny Gantz, Kahol Lavan (le parti Bleu-Blanc), avec respectivement 31 et 32 sièges, sur les 120 qui composent la Knesset. En avril dernier, les deux partis avaient récolté exactement le même suffrage, 26%, et le même nombre de sièges, 35 chacun.
Photo: Menahem Kahana et Emmanuel Dunand Agence France-Presse Avec plus de 90% des bulletins de vote dépouillés, le parti de Benjamin Nétanyahou (à gauche), le Likoud, était toujours à égalité avec la formation centriste de Benny Gantz, Kahol Lavan (le parti Bleu-Blanc), avec respectivement 31 et 32 sièges, sur les 120 qui composent la Knesset. En avril dernier, les deux partis avaient récolté exactement le même suffrage, 26%, et le même nombre de sièges, 35 chacun.

Il perd son pari, mais les autres ne gagnent pas. Au lendemain des élections législatives en Israël, les deuxièmes en cinq mois, Benjamin Nétanyahou ressort affaibli par ce scrutin qui sonne sans doute la fin de sa décennie de règne et qui confirme les divisions et les clivages qu'il espérait désespérément éradiquer pour pouvoir gouverner. Loin de se sortir de l’impasse, le pays s’est enfoncé un peu plus dans l’incertitude.

« Israël vient-il de recréer la prémisse de Groundhog Day, le film de 1993 avec Bill Murray dans lequel un météorologue taciturne se lève chaque matin pour répéter la journée qu’il a vécue la veille ? a demandé le chroniqueur politique David Brinn dans les pages du Jerusalem Post, mercredi. Et à moins d’un changement d’attitude de plusieurs protagonistes, nous allons faire face à de nouvelles élections dans quelques mois. »

En fin de journée mercredi, avec plus de 90 % des bulletins de vote dépouillés, le parti de M. Nétanyahou, le Likoud, était toujours à égalité avec la formation centriste de Benny Gantz, Kahol Lavan (Le parti Bleu-Blanc), avec respectivement 31 et 32 sièges, sur les 120 qui composent la Knesset. En avril dernier, les deux partis avaient récolté exactement le même suffrage, 26 %, et le même nombre de sièges, 35 sièges chacun, dans une symétrie problématique et paralysante pour l’actuel premier ministre.

Pour [Benjamin Nétanyahou], ce n’est pas une crise politique, mais bien une crise personnelle

Avec leurs alliés respectifs, ni l’un, ni l’autre ne peut obtenir une majorité de 61 sièges pour former un gouvernement, faisant ainsi de la constitution d’un gouvernement d’union nationale l’unique chemin politique que le pays va devoir emprunter.

Le chef de l’État, Reuven Rivlin, va devoir indiquer dans les prochains jours, après consultation des députés élus, qui, de Benjamin Nétanyahou ou de Benny Gantz est le mieux placé pour mettre en place un tel gouvernement. Le premier a indiqué qu’il souhaitait un « gouvernement sioniste fort », en restant proche des partis religieux, et en excluant la « Liste unie » des partis arabes, qui ont renforcé leur appui au sein de son électorat en allant chercher 12 sièges. Le leader de Kahol Lavan a annoncé qu’il allait, pour sa part, « parler avec tout le monde ».

La volonté du peuple

« Nous allons attendre les résultats finaux […], attendre un jour ou deux, et souhaiter à Israël un gouvernement d’union […] exprimant la volonté du peuple », a déclaré mercredi M. Gantz.

« Il y a seulement deux options qui s’offrent à nous, soit un gouvernement que je dirige, soit un gouvernement dangereux qui repose sur les partis arabes », a rétorqué mercredi soir M. Nétanyahou à Jérusalem.

« En ces temps où nous faisons face à d’immenses défis sécuritaires et politiques, il ne faut pas qu’il y ait un gouvernement qui repose sur les partis arabes antisionistes. Il faut tout faire pour empêcher un tel gouvernement dangereux », a ajouté M. Nétanyahou.

Dans ce jeu de compromis, Avigdor Lieberman, du parti nationaliste et laïque Israel Beyteinou, s’est posé en gardien de la joute politique à venir en affirmant qu’une union entre le Likoud, le parti Bleu-Blanc et sa formation politique était « la seule option » possible pour lui.

Au printemps, c’est son refus d’appuyer Nétanyahou qui a forcé le déclenchement de ces nouvelles élections de 17 septembre dernier.

S’accrocher au pouvoir

Tout défaire pour reconstruire la même chose : pour l’historien Yakov Rabkin, professeur à l’UQAM et spécialiste de la politique israélienne, cela ne témoigne pas d’une indécision des Israéliens, mais plutôt « d’une très grande stabilité politique du pays », explique-t-il à l’autre bout du fil. Le Devoir l’a joint en Russie où il se trouve actuellement.

L’incertitude est désormais plus perceptible du côté du premier ministre qui va, selon lui, s’accrocher avec acharnement au pouvoir. « Pour lui, ce n’est pas une crise politique, mais bien une crise personnelle », rappelle-t-il.

M. Nétanyahou doit comparaître le 3 octobre prochain devant la justice après avoir été inculpé de fraude, de corruption, d’abus de confiance et de malversations. Une perspective d’avenir que le politicien cherche à éviter en restant au pouvoir pour invoquer une immunité qu’il cherche à faire garantir par un vote des députés.

« Actuellement, il joue sa survie politique et sa survie comme homme libre », poursuit M. Rabkin.

Étrangement, même s’il est stigmatisé depuis des mois par ces procédures judiciaires et le parfum de malhonnêteté qui les accompagne, le premier ministre n’a pas hésité à transgresser ouvertement les règles électorales dans les jours précédant le scrutin en partageant sur les réseaux sociaux des messages et des résultats de sondage et en interpellant les électeurs sur des radios privées ouvertement à droite le jour du vote, ce que la loi israélienne interdit.

Signe du caractère désespéré de la situation, le premier ministre, toujours en fonction jusqu’en novembre prochain, a également annulé mercredi un déplacement officiel à l’Assemblée des Nations unies à New York en raison du « contexte politique » national.

En marge de cette activité, le premier ministre devait également rencontrer Donald Trump, président américain dont l’amitié a été largement exploitée sur les affiches électorales du candidat du Likoud. Les deux populistes devaient discuter d’un traité de coopération en matière de défense entre les deux pays.

« Cette reconfiguration », presque à l’identique, des pions politiques à la Knesset force également M. Nétanyahou à composer avec l’influence accrue des partis arabes, qui lui sont historiquement hostiles. Ce scrutin se prépare en effet à faire de cette union politique la troisième force au sein du Parlement.

« L’ère Nétanyahou s’est achevée », a ainsi déclaré Ahmed Tibi, président du Mouvement arabe pour le changement, l’une des figures fortes de cette « Liste unie » qui dénonce régulièrement le discours haineux et raciste de la droite israélienne à la sauce Nétanyahou. « Si Benny Gantz appelle, nous lui communiquerons nos conditions » pour le soutenir, a-t-il ajouté.

Avec l’Agence France-Presse