Le régime syrien reprend ses raids

Khan Cheikhoun, dans le sud d’Idleb, a été la cible de plusieurs raids aériens du régime syrien.
Photo: Omar Haj Kadour Agence France-Presse Khan Cheikhoun, dans le sud d’Idleb, a été la cible de plusieurs raids aériens du régime syrien.

Après seulement quatre jours de trêve, le régime syrien a repris lundi ses frappes contre la région d’Idleb dominée par les jihadistes, après avoir fait état de victimes dans la chute d’obus près d’une base de son allié russe dans l’ouest du pays.

La majeure partie de la province d’Idleb (nord-ouest) et des zones des provinces voisines d’Alep, de Hama et de Lattaquié, sont dominées par le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) et échappent toujours au contrôle du régime de Bachar al-Assad, huit ans après le début de la guerre.

Jeudi soir, Damas avait annoncé une trêve dans cette région après plus de trois mois de bombardements quasi quotidiens menés avec son allié russe, qui ont tué plus de 790 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), et déplacé plus de 400.000 personnes, d’après l’ONU.

L’OSDH a indiqué lundi que les aviations syrienne et russe avaient repris leurs raids sur plusieurs villes et localités de la région, dont Khan Cheikhoun dans le sud d’Idleb et Latamné dans le nord de Hama. Selon cette ONG, 4 civils ont été tués par des barils explosifs lâchés sur des immeubles de la ville de Morek, dans le nord de Hama. Il s’agissait des premières victimes civiles depuis la reprise des bombardements sur Idleb.

Peu de temps avant la reprise des frappes, les médias d’État syriens ont fait état de la chute d’obus dans les environs de la base aérienne russe de Hmeimim dans la province de Lattaquié, voisine d’Idleb.

« À 15 h 30 (8 h 30 heure de Montréal), les groupes terroristes ont visé les environs de la base aérienne de Hmeimim, provoquant d’importantes pertes humaines et matérielles », a indiqué l’agence officielle Sana, citant une source militaire. Le régime qualifie les jihadistes et les rebelles de « groupes terroristes », sans faire de distinction.

Le ministère russe de la Défense, cité par les agences russes, a indiqué que « trois roquettes » avaient été tirées en direction de la base, sans causer ni destruction ni victime sur place. Mais quatre personnes ont été blessées lorsque les roquettes sont tombées sur une localité située à proximité, a ajouté le ministère russe relayant des informations des services de sécurité syriens.

L’armée syrienne avait auparavant indiqué dans un communiqué qu’elle reprendrait ses opérations militaires pour « répliquer aux agressions du camp adverse ».

Si les frappes aériennes s’étaient totalement estompées depuis l’annonce de la trêve, des tirs croisés et sporadiques d’obus se sont poursuivis, tuant deux civils, l’un dans les zones contrôlées par les forces du régime et l’autre dans les zones tenues par les rebelles et jihadistes. « Les groupes terroristes soutenus par la Turquie ont refusé de respecter le cessez-le-feu et mené plusieurs attaques contre les civils », avait ajouté l’armée.

Jeudi, Damas avait conditionné le respect du cessez-le-feu à l’application d’un accord conclu en septembre 2018 entre la Russie et la Turquie, parrain des rebelles, pour créer une « zone démilitarisée » dans la région d’Idleb, vidée de toute présence jihadiste. L’accord, qui prévoyait de séparer les territoires tenus par les jihadistes et les rebelles des zones attenantes contrôlées par le gouvernement, stipule le retrait des jihadistes de la future zone tampon.

Le chef du groupe jihadiste HTS, Abou Mohamad al-Joulani, avait samedi dit refuser tout retrait d’une future zone tampon dans la région d’Idleb. « Nous ne nous retirerons jamais de la zone » appelée à être démilitarisée, avait affirmé M. Joulani.

Ces derniers jours, des experts et des résidents avaient fait part de leur scepticisme quant à la pérennité de la trêve, citant plusieurs cessez-le-feu qui s’étaient soldés par un échec. Mais d’autres habitants, qui avaient fui les bombardements, ont profité de la trêve pour retourner chez eux, à l’instar d’Abou Abdallah et sa famille, qui ont retrouvé leur maison de Khan Cheikhoun détruite. « Nous n’avons aucun espoir » d’y habiter, avait-il affirmé à l’AFP. « Nous essayons de récupérer certains biens et quelques souvenirs que nous avons laissés derrière nous ».

Au fil des ans, le régime de Damas a réussi à consolider son emprise sur plus de 60 % du pays, grâce au soutien de la Russie et l’Iran. Déclenchée en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie a fait plus de 370.000 morts et déplacé des millions de personnes.