L'autorisation accordée aux Saoudiennes de voyager sans permission suscite le débat

La plus emblématique des réformes a été celle permettant aux femmes de conduire une voiture depuis juin 2018.
Photo: Yousef Doubisi Ousibi Agence France-Presse La plus emblématique des réformes a été celle permettant aux femmes de conduire une voiture depuis juin 2018.

Avancée vers l’égalité selon certains, mesure dangereuse ou « contraire à l’islam » pour d’autres : l’autorisation accordée aux Saoudiennes de voyager à l’étranger sans l’accord d’un « gardien masculin » fait débat dans un royaume qui tente de changer son image ultraconservatrice.

Les Saoudiennes de plus de 21 ans vont être autorisées à obtenir un passeport et à voyager à l’étranger sans l’accord préalable de leur « gardien » (père, mari, fils ou autre parent), a annoncé jeudi le gouvernement.

Autres changements qui, sans le démanteler, affaiblissent le système de « gardien » obligatoire pour les femmes : les Saoudiennes pourront désormais déclarer officiellement une naissance, un mariage ou un divorce, et être titulaires de l’autorité parentale sur leurs enfants mineurs, des prérogatives jusqu’ici réservées aux hommes.

Pour la princesse Rima bint Bandar, première femme ambassadrice de l’Arabie saoudite aux États-Unis nommée en février, c’est une nouvelle page de « l’Histoire » qui s’écrit.

La décision a entraîné une vague de jubilation sur les réseaux sociaux où les hashtags « No Guardianship Over Women Travel » (pas de surveillance sur les voyages des femmes) ou « This is our time » (c’est notre moment) gagnent en popularité.

Les réformes s’inscrivent dans la série de mesures de libéralisation du prince héritier Mohammed ben Salmane, homme fort du royaume ultraconservateur, qui tente par ailleurs d’en moderniser l’économie, dépendante des hydrocarbures.

La plus emblématique des réformes a été celle permettant aux femmes de conduire une voiture depuis juin 2018. Les femmes ont également été autorisées récemment à assister à des matchs de football et à accéder à des emplois autrefois réservés aux hommes.

« Les rêves de certaines femmes ont été brisés à cause de leur impossibilité de quitter le pays pour […] étudier à l’étranger, répondre à une offre d’emploi ou même fuir si elles le désiraient », a commenté sur Twitter la femme d’affaires saoudienne Muna AbuSulayman.

Ces réformes sont toutefois insuffisantes aux yeux des critiques, qui soulignent que le système de « gardien masculin » est encore loin d’être aboli.

Ces derniers mois, plusieurs affaires d’évasions à l’étranger de jeunes Saoudiennes se déclarant victimes de violences de la part de leurs « gardiens » ont défrayé la chronique.

Début 2019, une Saoudienne de 18 ans, Rahaf Mohammed al-Qunun, a obtenu l’asile au Canada après avoir dans un premier temps été arrêtée à l’aéroport de Bangkok. L’ambassade saoudienne à Bangkok avait été critiquée pour avoir prétendument tenté de rapatrier la jeune femme contre son gré.

Des responsables saoudiens se disent déterminés à lutter contre les abus du système de « gardien ». Mais ils soulignent que ce système ne pourra être démantelé que progressivement afin de prévenir toute contre-offensive des milieux les plus réactionnaires au sein d’une société profondément patriarcale.

Les annonces ont entraîné une réaction de membres ultraconservateurs de la société qui ont partagé des vidéos de prêches de religieux saoudiens, prônant le système de « gardien masculin ». Certains ont dénoncé un changement « contraire à l’islam ».

Ces réformes surviennent aussi au moment où l’Arabie saoudite est critiquée pour son comportement en matière de droits de la personne, notamment en raison du procès contre onze militantes s’étant élevées publiquement contre le système de « gardien masculin ».

La plus célèbre des militantes, Loujain al-Hathloul, a été condamnée à 30 ans en prison cette semaine. Elle et d’autres activistes, poursuivies pour des contacts avec des médias étrangers, des diplomates et des organisations de défense des droits de la personne, affirment avoir été torturées et harcelées sexuellement pendant leur détention.