Le dialogue s’ouvre avec les talibans

De jeunes garçons étaient soignés pour des blessures encourues dans l’attentat suicide qui a fait 12 morts dimanche à Ghazni, dans l’est de l’Afghanistan.
Photo: Rahmatullah Nikzad Associated Press De jeunes garçons étaient soignés pour des blessures encourues dans l’attentat suicide qui a fait 12 morts dimanche à Ghazni, dans l’est de l’Afghanistan.

Le dialogue interafghan a repris dimanche au Qatar, avec les talibans et divers hauts responsables, pour tenter de parvenir à un accord de paix, au moment où les États-Unis cherchent à se désengager de la plus longue guerre de leur histoire.

Coorganisées par le Qatar et l’Allemagne, les discussions se sont achevées dimanche et devaient reprendre lundi matin.

Dans un gazouillis, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, s’est réjoui de la tenue de ce dialogue, qui « a mis longtemps à arriver », et a loué « le gouvernement [afghan], la société civile, les femmes et les talibans » pour leur participation.

Quelque 70 délégués afghans sont présents à Doha, « quelques-uns des plus brillants esprits de la société afghane », selon Markus Potzel, représentant spécial de l’Allemagne pour l’Afghanistan et le Pakistan.

« Chacun d’entre vous aura l’occasion et la responsabilité unique de trouver les moyens de transformer la confrontation violente en un débat pacifique », a souligné l’émissaire allemand en ouvrant la séance dimanche.

« Nous voulons une feuille de route pour l’avenir de l’Afghanistan », a affirmé de son côté l’envoyé spécial du Qatar pour l’antiterrorisme, Mutlaq al-Qahtani.

Un cessez-le-feu

Selon Asila Wardak, une déléguée membre du Haut conseil pour la paix (HCP), une instance de réconciliation afghane, « tout le monde insiste sur un cessez-le-feu ».

« Le but est de négocier pour qu’ils se mettent d’accord entre eux sur les conditions de la paix », a expliqué dimanche à l’AFP le négociateur américain Zalmay Khalilzad.

Le ministre qatari des Affaires étrangères, Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, a indiqué dans un gazouillis qu’il attendait avec impatience un « dialogue constructif ».

Cette rencontre interafghane survient après une dernière série de négociations directes entre Américains et talibans ces derniers jours à Doha, « la plus productive » à ce jour selon M. Khalilzad.

Le porte-parole politique des talibans à Doha, Suhail Shaheen, s’est dit également « heureux des progrès » accomplis.

Tout accord de paix avec les talibans repose sur quatre piliers : le retrait des forces américaines, l’assurance que l’Afghanistan ne servira pas de sanctuaire à des groupes insurgés, un dialogue interafghan et un cessez-le-feu permanent.

« Pour la première fois, je peux dire que nous avons eu des discussions substantielles et des progrès sur les quatre questions », s’était félicité samedi M. Khalilzad.

Washington met les bouchées doubles pour arracher un accord politique avec les talibans avant l’élection présidentielle afghane, prévue le 1er septembre, et ouvrir la voie à un retrait des troupes américaines, arrivées fin 2001, après les attentats du 11 Septembre.

Les discussions bilatérales entre Américains et talibans reprendront le 9 juillet après une pause de deux jours.

Les entretiens interafghans se déroulent eux sans la participation directe des États-Unis ni la présence officielle de représentants du gouvernement de Kaboul, pourtant reconnu par la communauté internationale. Ces derniers ne sont là qu’« en leur qualité personnelle ».

Les talibans refusent notamment de négocier avec le président afghan, Ashraf Ghani.

« C’est une réunion de dialogue — ce n’est pas aux talibans d’imposer leurs conditions […]. Tout le monde sera là en sa qualité personnelle », a toutefois averti l’émissaire américain.

Il s’agit de la troisième rencontre du genre après deux tours d’entretiens à Moscou en février puis en mai.

M. Khalilzad espère que les parties afghanes pourront ouvrir des négociations directes « relativement vite » après leurs échanges à Doha.

Mais « c’est aux Afghans de décider quand débutent les négociations », a-t-il reconnu.

Une paix générale et durable semble néanmoins hors de portée dans ce pays ravagé par 18 ans de guerre.

Outre la question du retrait américain, d’autres dossiers très épineux, comme le partage du pouvoir avec les talibans, le sort du gouvernement Ghani, le rôle des puissances régionales (Pakistan, Iran et Inde) et les droits des femmes, ne sont pas réglés.

Selon la déléguée du HCP, Asila Wardak, un négociateur taliban a assuré que le mouvement fondamentaliste « autoriserait les femmes à travailler, à être scolarisées et à étudier — sur la base de la culture afghane et des valeurs islamiques ».

Sur le terrain, les talibans, qui se considèrent en position de force, poursuivent leurs opérations.

Au moins 14 personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées vendredi dans un marché du nord de l’Afghanistan, dans une attaque attribuée aux rebelles.

Un nouvel attentat suicide, revendiqué par les talibans, a fait dimanche au moins 12 morts et plus de 150 blessés, dont des dizaines d’enfants, à Ghazni dans l’est de l’Afghanistan.