Un site archéologique israélien controversé

Dimanche soir, David Friedman, ambassadeur en Israël, a assisté avec des responsables israéliens à une cérémonie organisée par une association ultranationaliste israélienne.
Photo: Tsafrir Abayov Agence France-Presse Dimanche soir, David Friedman, ambassadeur en Israël, a assisté avec des responsables israéliens à une cérémonie organisée par une association ultranationaliste israélienne.

Un haut responsable palestinien a dénoncé lundi la participation de l’ambassadeur américain en Israël et d’un conseiller de la Maison-Blanche à l’inauguration par des colons israéliens d’un site archéologique controversé à Jérusalem-Est, qualifié de « vaste mensonge ».

Dimanche soir, Jason Greenblatt, conseiller du président américain, Donald Trump, et David Friedman, ambassadeur en Israël, ont assisté avec des responsables israéliens à cette cérémonie organisée par une association ultranationaliste israélienne, dans un quartier palestinien de Jérusalem-Est, partie de la ville occupée et annexée par Israël.

Leur présence rompt une nouvelle fois avec la pratique diplomatique américaine en cours avant l’accession au pouvoir de Donald Trump à propos de la colonisation israélienne à Jérusalem-Est et dans les Territoires palestiniens, qui viole le droit international.

L’association Elad, dont le but avoué est de renforcer la présence des colons juifs à Silwan, un quartier palestinien à côté de la Vieille Ville de Jérusalem, a inauguré dimanche une route souterraine dans ce secteur.

Elle affirme que ce tunnel était utilisé il y a environ 2000 ans pour le pèlerinage vers le Second Temple juif.

« Ce qui s’est passé avec le tunnel est un vaste mensonge qui a commencé il y a vingt ans à l’instigation du mouvement d’extrême droite Elad », a déclaré le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat, lors d’une conférence de presse à Ramallah, en Cisjordanie occupée.

« Il s’est construit sur des contrevérités qui n’ont rien à voir avec le judaïsme, l’islam ou le christianisme », a-t-il dénoncé.

Dans une déclaration à l’AFP, Doron Spielman, vice-président de la fondation Elad, a affirmé que la route était « au centre du passé juif de Jérusalem », ajoutant que « toute tentative palestinienne de nier cette réalité » constituait une négation de l’Histoire.

Deux ONG israéliennes ont critiqué les méthodes archéologiques utilisées sur le site. L’une d’elles, la Paix Maintenant, accuse aussi les auteurs des fouilles d’avoir endommagé les maisons palestiniennes situées au-dessus du tunnel.

L’ONG Emek Shaveh a qualifié la présence des officiels américains dimanche d’« acte politique qui se rapproche le plus d’une reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne » sur toute la Vieille Ville de Jérusalem.

Dénonciations

L’ONG dénonce « l’utilisation par Israël et les colons de l’archéologie comme outil politique dans le cadre d’une stratégie destinée à façonner cette ville historique et renforcer la souveraineté israélienne sur l’ancienne Jérusalem ».

Joe Uziel, un archéologue de l’Autorité israélienne des Antiquités impliqué dans le projet, a défendu le site et les méthodes utilisées pour les fouilles, qu’Emek Shaveh a critiquées notamment pour le fait qu’elles aient été menées horizontalement et non pas verticalement, jugeant que cela n’est « pas de l’archéologie ».

Il a ainsi expliqué que les fouilles n’avaient pu être effectuées de haut en bas en raison du quartier situé au-dessus, c’est pourquoi, a-t-il dit, une technique différente a été développée pour ce qu’il a appelé « l’un des sites les plus importants du monde du point de vue archéologique ».

« Nous avons développé une méthode utilisant une infrastructure vaste et compliquée pour soutenir tout ce qui se trouvait au-dessus de nous et en même temps travailler doucement couche par couche […] avec la diligence nécessaire », a-t-il ajouté.

Israël considère Jérusalem comme sa capitale « unifiée et indivisible ». Mais la communauté internationale ne reconnaît pas l’annexion en 1967 de la partie orientale occupée de la ville, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Donald Trump a rompu en décembre 2017 avec des décennies de consensus diplomatique en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël, poussant les Palestiniens à couper tout contact officiel avec Washington.