Affaire Khashoggi: la «paralysie» de l’ONU a retardé le cours de la justice

La rapporteuse spéciale des Nations unies, Agnès Callamard, a présenté son rapport sur l’assassinat de Jamal Khashoggi devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, à Genève. 
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse La rapporteuse spéciale des Nations unies, Agnès Callamard, a présenté son rapport sur l’assassinat de Jamal Khashoggi devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, à Genève. 

La « paralysie » de l’ONU a empêché l’identification des responsables dans l’assassinat du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi, et les Nations unies ont besoin d’une « task force » pour garantir la justice dans les meurtres ciblés, a déclaré mercredi une experte des droits de l’homme.

La rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard, a enjoint l’ONU à renforcer son rôle pour prévenir les assassinats de journalistes et de dissidents.

Elle a spécifiquement demandé aux Nations unies de mettre en place des « mécanismes » pour protéger les journalistes, réagir rapidement aux menaces les visant, enquêter sur des cas suspects de disparition ou de meurtre, et de contribuer à la constitution de dossiers en vue de poursuites judiciaires.

Mme Callamard a fait ces recommandations devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, à Genève, où elle a présenté un rapport d’enquête accablant sur l’assassinat de Jamal Khashoggi en octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite d’Istanbul, dans lequel elle cible de hauts responsables saoudiens, dont le prince héritier Mohammed ben Salmane.

« Les preuves rassemblées par l’enquête suggèrent que le meurtre de M. Khashoggi constitue une exécution extrajudiciaire, une disparition forcée et probablement un acte de torture pour lesquels le royaume d’Arabie saoudite est responsable », a-t-elle déclaré devant le Conseil.

« L’enquête a découvert des preuves crédibles, justifiant une enquête supplémentaire sur la responsabilité de hauts responsables saoudiens, incluant le prince héritier d’Arabie saoudite », a-t-elle souligné.

L’ambassadeur saoudien auprès de l’ONU à Genève, Abdulaziz Alwasil, a rejeté catégoriquement les conclusions du rapport de Mme Callamard, en affirmant qu’il était basé sur « des préjugés et des idées préconçues » et en accusant l’experte française d’avoir outrepassé son mandat.

Mme Callamard, une experte indépendante qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU, a souligné que son rapport n’était pas une enquête criminelle, mais une enquête sur les droits humains.

Mme Callamard a confié qu’elle avait été encouragée à enquêter sur la mort de Jamal Khashoggi « par ce que j’ai perçu comme une paralysie des Nations unies ».

Elle a appelé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, à lancer une enquête internationale sur cet assassinat, mais a reconnu mercredi qu’il fallait d’abord qu’au moins « un pays membre » de l’ONU en fasse la demande.

L’experte a appelé à la création d’une task force d’intervention rapide pour enquêter sur des cas spécifiques, pour aider les autorités locales à enquêter et pour aider à identifier les acteurs internationaux responsables de la protection des journalistes menacés.

Elle a également réclamé la mise en place d’un « instrument permanent » pour enquêter sur les allégations de meurtres ciblés ou de disparitions et pour constituer les dossiers en vue de procès.