Riyad accuse Téhéran et frappe Sanaa

Après la frappe aérienne à Sanaa, des Yéménites ont extirpé des corps des décombres, jeudi.
Photo: Mohammed Huwais Agence France-Presse Après la frappe aérienne à Sanaa, des Yéménites ont extirpé des corps des décombres, jeudi.

La coalition conduite par l’Arabie saoudite a mené jeudi une série de raids aériens sur la capitale yéménite, Sanaa, 48 heures après une attaque de drones sur un oléoduc pétrolier saoudien revendiquée par les rebelles houthis, mais que Riyad a directement imputée à l’Iran.

Dans un communiqué, la coalition saoudienne a affirmé qu’elle avait mené jeudi des opérations aériennes sur des « cibles militaires légitimes, y compris des bases, des installations militaires et des dépôts d’armes et de munitions des miliciens terroristes houthis », notamment à Sanaa.

La chaîne de télévision Al-Massirah, contrôlée par les Houthis, a fait état de 19 raids au total dans la région de Sanaa, dont 11 sur la capitale même. Elle a attribué les frappes aux « avions de l’agression » saoudienne.

Selon un médecin, au moins six personnes ont été tuées et dix blessées dans l’un de ces raids.

Six corps sont arrivés à l’Hôpital républicain de Sanaa ainsi que dix blessés, a déclaré à l’AFP ce médecin, Mokhtar Mohammed, ajoutant que toutes ces victimes avaient été dénombrées dans un même quartier de la capitale.

Sur Twitter, Médecins sans frontières (MSF) a fait état d’au moins quatre morts et 48 blessés.

Ripostes et tensions régionales

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite avait promis mercredi soir de riposter « avec force » aux attaques des rebelles pro-iraniens du Yémen, au lendemain d’une attaque aux drones dans la région de Riyad qui avait endommagé deux stations de pompage d’un oléoduc reliant l’est à l’ouest du royaume et nécessité l’interruption des opérations sur cette installation clé. Le géant pétrolier saoudien Aramco a annoncé jeudi soir la reprise des activités sur cet oléoduc.

Ces « actes terroristes » ont été « ordonnés par le régime à Téhéran et menés par les Houthis », a déclaré jeudi dans un gazouillis le prince Khaled ben Salmane, fils du roi saoudien et vice-ministre de la Défense.

De son côté, Adel al-Jubeir, ministre d’État saoudien aux Affaires étrangères, a déclaré que les Houthis agissaient sur les ordres des Gardiens de la Révolution de l’Iran.

Les frappes aériennes de jeudi sur Sanaa s’inscrivent dans un contexte de montée des tensions dans le Golfe où, en plus de l’oléoduc, quatre navires — deux saoudiens, un norvégien et un émirati — ont été la cible de mystérieux « actes de sabotage » dimanche au large des Émirats arabes unis.

Le ministre d’État émirati aux Affaires étrangères, Anwar Gargash, a évité de désigner des responsables, prônant « la prudence » et la « désescalade » dans le Golfe. Il a cependant évoqué « une situation difficile en raison du comportement iranien ».

La guerre au Yémen oppose depuis plus de quatre ans des forces progouvernementales, appuyées militairement par Riyad et Abou Dhabi, aux rebelles houthis, qui contrôlent de vastes zones de l’ouest et du nord du Yémen, dont la capitale Sanaa.

Les Houthis sont soutenus par l’Iran, qui nie toutefois leur fournir une aide militaire.

Environ 3,3 millions de personnes sont toujours déplacées et 24,1 millions, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d’assistance, d’après l’ONU.