Sissi s’assure de rester au pouvoir jusqu’en 2030

La réélection du président Abdel Fattah al-Sissi, en 2018, a eu lieu dans le cadre d’un scrutin marqué par la présence d’un seul rival, relégué au rang de faire-valoir, et par une série d’arrestations d’opposants.
Photo: Ronald Zak Associated Press La réélection du président Abdel Fattah al-Sissi, en 2018, a eu lieu dans le cadre d’un scrutin marqué par la présence d’un seul rival, relégué au rang de faire-valoir, et par une série d’arrestations d’opposants.

Le Parlement égyptien a approuvé mardi une modification à la Constitution permettant au président Abdel Fattah al-Sissi, élu en 2014 et accusé de graves violations des droits de la personne, de rester au pouvoir jusqu’en 2030. Le texte a été approuvé par une majorité des 596 députés, selon les médias officiels égyptiens Al-Ahram et Nile TV.

M. Sissi a été élu en 2014 avec 96,9 % des voix pour un mandat de quatre ans, puis réélu en 2018 avec un score de 97,08 %. Le nombre de mandats était jusqu’à présent limité à deux.

« Le mandat actuel du président doit se terminer au bout de six ans », selon la modification votée par le Parlement. Le président « peut être réélu pour un autre mandat » de six ans, est-il aussi stipulé.

Le nouvel article 140 permet ainsi de faire passer le 2e mandat de M. Sissi de quatre à six ans, portant ainsi son terme à 2024. Le chef de l’État pourrait en outre se représenter en 2024 à un 3e mandat de six ans.

Le vote du Parlement doit encore être suivi d’un référendum, qui devrait être organisé dans les prochains jours. La campagne pour cette consultation a déjà commencé et de nombreuses banderoles sont déployées dans les rues du Caire depuis plusieurs jours.

Outre la durée du mandat présidentiel, la révision constitutionnelle, à travers d’autres modifications, doit aussi accroître le contrôle du pouvoir judiciaire par l’exécutif et institutionnaliser le rôle politique de l’armée, pilier du régime.

M. Sissi a été élu en 2014, un an après avoir renversé avec l’armée, à la faveur d’un mouvement populaire, le président islamiste Mohamed Morsi, dont il était le ministre de la Défense. Sa réélection en 2018 a eu lieu dans le cadre d’un scrutin marqué par la présence d’un seul rival, relégué au rang de faire-valoir, et par une série d’arrestations d’opposants.

Chantre de la stabilité et de la lutte antiterroriste auprès des chancelleries occidentales, M. Sissi, 64 ans, est accusé par les ONG de graves violations des droits de la personne : torture, disparitions forcées, record d’exécutions capitales, emprisonnement d’opposants, musellement de la presse… Mais les partisans du chef de l’État au Parlement maintiennent que la révision constitutionnelle s’avère indispensable à la stabilité politique et économique.

Contestation

Comptant moins d’une vingtaine de députés, la petite alliance d’opposition, le bloc « 25-30 », a appelé les Égyptiens à rejeter cette révision.

Mardi à Paris, deux acteurs égyptiens, Amr Waked et Khaled Abol Naga, ont dénoncé la révision constitutionnelle lors d’une conférence de presse dans les locaux de la Ligue des droits de l’Homme.

« Ces modifications [constitutionnelles] font revenir l’Égypte à une dictature digne du Moyen Âge », a lancé M. Waked. Fin mars, le Syndicat égyptien des acteurs avait interdit à ces deux vedettes d’exercer en Égypte, les accusant de « haute trahison ».

Ce vote au Parlement égyptien intervient à contre-courant du climat régional. Au Soudan voisin, Omar el-Béchir, au pouvoir depuis trois décennies, a été renversé le 11 avril au terme d’une contestation populaire.

En Algérie, le refus du 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika a provoqué des manifestations de rue inédites et la démission du président le 2 avril.