Élections en Israël: Nétanyahou donné vainqueur

Benjamin Nétanyahou est au pouvoir depuis 13 ans en Israël.
Photo: Ariel Schalit Associated Press Benjamin Nétanyahou est au pouvoir depuis 13 ans en Israël.

Le premier ministre israélien sortant Benjamin Nétanyahou est donné vainqueur des législatives et sur la voie d’un cinquième mandat après dépouillement de la presque totalité des votes, qui le montre nettement le mieux placé pour former le prochain gouvernement, selon les médias.
 

Les projections établies par les médias à partir du comptage de 97% des bulletins créditent le parti de M. Nétanyahou d’autant de sièges (35) que la liste Bleu-blanc (centre droit) de Benny Gantz. Mais elles anticipent autour de M. Nétanyahou une majorité potentielle de droite de 65 mandats sur les 120 de la prochaine Knesset.


Dans une telle configuration, il semble hautement improbable que le président Reuven Rivlin confie dans les prochains jours à un autre que M. Nétanyahou la tâche de former une coalition de gouvernement.

M. Nétanyahou, 69 ans, au pouvoir sans discontinuer depuis 10 ans, signerait ainsi un nouveau coup d’éclat en remportant des élections largement présentées comme un référendum sur sa personne, malgré la menace d’une inculpation pour corruption. Ses ennuis judiciaires risquent cependant de le rattraper dès les premiers mois d’un nouveau mandat.

 

Une lutte serrée

M. Nétanyahou avait déjà proclamé sa victoire quelques heures auparavant.

 

Elle est « magnifique », a-t-il dit à ses partisans enfiévrés à Tel-Aviv, triomphant et embrassant sa femme sur les lèvres. « Le peuple d’Israël m’a accordé sa confiance pour la cinquième fois, et une confiance plus grande encore », a-t-il dit. Il a promis un « gouvernement de droite » et a déjà approché les chefs des autres partis de droite en vue de former une coalition de gouvernement. Ils lui ont « presque tous » apporté leur soutien, a-t-il assuré.

 

Au quartier général de Bleu-blanc à Tel-Aviv, M. Gantz également revendiqué la victoire avant lui.

 

« C’est un jour historique, plus d’un million de personnes ont voté pour nous », a proclamé M. Gantz devant ses partisans. « Le président doit nous confier le soin de former le prochain gouvernement, car nous sommes le parti le plus important», a-t-il déclaré avant de promettre d’être « le premier ministre de tous ».

 

« Le bloc de droite mené par le Likoud a remporté une victoire claire », a déclaré M. Nétanyahou dans un communiqué. Il a indiqué qu’il se mettrait le soir même à la constitution d’un gouvernement « avec nos partenaires naturels ». « Nous avons gagné ! a entonné de son côté M. Gantz. Ces élections ont un vainqueur clair et un perdant clair. »

Quelque 6,3 millions d’électeurs étaient appelés mardi à élire les 120 députés du Parlement et à décider si l’indétrônable Benjamin Nétanyahou poursuivrait son long règne ou si l’heure du changement était venue avec le novice en politique Benny Gantz.

Une fois les résultats consolidés s’ouvrira dans les prochains jours une période d’intenses tractations en vue de former une coalition gouvernementale. C’est au président Reuven Rivlin qu’il appartiendra, au vu des recommandations des partis représentés à la Knesset de désigner celui qu’il chargera d’essayer de former le gouvernement.

L’issue aura été incertaine jusqu’au bout, et environ deux heures avant l’échéance, M. Nétanyahou battait encore frénétiquement le rappel de ses troupes, faisant état de « données » selon lesquelles la liste concurrente disposait de quatre sièges d’avance. « Beaucoup d’électeurs du Likoud ne sont pas encore allés voter. Il est tard, mais pas trop tard… », tweetait-il. Plus tôt dans la journée, son équipe de campagne avait publié une vidéo de lui allant parler à des Israéliens en maillot de bain sur la plage de Netanya.

M. Gantz a lui aussi appelé jusqu’au bout à la mobilisation. « Personne ne part avant la fin, avant la dernière seconde. Nous devons gagner et nous pouvons gagner », avait-il lancé, haranguant de jeunes militants à son quartier général à Tel-Aviv.

Faute de faire apparaître des différences de programme significatives, le scrutin avait toutes les allures d’un référendum sur la personne de M. Nétanyahou, premier ministre depuis dix ans sans discontinuer, adoré des uns, détesté des autres.

Corruption

Ronit Kampf, professeure d’université de 45 ans, a été parmi les premières à déposer son bulletin dans le quartier du Vieux Katamon à Jérusalem. Elle évoque la menace d’inculpation pour corruption pesant sur « Bibi ». « Cela fait trop longtemps que « Bibi » est au pouvoir », dit-elle.

Au contraire, les Levinson, venus voter avec leurs trois enfants, aspirent tous deux à un gouvernement de droite, « capitaliste » et garant de leur sécurité. Elle a voté pour la Nouvelle droite (nationaliste), lui pour le Likoud.

M. Nétanyahou, 69 ans, dont plus de 13 années au total passées au pouvoir, brigue un cinquième mandat. Si le président Rivlin lui demandait de former le prochain gouvernement, il ravirait en juillet le record de longévité comme premier ministre à l’historique David Ben Gourion.

Face à lui, M. Gantz, 59 ans, ancien parachutiste, ancien commandant d’une unité de forces spéciales et ancien chef d’état-major, est entré en politique il y a moins de six mois. Fort de faits d’armes militaires rassurants dans un pays qui reste aux prises avec diverses menaces, il a fait campagne en promettant de mettre fin aux années de divisions et de corruption incarnées par M. Nétanyahou.

Pour ce dernier, les choses se sont compliquées quand le procureur général a annoncé en février son intention de l’inculper pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires de dons reçus de la part de milliardaires, d’échanges de bons procédés entre gouvernants et patrons, et de tentatives de collusion avec la presse. M. Nétanyahou clame son innocence.