«L’heure a sonné» pour Tripoli

Une capture d’écran d’une vidéo publiée sur la page Facebook de l’ANL montre une colonne de véhicules armés se diriger vers Tripoli.
Photo: LNA War Information Division Agence France-Presse Une capture d’écran d’une vidéo publiée sur la page Facebook de l’ANL montre une colonne de véhicules armés se diriger vers Tripoli.

L’homme fort de l’Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, a ordonné jeudi à ses forces « d’avancer » en direction de la capitale, Tripoli, siège du gouvernement d’union nationale (GNA), suscitant de fortes craintes d’un embrasement militaire dans ce pays divisé.

Deux autorités se disputent depuis des années le pouvoir dans ce pays en proie au chaos : à l’ouest, le GNA, dirigé par Fayez al-Sarraj, établi fin 2015 par un accord parrainé par l’ONU et basé à Tripoli. À l’est, une autorité rivale contrôlée par l’Armée nationale libyenne (ANL), autoproclamée par le maréchal Khalifa Haftar.

« L’heure a sonné », a déclaré le maréchal, ordonnant aux troupes qui lui sont loyales « d’avancer » vers Tripoli dans un message sonore diffusé jeudi sur la page Facebook du « bureau des médias » de l’ANL, promettant d’épargner les civils, les « institutions de l’État » et les ressortissants étrangers. Les forces de l’ANL sont « aux portes de la capitale », a affirmé en soirée le général Ahmad al-Mesmari, porte-parole de l’ANL.

Du côté du GNA, le premier ministre Fayez al-Sarraj a donné mercredi soir l’ordre aux forces qui le soutiennent de se tenir prêtes pour « faire face à toute menace ». De puissants groupes armés de la ville de Misrata (ouest), loyaux au GNA, se sont dits jeudi « prêts […] à stopper l’avancée maudite » des pro-Haftar, demandant à M. Sarraj de donner ses « ordres sans délai ».

Dans un communiqué commun, Washington, Paris, Londres, Rome et Abou Dhabi ont appelé jeudi « toutes les parties » libyennes à faire baisser « immédiatement les tensions » dans le pays. La diplomatie russe a de son côté indiqué travailler au règlement de la crise libyenne « par des efforts politico-diplomatiques ».

Mercredi, M. Mesmari avait annoncé la préparation d’une offensive pour « purger l’Ouest » libyen « des terroristes et des mercenaires », sans détailler davantage ces cibles. Jeudi à l’aube, une colonne de véhicules armés de l’ANL est arrivée au sud de Gharyan, où l’armée du maréchal Khalifa Haftar a déjà obtenu le ralliement d’un important groupe armé local, selon des images diffusées par des médias pro-Haftar.

Le commandant des opérations militaires de l’ANL dans la région ouest, le général Abdessalem al-Hassi, a assuré jeudi à l’AFP que ses forces étaient entrées sans combattre dans Gharyan, ville située à 100 km au sud de Tripoli. Cette information a toutefois été démentie en matinée par au moins 4 sources locales contactées par l’AFP.

Outre l’Est libyen, le maréchal Haftar contrôle déjà des pans du sud du pays, vaste région désertique et marginalisée aux confins de l’Algérie, du Niger, du Tchad et du Soudan. En janvier, il y avait lancé une offensive pour « purger » cette zone « des groupes terroristes et criminels » et de groupes rebelles tchadiens. Sebha, chef-lieu du sud, ainsi qu’un des plus importants champs pétroliers du pays, à Al-Charara, sont passés sous son contrôle.

Cette montée des tensions a coïncidé jeudi avec le 2e jour de la visite dans le pays du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. M. Guterres a adressé un « appel ferme » pour « l’arrêt de tous les mouvements militaires […] à la retenue, au calme et à la désescalade, à la fois militaire et politique », a-t-il dit au cours d’une conférence de presse à Tripoli. M. Guterres, qui a rencontré M. Sarraj jeudi à Tripoli, devrait rencontrer vendredi le maréchal Haftar dans l’est.

L’opération annoncée par l’ANL intervient à quelques jours de la tenue d’une Conférence nationale sous l’égide de l’ONU, prévue mi-avril à Ghadamès (sud-ouest) et destinée à dresser une « feuille de route », avec notamment la tenue d’élections afin de tenter de sortir le pays de l’impasse. Aucun des efforts diplomatiques de l’année écoulée n’a permis de percée.