Arabie saoudite: ouverture du procès des dix militantes des droits des femmes

Des manifestantes protestent devant l'ambassade d'Arabie saoudite à Paris, le 8 mars 2019, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse Des manifestantes protestent devant l'ambassade d'Arabie saoudite à Paris, le 8 mars 2019, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

Le procès de dix militantes saoudiennes de la cause des femmes s’est ouvert mercredi devant un tribunal pénal de Riyad, braquant une nouvelle fois les projecteurs sur la situation des droits de la personne dans ce pays ultraconservateur du Golfe.

Cette première audience s’est tenue alors que l’Arabie saoudite tente d’améliorer son image, sérieusement écornée en raison de l’assassinat en octobre du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi par un commando venu de Riyad, à l’intérieur même du consulat saoudien à Istanbul.

Loujain al-Hathloul, Hatoon al-Fassi et Aziza al-Yousef figurent parmi les militantes jugées et arrêtées il y a près d’un an, a déclaré le président de la cour Ibrahim al-Sayari.

Seuls des membres des familles ont été admis au tribunal. Les journalistes et diplomates occidentaux étaient interdits d’entrée.

L’air nerveux, les proches des militantes tenaient dans leurs mains des lettres manuscrites destinées au juge, dans l’espoir de l’inciter à être clément.

M. Sayari n’a pas précisé les charges qui pesaient contre les dix militantes. Selon l’ONG ALQST, basée à Londres, les femmes sont sous le coup de la loi contre la cybercriminalité et sont accusées d’avoir contacté des « entités hostiles », parmi lesquelles des organisations luttant pour les droits de la personne.

« Il semble maintenant que les autorités vont inculper les militantes après les avoir maintenues en détention pendant près d’un an sans aucun accès à un avocat et les avoir soumises à la torture, aux mauvais traitements et au harcèlement sexuel », a déclaré à l’AFP Samah Hadid, directrice des campagnes d’Amnesty International pour le Moyen-Orient.

« Les autorités considèrent désormais la défense des droits des femmes comme un crime, ce qui constitue une escalade dangereuse dans la répression de l’activisme en faveur des droits de la personne », a-t-elle dit.

Intérêts nationaux

Le juge Sayari a indiqué que les prévenues avaient eu accès à des avocats indépendants, ce qui avait été précédemment nié par certains membres de leurs familles.

Amnesty International et un proche de Loujain al-Hathloul avaient indiqué, à la veille du procès, que cette militante allait comparaître devant un tribunal de Riyad spécialisé dans les affaires de « terrorisme » et qui prononce généralement des verdicts très sévères.

Mais les familles ont été informées tard mardi par les autorités que le procès se tiendrait devant un tribunal pénal.

Plus d’une douzaine de militants avaient été arrêtés en mai 2018, un mois à peine avant la levée historique d’une mesure interdisant aux femmes de conduire en Arabie saoudite.

La plupart de ces militants — ayant défendu le droit des femmes à conduire ou demandé la levée du système de tutelle qui impose aux femmes d’avoir la permission d’un parent masculin pour de nombreuses démarches — ont été accusés de porter atteinte aux intérêts nationaux et d’aider les « ennemis de l’État ».

Ils ont été traités de « traîtres » par des médias officiels. Certains ont été relâchés depuis.