Nétanyahou inculpé pour corruption?

Benjamin Nétanyahou est soupçonné d'avoir tenté de s'assurer une couverture favorable de la part du site d'informations Walla, en contrepartie de faveurs gouvernementales.
Photo: Sebastian Scheiner Associated Press Benjamin Nétanyahou est soupçonné d'avoir tenté de s'assurer une couverture favorable de la part du site d'informations Walla, en contrepartie de faveurs gouvernementales.

Le procureur général israélien a informé jeudi, en pleine campagne électorale, le premier ministre Benjamin Nétanyahou de son intention de l’inculper et de le faire juger pour corruption, fraude et abus de confiance.

Le magistrat, Avichaï Mandelblit, a indiqué que sa décision n’était pas « finale » et qu’il offrait au premier ministre la possibilité de s’expliquer devant lui avant de prendre la décision définitive de le renvoyer devant un tribunal, selon le ministère de la Justice.

Bien qu’anticipée depuis des semaines, la décision d’Avichaï Mandelblit, 40 jours avant les législatives anticipées du 9 avril, est cependant susceptible de changer la donne électorale et menace le long règne de « Bibi » qui, à 69 ans et après bientôt 13 ans de pouvoir, brigue un cinquième mandat.

S’il était reconduit à son poste et inculpé, M. Nétanyahou serait le premier chef de gouvernement en exercice à connaître une telle avanie dans l’histoire d’Israël.

Le premier ministre a dénoncé une « chasse aux sorcières » et un plan de ses adversaires, y compris ses principaux adversaires centristes assimilés à des « gauchistes », qui auraient fait pression sur le procureur général pour renverser son gouvernement de droite.

« Ce château de cartes s’écroulera totalement après les élections », a dit M. Nétanyahou en refoulant difficilement son émotion à l’évocation des épreuves endurées selon lui par sa famille.

« J’ai l’intention de continuer à vous servir en tant que premier ministre pendant encore de nombreuses années », a-t-il assuré dans une intervention télévisée.

Couverture favorable

M. Mandelblit a l’intention d’inculper M. Nétanyahou pour corruption, fraude et abus de confiance dans le « dossier 4000 », considéré comme le plus grave pour le premier ministre.

Le premier ministre y est soupçonné d’avoir tenté de s’assurer une couverture favorable de la part du site d’informations Walla, en contrepartie de facilités réglementaires gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des centaines de millions de dollars à Bezeq, principal groupe de télécommunications israélien.

M. Mandelblit compte par ailleurs inculper M. Nétanyahou pour fraude et abus de confiance dans deux autres dossiers.

Le parti de droite de M. Nétanyahou, le Likoud, a dénoncé une « persécution politique ».

Benny Gantz, tête de la liste centriste représentant la menace électorale la plus sérieuse pour M. Nétanyahou, a succédé à ce dernier sur les plateaux de télévision pour le presser de partir.

« Benjamin Nétanyahou, je me tourne vers vous ce soir pour vous exhorter à faire preuve de sens des responsabilités nationales et à démissionner », a-t-il dit. Le parti travailliste (opposition) a également réclamé la démission du premier ministre.

Une inculpation, si elle se concrétisait, ne devrait pas survenir avant plusieurs mois. M. Nétanyahou ne serait donc pas inculpé avant les législatives. Il ne serait pas non plus tenu légalement de démissionner s’il était inculpé après avoir été reconduit à son poste. Mais une telle décision du procureur général enfonce davantage la campagne dans l’incertitude.