Bagdad évite un casse-tête à Paris

Le président irakien, Barham Saleh, en compagnie de son homologue français, Emmanuel Macron, lundi, à Paris
Photo: Christophe Ena Associated Press Le président irakien, Barham Saleh, en compagnie de son homologue français, Emmanuel Macron, lundi, à Paris

En annonçant que treize Français soupçonnés d’être des combattants du groupe armé État islamique (EI) seront jugés en Irak, Bagdad évite à la France un casse-tête sur le rapatriement de ces djihadistes capturés en Syrie.

Comme la Grande-Bretagne, la Belgique ou l’Allemagne, la France est divisée sur le sort à réserver à ses ressortissants ayant rejoint le groupe EI, au moment où des dizaines d’entre eux, parfois avec leurs enfants, fuient le dernier réduit de l’organisation ultraradicale dans l’est de la Syrie.

Femmes et enfants de djihadistes sont envoyés dans des camps de déplacés, tandis que ceux qui sont soupçonnés d’avoir combattu dans les rangs du groupe EI sont détenus dans le nord-est de la Syrie par l’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS).

Lors d’une visite à Paris lundi, le président irakien, Barham Saleh, a annoncé que treize Français « éléments de Daech » (acronyme arabe du groupe) récemment remis par les FDS à l’Irak « seront jugés selon la loi irakienne » à Bagdad.

« Ceux qui ont été impliqués dans des crimes contre l’Irak et contre des installations et du personnel irakien, nous les recherchons pour les juger devant des cours irakiennes », a-t-il ajouté.

Selon Hicham al-Hachemi, expert irakien des questions djihadistes, les treize Français en question ont combattu contre les forces irakiennes, en Irak, dans le passé et ont été transférés en coordination avec la coalition internationale antidjihadistes conduite par les États-Unis.

L’Irak se considère comme compétent pour juger les djihadistes qui sont passés, à un moment ou à un autre, sur son territoire. À son apogée, le « califat » autoproclamé du groupe EI s’étendait, à cheval sur l’Irak et la Syrie, sur une zone vaste comme la Grande-Bretagne.

« Pour les Français majeurs détenus transférés » en Irak par les FDS, « ils relèvent d’abord des autorités de ce pays, à qui il revient de décider souverainement s’ils doivent faire l’objet de procédures judiciaires sur place », a souligné de son côté le président français, Emmanuel Macron.

Une faveur

« Cet accord convient à l’Irak, mais aussi à la France, qui peut ainsi éviter l’épineuse question du retour. Bagdad lui fait une faveur », juge Hicham al-Hachemi.

Transférer des djihadistes de Syrie vers l’Irak pourrait résoudre le dilemme juridique de nombreux pays occidentaux.

Il est en effet difficile pour ces pays de laisser leurs ressortissants être jugés par des tribunaux kurdes dans le nord de la Syrie, l’administration kurde exerçant son autorité de facto sur ces régions, mais sans être un gouvernement reconnu internationalement.

D’un autre côté, rapatrier les djihadistes comporte des risques politiques face à une opinion marquée par les attentats. D’autant que les procureurs pourraient ne pas avoir suffisamment de preuves pour faire condamner les membres du groupe EI affirmant ne pas avoir eu de rôle combattant.

Peine de mort

L’Irak a déjà jugé des centaines de djihadistes, dont certains capturés en Syrie et transférés de l’autre côté de la frontière.

Trois Français ont été condamnés à la perpétuité tandis qu’une centaine de djihadistes étrangers ont écopé de la peine de mort.

La loi irakienne prévoit la peine capitale pour toute personne qui a apporté un soutien matériel à une organisation extrémiste, même si elle n’a pas combattu directement.

De son côté, l’organisation de défense des droits de la personne Human Rights Watch réclame de la transparence et met en garde contre des abus dans les prisons et tribunaux irakiens. « Il semble que l’Occident veut trouver quelqu’un pour se délivrer du fardeau, mais sans se poser de question sur la substance des procès », relève Nadim Houry, responsable pour les questions liées à l’antiterrorisme.