Les Afghans entre inquiétude et espoirs de paix

<p>Même si un accord entre États-Unis et talibans est conclu dans un avenir proche, ce ne sera que le début d’un long processus de paix.</p>
Photo: Farooq Naeem Agence France-Presse

Même si un accord entre États-Unis et talibans est conclu dans un avenir proche, ce ne sera que le début d’un long processus de paix.

Des civils afghans se montraient prudents dimanche au lendemain de l’annonce de « progrès importants » dans les négociations entre Américains et talibans visant à ramener la paix après 17 ans de conflit dans le pays.

Les négociateurs des deux parties ont fait part samedi d’avancées significatives au cours de la semaine de pourparlers qui vient de s’achever au Qatar. De nouvelles discussions sont prévues, qui pourraient ouvrir la voie à des négociations de paix officielles.

Les représentants des États-Unis et des talibans se sont rencontrés à plusieurs reprises. La dernière session, la plus longue à ce jour, s’est achevée après six jours de négociations samedi à Doha, où les talibans disposent d’un bureau politique.

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Pakistan — les seuls pays à avoir reconnu le régime taliban de la fin des années 1990 — ont participé aux pourparlers dont le gouvernement afghan est pour l’heure exclu.

Le mouvement insurgé négocie en position de force, infligeant quotidiennement de lourdes pertes aux forces afghanes. L’apparent empressement du président américain, Donald Trump, à lancer le retrait de ses troupes d’Afghanistan pèse lourd sur les discussions.

Mais les rumeurs d’un cessez-le-feu et d’un plan de retrait américain sur 18 mois sont « fausses » à ce stade, ont précisé les talibans.

Ces derniers cherchent à obtenir un calendrier de retrait des forces étrangères en Afghanistan, tandis que Washington veut décrocher la promesse que l’Afghanistan ne servira plus de base arrière à des groupes extrémistes pour lancer des attaques contre des pays étrangers.

Parmi les autres questions au menu figurent un éventuel cessez-le-feu, un échange de prisonniers et une intégration des talibans dans le processus politique qui ne nuise pas à la légitimité du gouvernement élu de Kaboul.

Prudence

Des civils afghans, dont beaucoup ont payé un lourd tribut aux violences depuis l’intervention américaine de 2001, ont accueilli l’issue vraisemblablement positive des négociations avec prudence. « Je ne crois pas que les talibans feront la paix », a estimé Rajab Ali, un habitant de Kaboul interrogé par l’AFP. « Mais si nous avons la paix, ce sera fabuleux. Il n’y a rien de mieux que la paix », a-t-il ajouté.

Le gouvernement afghan, qui déplore d’être exclu du processus par les talibans, n’a pour l’heure fait aucun commentaire.

Or c’est précisément l’absence de dialogue entre les autorités et les insurgés qui inquiète nombre d’Afghans. « Ce ne sera jamais stable si les talibans et le gouvernement continuent de se battre entre eux et de tuer des Afghans », a déclaré un autre habitant de la capitale, Sharbatullah, à l’AFP.

Alors que les États-Unis expriment clairement leur volonté de mettre un terme à la plus longue guerre de leur histoire et que les talibans s’accrochent à leur demande de retrait des troupes internationales, d’autres craignent une escalade de la violence.

« Des jours plus sombres attendent l’Afghanistan », écrit un citoyen, Ashraf Sultani sur Facebook. « Une fois que les États-Unis seront partis, les talibans vont lancer une fatwa pour la poursuite de leur guerre, et le pays plongera à nouveau dans une guerre civile sanglante », ajoute-t-il.

Les talibans, au pouvoir en Afghanistan de 1996 à 2001, sont soupçonnés de chercher à y revenir et à réimposer leur vision stricte de la charia. Certains observateurs ont cependant noté qu’ils semblent avoir légèrement modéré leur approche sur certaines questions, en acceptant par exemple un cessez-le-feu de trois jours l’an dernier ainsi que quelques concessions marginales à l’égard des droits des femmes.

Même si un accord entre États-Unis et talibans est conclu dans un avenir proche, ce ne sera que le début d’un long processus de paix.

Un retrait des troupes de l’OTAN, dirigées par les États-Unis, devra s’effectuer à moyen terme afin d’éviter l’effondrement des forces de sécurité afghanes. Et des négociations entre les talibans et le gouvernement de Kaboul pourraient durer des mois, voire des années.