Les troupes américaines préparent leur retrait de Syrie

Des soldats américains et des membres des Forces démocratiques syriennes (FDS) patrouillent les rues d'al-Darbasiyah, dans le nord-est de la Syrie.
Photo: Delil Souleiman Archives Agence France-Presse Des soldats américains et des membres des Forces démocratiques syriennes (FDS) patrouillent les rues d'al-Darbasiyah, dans le nord-est de la Syrie.

La coalition internationale antidjihadistes dirigée par les États-Unis a annoncé vendredi entamer son retrait de Syrie, moins d’un mois après l’annonce surprise par le président américain Donald Trump du désengagement de ses soldats de ce pays en guerre.

Du matériel a été retiré, mais pas encore des troupes, a d’ailleurs précisé un responsable du département américain de la Défense, clarifiant les informations de la coalition internationale.

« Nous ne retirons pas de troupes à ce stade », a indiqué ce responsable ayant requis l’anonymat, alors que la coalition antidjihadiste dirigée par les États-Unis a annoncé vendredi avoir « commencé le processus de retrait organisé de Syrie ».

Interrogé sur le départ jeudi soir de quelque 150 soldats américains de la base militaire de Rmeilan, dans la province de Hassaké, signalé par le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, le responsable du Pentagone a indiqué qu’il s’agissait de simples mouvements de troupes.

« Les troupes rentrent en Syrie et en sortent » régulièrement, a-t-il indiqué.

« Aucun soldat n’a encore été retiré » du pays, mais du matériel « non essentiel », oui, a-t-il ajouté.

« Nous avons profité d’un mouvement de troupes normal, pour ajouter du fret qui a quitté la Syrie », a précisé un autre responsable militaire sous couvert d’anonymat.

La coalition a été formée en 2014 à l’initiative de Washington après la montée en puissance du groupe djihadiste État islamique (EI) et sa conquête de vastes territoires en Syrie et en Irak. Plusieurs pays y participent, dont la France et la Grande-Bretagne.

Elle intervient par des raids aériens contre les djihadistes et avec des forces spéciales au sol appuyant des combattants locaux luttant contre le groupe EI.

Le 19 décembre, M. Trump avait justifié son annonce de retrait des 2000 soldats américains en affirmant que le groupe EI avait été vaincu, même si le groupe continue de contrôler quelques zones dans l’est de ce pays.

La coalition « a commencé le processus de retrait [...] de Syrie », a indiqué vendredi à l’AFP son porte-parole, le colonel Sean Ryan.

« Par souci de sécurité opérationnelle, nous ne discuterons pas des échéances, des lieux ou des mouvements de troupes », a-t-il ajouté.

La tournée de Pompeo se poursuit

Le début du retrait coïncide avec une tournée au Moyen-Orient du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, qui a assuré jeudi depuis l’Égypte que le désengagement aura lieu malgré la levée de boucliers qu’il provoque chez de nombreux alliés de Washington.

Le gouvernement américain a par ailleurs multiplié les messages pour tenter de gommer l’impression initiale d’un départ précipité.

Dimanche, le conseiller pour la sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton, avait lié ce retrait à une défaite définitive du groupe EI, mais aussi à l’obtention de garanties concernant la sécurité des combattants kurdes, qui ont lutté contre les djihadistes aux côtés des Américains.

La principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG), épine dorsale sur le terrain de la lutte contre le groupe EI, est en effet menacée par une possible offensive de la Turquie, pays voisin de la Syrie.

Ankara qualifie les YPG de « terroristes » pour leurs liens présumés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une guérilla sur le territoire turc depuis 1984.

Les déclarations de M. Bolton avaient été perçues comme un rétropédalage sur le calendrier du retrait, suscitant l’ire de la Turquie qui les a qualifiés d’« inacceptables ».

Et la suite ?

Un départ précipité des États-Unis risquerait d’affaiblir les YPG et de renforcer le groupe EI, estiment les détracteurs de la décision de M. Trump, y compris dans son propre camp républicain.

Certains craignent que ce départ n’ouvre la voie à l’Iran, allié du régime de Bachar al-Assad et ennemi de Washington, pour étendre son influence en Syrie et constituer une menace pour Israël.

Après la proclamation d’un « califat » de facto sur de vastes régions qu’il avait conquises en Syrie et en Irak en 2014, le groupe EI a vu son territoire se réduire comme peau de chagrin face à de multiples offensives dans ces deux pays.

Dans l’est du pays, les djihadistes sont aujourd’hui acculés dans un bastion visé par une offensive des Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition arabo-kurde dominée par les YPG et appuyée par la coalition.

Le groupe EI est également présent dans un secteur du désert syrien qui s’étend du centre du pays à la province orientale de Deir Ezzor. Des affrontements sporadiques opposent les djihadistes aux forces du président syrien Bachar al-Assad.

Selon des analystes, l’annonce du retrait américain a déjà des conséquences. « Le mal est fait. Sur le terrain, l’annonce du retrait, c’est comme s’ils étaient déjà partis », estime Fabrice Balanche, géographe à l’Université française de Lyon et expert de la Syrie.

La guerre en Syrie a débuté en 2011 après la répression par le régime de manifestations prodémocratie. Elle s’est complexifiée au fil des ans avec l’implication de groupes djihadistes et de puissances étrangères. Elle a fait plus de 360 000 morts et déplacé plusieurs millions de personnes.

25 000 personnes ont fui les combats dans l’est de la Syrie

Environ 25 000 personnes ont fui les combats dans l’est de la Syrie, où des djihadistes défendent leurs derniers bastions, au cours de ces six derniers mois, a indiqué l’ONU vendredi.

Dans un communiqué, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) se dit « profondément préoccupé par les informations faisant état d’un nombre croissant de victimes civiles — dont de nombreuses femmes et de nombreux enfants — et de déplacements massifs de populations civiles dans l’enclave de Hajine », dernière poche du groupe Etat islamique (EI) dans la province orientale de Deir Ezzor.

Au cours de ces six derniers mois, les affrontements et frappes aériennes dans le sud-est du gouvernorat ont forcé environ 25 000 personnes à fuir pour trouver refuge dans des camps ou des installations de fortune, parfois après avoir passé plusieurs nuits dans le désert, exposées à des conditions climatiques difficiles, sans eau ni nourriture, selon le HCR.

Selon le HCR, quelque 2000 civils restent piégés dans la zone affectée par les combats autour d’Hajine.

Après avoir autoproclamé en 2014 un « califat » à cheval sur la Syrie et l’Irak, le groupe EI a subi une série de revers militaires, mais conserve quelques poches et cellules dormantes, notamment dans l’est de la Syrie où les FDS, combattent au sol avec l’appui de l’aviation et l’artillerie de la coalition internationale antidjihadiste dirigée par les États-Unis.