L’accord de trêve est déjà compromis au Yémen

Un combattant des forces progouvernementales arpentait l’une des rues de la ville portuaire de Hodeïda, au Yémen, le 15 décembre dernier.
Photo: Agence France-Presse Un combattant des forces progouvernementales arpentait l’une des rues de la ville portuaire de Hodeïda, au Yémen, le 15 décembre dernier.

L’émissaire des Nations unies au Yémen, Martin Griffiths, a exhorté dimanche les belligérants yéménites à respecter l’accord de trêve à Hodeïda, port stratégique de l’ouest du Yémen aux mains des rebelles, qui a connu de violents combats et raids aériens.

Dans un tweet, l’émissaire a souligné « attendre des deux parties qu’elles respectent leurs obligations conformément au texte et à l’esprit de l’accord » annoncé jeudi en Suède « et qu’elles s’engagent à en appliquer immédiatement les dispositions ». « Les Nations unies travaillent en étroite collaboration avec le gouvernement yéménite et Ansarullah [les rebelles houthis] pour veiller à ce que les dispositions de l’accord de Hodeïda soient mises en oeuvre en temps voulu et correctement », a ajouté M. Griffiths.

La trêve devant être observée à partir de vendredi n’a pas été totalement respectée.

Dimanche, des échanges de tirs sporadiques ont encore été rapportés par des habitants de Hodeïda, une ville sur la mer Rouge qui constitue le point d’entrée des opérations humanitaires au Yémen, pays pauvre ravagé par des années de guerre.

« On entend les bruits de raids et d’échanges de tirs sans pouvoir les localiser », a dit un habitant joint par téléphone, sous le couvert de l’anonymat.

Mais ce sont surtout les affrontements et raids aériens de la nuit, les plus violents depuis l’annonce du cessez-le-feu jeudi, qui inquiètent, les belligérants s’accusant mutuellement d’en être responsables.

Au moins 29 combattants, dont 22 rebelles houthis, ont été tués dans ces combats, a affirmé en matinée à l’AFP un responsable progouvernemental. Ce bilan n’a pu être confirmé de source indépendante.

Sept rebelles ont en outre été capturés lors d’une offensive des Houthis contre la localité d’Al-Douraihimi, à environ 20 km au sud de Hodeïda, a ajouté la même source.


Combats sporadiques

L’agence de presse Saba, contrôlée par les Houthis, a de son côté affirmé que l’aviation de la coalition menée par l’Arabie saoudite continuait de procéder à des raids aériens dimanche dans la province de Hodeïda. Elle a accusé les forces progouvernementales d’avoir bombardé samedi soir des quartiers résidentiels de la ville.

Tout en notant que les combats avaient baissé d’intensité à l’aube, un habitant de Hodeïda a confirmé le caractère « violent » des affrontements de la nuit.

Des combats sporadiques avaient été signalés dès vendredi soir dans les quartiers est et sud de Hodeïda, au lendemain même de l’annonce du cessez-le-feu conclu en Suède entre les rebelles et les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Selon les termes de cet accord, le cessez-le-feu devait pourtant entrer « immédiatement » en vigueur à Hodeïda, qui constitue le principal point de fixation du conflit depuis des mois. Le retrait des combattants est, lui, prévu dans les « prochains jours ».

Même si la fragilité du processus est connue de tous, les rebelles avaient qualifié samedi l’accord de « réussite ».

Outre une trêve à Hodeïda, cet accord prévoit un échange de quelque 15 000 combattants faits prisonniers ainsi que des mesures pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire à Taëz (sud-ouest), ville aux mains des loyalistes et assiégée par la rébellion.

Les pourparlers interyéménites doivent par ailleurs reprendre fin janvier pour tenter de définir un cadre de négociation en vue d’un règlement global.

Depuis 2014, la guerre au Yémen a fait au moins 10 000 morts et des millions de personnes sont menacées de famine dans ce pays où sévit « la pire crise humanitaire du monde », selon l’ONU.

Riyad condamne l’«ingérence» du Sénat américain

L’Arabie saoudite a condamné lundi le vote de résolutions du Sénat américain hostiles au régime de Riyad, l’une sur le conflit au Yémen, l’autre sur l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

« Le royaume condamne la dernière position du Sénat américain, qui se fonde sur des allégations fausses, et affirme son rejet total de toute ingérence dans ses affaires », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué sur le site Internet de l’agence de presse officielle saoudienne.

Les deux résolutions avaient été approuvées jeudi grâce aux votes de sénateurs démocrates et républicains. La première appelle le président Donald Trump à « retirer les forces armées américaines des hostilités au Yémen ou affectant le Yémen, sauf les forces américaines engagées dans des opérations visant al-Qaïda ou des forces associées ».

Dans la seconde, le Sénat « estime que le prince héritier, Mohammed Ben Salmane, est responsable du meurtre » du Saoudien Jamal Khashoggi, tué dans le consulat de son pays à Istanbul le 2 octobre.