Un cessez-le-feu dans les régions en proie à la famine au Yémen

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, souriait, jeudi, alors que Khaled al-Yamani, le ministre yéménite des Affaires étrangères (à gauche), et Mohammed Abdelsalam, un négociateur des Houthis, se serraient la main.
Photo: Jonathan Nackstrand Agence France-Presse Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, souriait, jeudi, alors que Khaled al-Yamani, le ministre yéménite des Affaires étrangères (à gauche), et Mohammed Abdelsalam, un négociateur des Houthis, se serraient la main.

Le chef de l’ONU a annoncé jeudi, à l’issue de consultations de paix sur le Yémen en Suède, un accord âprement négocié entre belligérants pour faire provisoirement taire les armes dans plusieurs régions dévastées de ce pays au bord de la famine.

Le secrétaire général, Antonio Guterres, et son envoyé spécial Martin Griffiths oeuvrent à élaborer une solution durable après quatre ans de guerre qui ont fait environ 10 000 morts et menacent jusqu’à 20 millions de personnes de famine, selon l’ONU.

Les médiateurs de l’ONU, qui ne nourrissaient que de maigres espoirs d’obtenir une percée, ont indiqué que les deux camps devaient se revoir fin janvier pour tenter de définir un cadre de négociation en vue d’un règlement politique. En attendant, ces accords vont « améliorer la vie de millions de Yéménites », s’est félicité Antonio Guterres.

Un « cessez-le-feu » doit entrer en vigueur « dans les prochains jours » à Hodeïda, port de la mer Rouge par où entre l’essentiel de l’aide dans ce pays, le plus pauvre de la péninsule arabique et où sévit, selon l’ONU, « la pire crise humanitaire du monde ».

Les forces gouvernementales, soutenues par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite sunnite, et les combattants houthis appuyés par l’Iran chiite doivent se retirer de la ville et du port. Celui-ci est actuellement contrôlé par les insurgés et subit les assauts de la coalition progouvernementale.

L’ONU jouera un « rôle clé » dans le contrôle du port, a précisé Antonio Guterres lors d’une cérémonie en présence des deux délégations. Et selon une source onusienne, 30 observateurs de l’ONU pourraient être déployés dans la ville.

Le ministre yéménite des Affaires étrangères, Khaled al-Yémani, et le négociateur en chef des Houthis, Mohammed Abdelsalam, ont échangé une poignée de mains à forte portée symbolique à l’issue de la cérémonie.

M. al-Yémani a toutefois prévenu que l’accord sur le retrait de Hodeïda restait « hypothétique » jusqu’à sa mise en oeuvre. « On attend de voir », a-t-il dit à l’AFP.

La ville de Taëz, ravagée par les combats, doit également être soulagée aux fins d’ouvrir des corridors humanitaires.

Encore du travail à faire

Mais « il reste des questions en suspens », a averti M. Guterres.

Aucun accord n’a en effet été trouvé, ni sur le redressement de l’économie yéménite, en lambeaux, ni sur la réouverture de l’aéroport de la capitale Sanaa. Contrôlé par les rebelles et fermé depuis trois ans, l’aéroport fait de facto l’objet d’un blocus par la coalition progouvernementale qui reste maître du ciel.

Le résultat des pourparlers sera présenté vendredi au Conseil de sécurité à New York.

« La communauté internationale continuera à faire du Yémen une priorité », a assuré le chef de la diplomatie suédoise, Margot Wallström.

L’Arabie saoudite apporte son « soutien déterminé » à l’accord, « un pas majeur en vue d’atténuer la crise humanitaire et de parvenir à une solution politique », selon l’ambassadeur saoudien aux États-Unis, Khaled ben Salmane, frère du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Le ministre d’État aux Affaires étrangères des Émirats arabes unis, autre pilier de la coalition anti-rebelles, a attribué les progrès réalisés à « la pression militaire » exercée sur les Houthis.

L’Iran a salué jeudi les avancées « prometteuses » obtenues en Suède, espérant que des négociations futures permettent de parvenir à un accord final.

Mais pour l’ONG Mercy Corps au Yémen, les accords annoncés en Suède « ne constituent qu’un petit pas ». Ils seront jugés « à l’aune des actions prises sur le terrain, pas par des déclarations dans une salle de conférence ».