Syrie: Alep étouffe, Moscou bombarde en représailles

Selon un photographe de l’AFP, des dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, avaient afflué dans la nuit de samedi à dimanche vers un hôpital d’Alep.
Photo: George Ourfalian Agence France-Presse Selon un photographe de l’AFP, des dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, avaient afflué dans la nuit de samedi à dimanche vers un hôpital d’Alep.

Le régime syrien a accusé des groupes « terroristes » d’avoir mené une attaque chimique dans la ville d’Alep, un drame qui a provoqué une centaine de cas de suffocation et entraîné des bombardements de la Russie en guise de représailles.

Dans un pays ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 360 000 morts, c’est le pouvoir de Bachar al-Assad qui a été le plus souvent accusé d’avoir utilisé l’arme chimique lors d’attaques souvent meurtrières. Mais samedi, les autorités syriennes ont accusé des « groupes terroristes » — une terminologie habituelle du régime qui ne fait pas de distinction entre djihadistes et combattants rebelles — d’avoir visé Alep.

Le Front national de libération, l’alliance rebelle la plus importante présente dans les provinces d’Alep et d’Idleb, a démenti toute implication dans l’attaque. « Nous démentons les allégations mensongères du régime sur une attaque contre Alep qui aurait été menée par les révolutionnaires […] à l’aide de projectiles contenant du gaz de chlore », a indiqué dans un communiqué le porte-parole de la coalition, Naji Moustapha.

Selon un photographe de l’AFP, des dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, avaient afflué dans la nuit de samedi à dimanche vers un hôpital d’Alep.

L’agence de presse officielle Sana a fait état de « 107 cas de suffocation ». L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a, lui, fait état de 94 cas de suffocation, la majorité des patients ayant pu quitter l’hôpital.

En représailles à cette attaque chimique, « des frappes ont été menées par des avions de l’armée russe » contre des positions « terroristes », selon le ministère de la Défense russe. « Toutes les cibles ont été détruites. »

Ces raids, les premiers en plus de deux mois, ont visé des territoires contrôlés par les djihadistes et les rebelles près de la ville d’Alep, selon l’OSDH.

Ils interviennent malgré un accord dévoilé en septembre par la Russie, allié du régime, et la Turquie, parrain traditionnel des rebelles, visant à mettre en place une trêve et à créer une « zone démilitarisée » qui doit séparer les territoires insurgés des régions gouvernementales dans les provinces voisines d’Alep et d’Idleb, dans le nord-ouest du pays.

Le ministre turc de la Défense et son homologue russe se sont d’ailleurs entretenus dimanche au téléphone, « évoquant les dernières provocations qui […] visent à nuire à l’accord », a indiqué Ankara dans un communiqué, sans fournir de détails.

Depuis fin 2016, Alep est contrôlée par le régime. Mais des secteurs à la périphérie ouest de la ville sont tenus par des groupes rebelles et djihadistes. Rebelles et djihadistes contrôlent en grande partie la province d’Idleb.

À la suite de l’attaque de samedi à Alep, le négociateur en chef de l’opposition syrienne en exil, Nasr al-Hariri, a accusé le régime Assad de fabriquer « un prétexte afin de lancer une opération militaire dans le nord syrien ».