Le premier ministre israélien rejette la tenue d’élections anticipées

Le premier ministre d’Israël, Benjamin Nétanyahou, lors de son message à la Nation transmis à la télévision, dimanche, à Tel Aviv
Photo: Jack Guez Agence France-Presse Le premier ministre d’Israël, Benjamin Nétanyahou, lors de son message à la Nation transmis à la télévision, dimanche, à Tel Aviv

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a jugé « irresponsables » dimanche les appels à des élections anticipées, en pleine crise politique qui menace son gouvernement.

S’exprimant dans un message télévisé à la nation, du siège du ministère de la Défense à Tel-Aviv, M. Nétanyahou a défendu sa politique sécuritaire et affirmé qu’il s’emploierait à convaincre ses partenaires de rester au sein de la coalition gouvernementale.

« Aller maintenant aux urnes serait irresponsable […] La sécurité de l’État est au-dessus des considérations politiques », a déclaré le premier ministre, qui ne cesse d’afficher son opposition à des élections anticipées depuis le début de la crise mercredi avec la démission du ministre de la Défense, Avigdor Lieberman.

Après la défection de M. Lieberman et de son parti nationaliste Israël Beitenou (5 députés), la coalition de M. Nétanyahou ne dispose plus que d’une seule voix de majorité au Parlement, qui compte 120 membres.

Un autre membre clé de la coalition, Naftali Bennett, ministre de l’Éducation et chef du parti nationaliste religieux Foyer juif (8 députés), avait exprimé sa volonté d’hériter du portefeuille de la Défense, mais le premier ministre — qui détient également le portefeuille des Affaires étrangères — a refusé vendredi. Dans son message télévisé dimanche, M. Nétanyahou a fait savoir qu’il le garderait pour le moment le portefeuille de la Défense.

Naftali Bennett et la ministre de la Justice Ayelet Shaked, numéro deux du Foyer juif, ont annoncé qu’ils feraient en matinée lundi une déclaration à la presse. Selon des analystes, ils pourraient annoncer leur démission et, sans leur parti, M. Nétanyahou ne disposerait plus de majorité, ce qui provoquerait des élections anticipées.

Sécurité à la frontière

Les localités du sud d’Israël sont limitrophes de la bande de Gaza et ont été ces derniers mois la cible de centaines de roquettes et d’obus tirés de l’enclave palestinienne, avant l’entrée en vigueur mardi d’une trêve entre Israël et les groupes armés palestiniens dont le Hamas au pouvoir à Gaza.

M. Lieberman a démissionné pour protester contre cette trêve conclue entre Israël et le Hamas par l’entremise de l’Égypte, après les plus durs affrontements entre l’armée israélienne et les groupes palestiniens depuis la guerre de 2014.

Le premier ministre israélien a dit avoir pris tout au long de sa carrière des décisions délicates pour la sécurité de l’État d’Israël, se présentant comme l’homme le mieux placé pour conserver le portefeuille de la Défense. « Nous vaincrons nos ennemis et je ne minimise pas les défis qui nous attendent », a-t-il dit.

Juste avant son adresse, Benjamin Nétanyahou a rencontré son ministre des Finances, Moshé Kahlon, du parti Koulanou (10 sièges), mais la réunion s’est achevée « sans résultats », selon le porte-parole de M. Kahlon. Les deux hommes doivent se revoir dans le courant de la semaine.

Après le départ de M. Lieberman, le soutien de M. Kahlon est devenu vital pour le premier ministre. Or M. Kahlon s’est prononcé pour la tenue d’élections le « plus vite possible » alors que la législature actuelle ne doit prendre fin qu’en novembre 2019.

« Je déploie tous les efforts pour éviter ces élections inutiles et j’espère que mes partenaires prendront leurs responsabilités », a encore dit M. Nétanyahou.

Remaniement en vue

Plus tôt, le porte-parole du Likoud, le parti de M. Nétanyahou, avait déclaré que ce dernier allait « décider s’il procède à un remaniement ministériel dans les prochains jours ».

Selon des médias, le premier ministre pourrait attribuer le portefeuille des Affaires étrangères qu’il détient également à l’un de ses partenaires pour éviter un effondrement de la coalition.

Lors de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres le matin, M. Nétanyahou a agité la menace d’un éventuel retour au pouvoir de la gauche en cas d’élections anticipées, rappelant que deux gouvernements menés par le Likoud étaient tombés après la défection de ses alliés situés plus à droite.

« Cela a abouti [après les élections] en 1992 et 1999 à la catastrophe d’Oslo et la catastrophe de la deuxième Intifada », a-t-il prévenu.

Il faisait allusion aux accords sur l’autonomie palestinienne conclus en 1993 par le gouvernement dirigé par le travailliste Yitzhak Rabin et le déclenchement de la deuxième révolte palestinienne en 2000 alors qu’Éhoud Barak, un autre dirigeant travailliste, était au pouvoir.

Pour Reouven Hazan, professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, M. Nétanyahou « veut que la situation avec Gaza soit calme avant d’entrer en campagne électorale, c’est la principale raison pour laquelle il s’oppose aux élections anticipées ».