Bahreïn: le chef de l’opposition chiite condamné à la perpétuité

Arrêté en 2014, Ali Salmane purge déjà une peine de quatre ans de prison dans une autre affaire.
Photo: Mohammed al-Shaikh Agence France-Presse Arrêté en 2014, Ali Salmane purge déjà une peine de quatre ans de prison dans une autre affaire.

Le chef de l’opposition chiite à Bahreïn, Cheikh Ali Salmane, a été condamné dimanche en appel à la prison à perpétuité pour « intelligence » avec le Qatar, pays du Golfe boycotté par Manama et d’autres alliés de l’Arabie saoudite.

Arrêté en 2014, Ali Salmane purge déjà une peine de quatre ans de prison dans une autre affaire. Il a été condamné en juillet 2015 pour « incitation à la haine confessionnelle », dans un pays à majorité chiite dirigé par une monarchie sunnite.

Poursuivis aussi pour « intelligence » avec le Qatar, le chef du mouvement Al-Wefaq, ainsi que deux de ses collaborateurs, Hassan Sultan et Ali al-Aswad, avaient été acquittés en juin par la Haute cour pénale de Bahreïn. Le procureur général avait néanmoins interjeté appel.

Le jugement de dimanche peut encore faire l’objet d’un recours devant la Cour de cassation.

Le procureur a affirmé dans un communiqué que les trois hommes avaient été condamnés à la perpétuité à l’unanimité par la Cour d’appel pour « actes d’hostilité envers le royaume de Bahreïn » et « intelligence avec le Qatar […] pour renverser l’ordre constitutionnel dans le pays ».

Ali Salmane avait une première fois été inculpé le 1er novembre 2017 « d’intelligence avec l’État du Qatar […] en vue de nuire à Bahreïn et de renverser son régime ». Les autorités avaient alors affirmé se baser sur une conversation téléphonique datant de 2011 entre l’opposant chiite bahreïni et l’ancien premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Jassem Al-Thani.

Cette inculpation était intervenue après l’embargo décrété en juin 2017 contre le Qatar par l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Égypte. Ces pays avaient accusé le Qatar de soutenir des mouvements islamistes radicaux, ce que Doha a démenti, et de se rapprocher de l’Iran chiite. Le Qatar avait accusé ses adversaires de chercher à mettre sa politique étrangère sous tutelle.

Le petit royaume de Bahreïn, siège de la Cinquième Flotte des États-Unis, est secoué par des manifestations sporadiques depuis la répression en 2011 d’un mouvement de contestation animé principalement par des chiites qui réclament la « fin des discriminations » et des « réformes démocratiques » à la dynastie sunnite.

Les procès d’opposants n’ont jamais cessé depuis la répression de la contestation de 2011, et le roi de Bahreïn a approuvé l’an dernier un amendement constitutionnel donnant à la justice militaire la possibilité de juger des civils accusés de « terrorisme ».