Le corps de Khashoggi aurait été «dissous»

Veillée à la mémoire de Jamal Khashoggi à l'extérieur du consulat de l'Arabie saoudite à Istanbul le 25 octobre dernier
Photo: Yasin Akgul Agence France-Presse Veillée à la mémoire de Jamal Khashoggi à l'extérieur du consulat de l'Arabie saoudite à Istanbul le 25 octobre dernier

Un responsable turc a affirmé vendredi, un mois après le meurtre de Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, que son corps démembré avait été dissous. La fiancée du journaliste a quant à elle appelé la communauté internationale à juger les coupables.

« Nous voyons à ce stade qu’ils ne se sont pas contentés de le démembrer, ils s’en sont débarrassés en le dissolvant », a déclaré au quotidien Hürriyet Yasin Aktay, conseiller du président Recep Tayyip Erdogan au sein de l’AKP, le parti au pouvoir.

« Selon les dernières informations dont nous disposons, la raison pour laquelle ils ont découpé le corps, c’est pour le dissoudre plus facilement », a-t-il ajouté.

Lors d’une conférence de presse à Washington jeudi, un porte-parole du département d’État américain, Robert Palladino, a affirmé que « les restes de M. Khashoggi doivent être localisés et restitués à sa famille pour un enterrement approprié le plus tôt possible ».

Le journaliste Jamal Khashoggi, collaborateur du Washington Post, a été tué le 2 octobre dans le consulat saoudien d’Istanbul, où il s’était rendu pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque, Hatice Cengiz.

« Une Arabie stable »

Dans un communiqué publié mercredi, la justice d’Istanbul a affirmé que « la victime a été démembrée » et que l’« on s’en est débarrassé », sans pourtant préciser comment.

Après les déclarations du parquet, un responsable turc anonyme a indiqué au Washington Post que les autorités examinaient une piste selon laquelle son corps aurait été dissous dans de l’acide au consulat ou dans la résidence du consul toute proche.

Après avoir d’abord affirmé que Khashoggi avait quitté le consulat peu après s’y être rendu, puis soutenu qu’il était mort dans une bagarre, Riyad a fini par évoquer une « opération non autorisée » par le pouvoir.

« Aujourd’hui, je demande à la communauté internationale de prendre des mesures réelles, sérieuses et concrètes pour mettre au jour la vérité et traduire les responsables devant la justice », a écrit Mme Cengiz, sa fiancée turque, dans une tribune publiée dans plusieurs médias dont le quotidien français Le Monde.

Si plusieurs responsables et médias turcs ont directement incriminé le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, dit MBS, Riyad s’efforce de le dédouaner en insistant sur le caractère « non autorisé » de l’opération.

Washington met en effet la pression sur Riyad pour que cette affaire soit élucidée, mais semble accorder le bénéfice du doute à MBS, un puissant allié de Washington au Moyen-Orient.

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a ainsi insisté jeudi sur le caractère « inacceptable » du meurtre du journaliste, tout en soulignant que les États-Unis avaient « l’intention de s’assurer que [leurs] relations [avec Riyad] restent intactes ».

Vendredi, le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, dont le pays partage avec l’Arabie saoudite son implacable hostilité à l’Iran chiite, a souligné l’importance de la « stabilité » du royaume saoudien, tout en qualifiant d’« horrible » le meurtre de Khashoggi.

Selon des informations de presse, Washington compte en outre sur le prince ben Salmane pour promouvoir un plan de paix américain attendu au conflit israélo-palestinien et d’ores et déjà rejeté par les Palestiniens, qui accusent les États-Unis de s’aligner sur les positions israéliennes.