Le général afghan Abdul Raziq tué par un de ses gardes du corps

Tué jeudi, le général Abdul Raziq avait survécu à de nombreux attentats ces dernières années.
Photo: Massoud Hossaini Associated Press Tué jeudi, le général Abdul Raziq avait survécu à de nombreux attentats ces dernières années.

Une attaque meurtrière survenue jeudi à Kandahar au siège du gouvernement régional, où se trouvait le commandant des forces de l’OTAN en Afghanistan, a fait trois morts, dont un haut responsable de la police afghane, et 13 blessés.

Au cours de l’attaque, très aboutie, un taliban a infiltré le bâtiment, extrêmement protégé, pendant une réunion à laquelle assistaient des officiers de haut rang afghans et le chef de l’armée américaine en Afghanistan.

Le général Scott Miller s’en est sorti indemne, a écrit dans un communiqué un porte-parole de la mission de l’OTAN, soulignant que l’événement tragique était « un incident entre Afghans ».

Pourtant, selon une déclaration des talibans rapportée par le centre américain de surveillance des sites Internet djihadistes Site, « les principales cibles de l’attaque étaient le général Miller et le directeur de la sécurité de Kandahar, le brutal général Abdul Raziq ».

Un porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Kone Faulkner, a plutôt fait valoir que « le général Miller n’était pas visé ».

Le chef des armées afghanes, le général Sharif Yaftali, a lui aussi assuré au cours d’une conférence de presse à Kaboul que « la cible était le général Raziq ».

Dans une allocution télévisée, le président afghan, Ashraf Ghani, a confirmé la mort « du général Raziq et du chef provincial du NDS », les services de renseignement afghans. « Des unités de commandos ont été déployées afin de contrôler la situation » sur place, a-t-il ajouté.

Selon le centre de soutien aux médias en Afghanistan, le NAI, un journaliste a également été tué. « Le tireur était un des gardes du corps du gouverneur. Il a été abattu », a expliqué le général Sharif Yaftali, précisant que celui-ci avait ouvert le feu à l’issue d’une réunion portant sur la sécurité en lien avec le scrutin législatif de samedi en Afghanistan. Dans leur message de revendication, les talibans ont affirmé que l’auteur de la fusillade était « un infiltré ».

Visé par plusieurs attentats

Considéré comme un pilier du régime face aux insurgés, auxquels il livrait un combat sans merci, dans la province disputée de Kandahar, le général Abdul Raziq avait jusqu’alors survécu à de nombreux attentats.

Il a longtemps contrôlé la province d’une main de fer et a été accusé de diriger des salles de torture secrètes, une allégation qu’il a toujours démentie.

Abdul Raziq était « le commandant le plus compétent en Afghanistan », a déclaré à l’AFP John Walsh, de l’Institut américain pour la paix. Il était « largement perçu comme la principale raison pour laquelle les talibans ont eu des difficultés à Kandahar au cours des dernières années », a-t-il ajouté.

Une capacité de frapper

En parvenant à l’éliminer, ainsi que le chef du renseignement, les talibans ont frappé un grand coup, déstabilisant les forces de sécurité dans une région clé de l’insurrection.

Le général Raziq était « une force stabilisatrice non seulement pour Kandahar, mais pour toute la région. Il avait construit des liens entre les tribus locales, avait réussi à repousser les talibans et à apporter une relative stabilité à Kandahar, le berceau des talibans », a estimé le général à la retraite et analyste militaire Atiqullah Amarkhail.

« Sa mort sera très démoralisante pour les forces afghanes, en particulier dans le Sud. »

Pour Michael Kugelman, un chercheur du groupe de réflexion américain Wilson Center, « cette attaque porte un coup dur à la contre-insurrection ».

« Les talibans ont démontré qu’ils avaient la capacité de frapper où et quand bon leur semble », a-t-il dit à l’AFP. Selon lui, « l’apparent ciblage d’un gradé américain de haut rang est une troublante première. Personne n’est en sécurité, peu importe sa puissance et son niveau de sécurité ».